FRANCE - POLITIQUE

Première dame de France, version Carla Bruni

Après sept mois de relation dont quatre mois de mariage avec Nicolas Sarkozy, Carla Bruni-Sarkozy a réussi à imposer son style : un mélange de Jackie Kennedy dans le respect du protocole et de Danielle Mitterrand dans l'engagement politique.

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La semaine dernière, l’enterrement du couturier français Yves Saint Laurent à Paris faisait la une des médias. La majorité des journaux a retenu une et même photo : le compagnon du défunt, Pierre Bergé, sortant de l’Eglise Saint-Roch au bras de Carla Bruni-Sarkozy. Certains ont choisi un angle plus large laissant apparaître, à leurs côtés, Nicolas Sarkozy.

La question s'impose : est-ce la Première dame qui accompagne le président ou est-ce l'ex-mannequin qui est escortée par son époux ? Après sept mois de relation, dont quatre mois de mariage avec Nicolas Sarkozy, Carla Bruni-Sarkozy volerait-elle la vedette à son président de mari ?


"Ce n’est pas une femme vouée au second rôle", commente Yves Derai, éditeur du livre "Carla et Nicolas, La véritable histoire", de Valérie Benaïm et Yves Azéroual, dans lequel la Première dame se confie. "Je n’exclus pas de voir, un jour, Nicolas Sarkozy incarner le rôle d’époux de Carla, comme Lady Di et le Prince Charles".

Les Français, eux, semblent déjà avoir adopté la nouvelle Première dame. Selon un sondage paru dimanche 8 juin dans le Journal du dimanche (JDD), 68 % des Français pensent qu'elle remplit bien son rôle et 64 % estiment qu'elle représente bien la France à l'étranger. "Pas de programme, pas de campagne, pas de mandat et déjà élue sans qu’on n’y prenne garde. Tout en douceur", analyse Roselyne Febvre, journaliste politique à FRANCE 24.


"Elle a appris à se présidentialiser"

"Elle a appris, avec Nicolas Sarkozy, à se présidentialiser en offrant une image conforme à sa fonction", estime Arnaud Mercier, professeur en communication politique à l’Université de Metz.

Au début de leur relation, elle apparaissait comme la conquête de Nicolas Sarkozy, à Eurodisney ou en Jordanie.
Mais aujourd'hui est révolu le temps où le couple jouait aux stars américaines, qui a valu au président une chute dans les sondages. Il est tombé à 32 % d'opinion favorable un an après avoir été largement élu (53 %). Les promesses non tenues, notamment sur le pouvoir d'achat, et l'exposition de sa vie privée sont les arguments les plus souvents évoqués pour expliquer cette baisse.

"Aujourd’hui, Carla est en position de retrait. Elle n’apparaît pas à toutes les sorties du président", commente-t-il. "Ils ont compris qu’ils devaient contrôler leurs apparitions publiques".


"Elle apprivoise les médias"

Depuis leur mariage en février, une nouvelle stratégie de communication a vu le jour, selon Arnaud Mercier. La Première dame l'a mise en application lors de son premier déplacement officiel, en mars, en Angleterre. Vêtue d’un tailleur gris, elle impose son style "Jackie Kennedy", et séduit autant la presse française qu’internationale. "La Grande-Bretagne est charmée par madame Sarkozy", titrait le Daily Express au lendemain de sa visite. Le Daily Mail faisait sa une sur
"Carla, la First Lady du chic".

Carla Bruni-Sarkozy - qui apprécie de se faire appeler Carla Sarkozy ("ça sonne doux à mon oreille") - a réussi son opération séduction avec les médias, bien aiguillée par son conseiller Pierre Charon. "Elle aime séduire, elle est drôle et intelligente, et surtout elle est très sereine vis-à-vis des médias car c’est une habituée", remarque Yves Derai. Journaliste de formation et co-auteur du livre sur Cécilia Sarkozy, "Ruptures", il a eu l’occasion de rencontrer les deux femmes. "Avec Carla, c'est elle qui apprivoise les médias, contrairement à Cécilia qui était beaucoup plus craintive", note-t-il.

"En politique, elle n'est pas néophyte"

Deux Premières dames et deux styles bien différents. L'une chanteuse, l'autre politicienne. Mais pour Yves Derai, Carla se défend bien en politique. "Elle n’est pas aussi néophyte qu’elle veut bien le laisser croire. Elle ne dit jamais de sottise dans ce domaine". Elle arrive avec un carnet d’adresses bien fourni, notamment dans les rangs socialistes. "Elle a des convictions plus fortes que Cecilia, qui avait plus un regard sur les gens que sur les événements et les sujets de fond".


Carla Bruni-Sarkozy mobilise et participe à des mouvements de soutien, comme elle l’a fait aux côtés de milliers de Français lors de la marche blanche début avril, en faveur de l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt. Elle sait apparemment garder ses distances quand elle le souhaite : elle n’a pas accompagné son époux lors de son déplacement en Italie. La Franco-italienne n’apprécie pas Silvio Berlusconi et ne s’en cache pas. "Je ne me sens pas bien depuis qu'il a été élu président du Conseil", confie-t-elle dans l’ouvrage "Carla et Nicolas, la vraie histoire".

"Forte personnalité, elle a compris qu’elle ne devait pas faire d’esclandre mais elle ne va pas abdiquer", commente Arnaud Mercier. "En cela, elle ressemble à Danielle Mitterrand". L’épouse de François Mitterrand, présidente de la Fondation France Liberté et bien connue pour son passé de résistante, a parfois mis en difficulté le président avec son engagement en faveur de Fidel Castro.


"Le couple forme un GIE : groupe d'intérêt élyséen"

Carla trouve sa place de Première dame, mais rappelle dans l'ouvrage que ce n’est qu’une "fonction", pas "un métier". Elle entend bien préserver sa carrière de chanteuse. Verdict le 21 juillet avec la sortie de son album "Comme si de rien était", sous le nom de Carla Bruni . Son album "No Promises" (2007) n’a pas eu autant de succès que "Quelqu’un m’a dit" (2002). Elle devrait faire peu de promotion et aucun concert pendant les quatre années à venir.

"Est-ce qu’elle est encore crédible auprès de ses fans ? Est-ce que les Français vont essayer de la découvrir comme chanteuse ? ", s’interroge Arnaud Mercier. Il semblerait que oui : 57 % de la population ne voit pas d'incompatibilité entre son statut et sa carrière de chanteuse.

Il se pourrait que la Première dame ait d'ores et déjà eu un impact sur la notoriété du président. Elle semble l’entraîner dans son sillage. Selon un sondage Ifop réalisé fin mai, il semble reprendre de la hauteur avec 42 % d’opinion favorable, contre 35 % au mois de mai.

Carla, Nicolas, la machine semble bien huilée. "C’est le choc de deux ambitions", résume Roselyne Febvre, qui compare le couple à un "GIE : groupe d’intérêt élyséen". Mais le couple doit encore tenir jusqu’à la fin du mandat présidentiel en 2012. Comme se plaît à le rappeler Roselyne Febvre, la publicité mettant en scène Carla Bruni pour une marque de voiture, diffusée juste avant leur rencontre, stipulait : "garantie cinq ans".

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