AFGHANISTAN - ONU - EXCLUSIVITE

"Trop d'argent n'atteint pas les Afghans"

Le chef de la mission de l'ONU en Afghanistan, Kai Eide, reconnaît ouvertement, lors d’un entretien exclusif à FRANCE 24, que les aides occidentales atteignent beaucoup trop peu la population afghane. (Interview : C. Billet)

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Les nations occidentales ont dépensé des milliards de dollars pour aider l’Afghanistan depuis l’attaque américaine en 2001 contre les Taliban, mais l’argent est le plus souvent retourné dans les mains des pays donateurs, révèle Kai Eide, le chef de la mission des Nations unies en Afghanistan.

"Une trop grande partie de l'argent retombe trop souvent dans les mains des pays donateurs eux-mêmes et n'atteint jamais les Afghans", a-t-il affirmé à Claire Billet, lors d’un entretien exclusif à FRANCE 24, à la veille d’une grande conférence pour l’Afghanistan, qui se tient à Paris, le 12 juin. "C'est un gros problème".

L’aide internationale est souvent dépensée dans des contrats lucratifs pour des sociétés et des consultants étrangers, qui viennent souvent de ces mêmes pays donateurs.

“Un autre problème est que nous ne suivons pas les plans et les priorités du gouvernement afghan", poursuit le responsable, qui est également le représentant spécial en Afghanistan du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. "Nous commençons nos propres projets et parfois les Afghans ne sont même pas au courant de ce qu'on fait sur le terrain", explique-t-il.

"Troisièmement, nous devons dépenser notre argent de façon durable, je veux dire pour que les Afghans puissent prendre le relais", insiste-t-il. "Des projets à court terme deviennent souvent des projets qui s'effondrent rapidement, parce que les Afghans n'ont pas les capacités et nous devons leur donner ces capacités. Alors plus nous investissons dans la prise en main par les Afghans de leurs droits, le mieux ce sera."

Kai Eide, en poste depuis mars 2008, indique que de nombreux progrès ont été faits dans certains secteurs, et notamment en matière de santé et d’éducation, mais cette aide aurait pu être gérée plus efficacement pour la population afghane. “Nous entendons parler d'énormes sommes d'argent mais nous ne voyons pas les résultats qu'ils souhaitent."

A la conférence de Paris, le président afghan Hamid Karzaï devrait appeler les Etats donateurs à mettre en place un plan financier de 50 milliards de dollars sur cinq ans. Quant aux pays donateurs, ils presseront le président afghan de lutter plus efficacement contre la corruption, qui avale une grande partie de l’aide.

"J'espère que cette conférence sera comme une sorte de New Deal",  indique Kai Eide à FRANCE 24. "Un nouveau chapitre dans notre relation, dans notre partenariat avec l'Afghanistan. Et je veux que ce chapitre soit orienté vers la population. Dans tout ce que nous faisons, je voudrais qu'on se concentre sur les résultats qu'on veut voir, et où ? Evidemment sur le terrain, là où les gens vivent. Nous devons donc les atteindre et avoir un message convaincant de la conférence de Paris que ce que nous faisons est destiné aux personnes sur le terrain."

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