AFGHANISTAN - DEVELOPPEMENT

Une aide réellement efficace ?

Une ONG estime que seule la moitié de l'argent destiné à l'aide humanitaire se rend aux projets d'aide et de développement. (Reportage : Claire Billet)

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"Celui qui a eu l'argent a fait la route comme ça, de très mauvaise qualité. Vous le voyez de vos yeux, la route est toute abîmée". Le vieil Afghan à la barbe blanche pointe du doigt l’asphalte de la route qui passe devant sa maison dans la province de Kapisa, à deux heures de Kaboul. 

La route principale qui conduit du centre aux districts éloignés est en construction depuis un an. Pourtant, plus aucun ouvrier n’y travaille. "Regardez, se plaint Mohamed Jabar, le chef des programmes pour le ministère du Développement de la province de Kapisa, ils ont construit ce pont. Mais il a une très faible résistance, il s’écroule quand les voitures roulent dessus".

La construction a été faite à la va-vite, avec du matériel de mauvaise qualité. Du coup, le ministère afghan du Développement a suspendu l’entreprise chargée de réaliser la route. Un nouvel appel d’offre a été lancé : la construction de 40 kilomètres de chaussée pour un coût de 3 millions de dollars financé par les Etats-Unis.

Cet exemple parmi d’autres pose la question de l’efficacité de l’aide en Afghanistan. "Pour avoir et garder la confiance des Afghans, il faut vraiment livrer ce dont ils ont besoin partout dans le pays", explique Chris Alexander, le numéro deux de la Manua, la Mission d’assistance des Nations-Unies en Afghanistan.

Et le représentant de l’organisation onusienne d’ajouter : "Il faut  vraiment être très franc en décidant quel organisme, quel programme a été efficace, lequel a livré la marchandise et lesquels l’ont été dans une moindre mesure".

Cette question sera au cœur des débats de la Conférence des donateurs à Paris. L’argent de l’aide est utilisé en Afghanistan par des organisations internationales, des ONG, mais aussi par des entreprises privées qui travaillent dans le domaine du développement.

Le système de financement est complexe et souvent opaque. En 2007, une enveloppe de 1,3 milliard de dollars a été mobilisée par la communauté internationale. Mais comme le confirme, chiffres à l’appui, Lorenzo Delesgues, Directeur de l’ONG Integrity Watch Afghanistan, cette aide ne va pas directement à la population afghane.

"On se retrouve sur 100 euros à dépenser 20 euros pour la sécurité, 15 euros en salaires, plus 10 à 15 euros liés au nombre de sous-contractants. Donc nous pouvons nous retrouver avec une différence de déjà la moitié de l’aide qui est partie avant même que le projet soit mis en place".

Les organisations internationales sont conscientes de ce coût. D’où leur souci de saisir l’opportunité de la conférence de Paris pour renforcer le rôle du gouvernement afghan. Dans un pays toujours classé par les Nations-Unies "5e PMA" ou pays le plus pauvre au monde, la population afghane est plus que jamais tributaire de l’aide.

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