IRLANDE - REPORTAGE

Les bureaux de vote ont fermé en Irlande

Les bureaux de vote ont fermé en Irlande après le référendum sur le traité européen de Lisbonne. Les résultats ne sont pas attendus avant vendredi après-midi. La participation tournerait autour de 40 %. Précisions de C de Camaret.

Publicité

Retrouvez le blog de Caroline de Camaret sur "un non irlandais serait un tsunami pour l'Europe"

DUBLIN, 12 juin (Reuters) - A l'occasion d'un référendum à l'issue très incertaine, les Irlandais étaient invités à se rendre aux urnes ce jeudi pour voter sur le traité simplifié de Lisbonne réformant les institutions européennes. Les bureaux de vote, qui ont ouvert à 7h00 (6h00 GMT), fermeront à 22h00 (21h00 GMT). Selon la radio-télévision irlandaise RTE, le taux de participation était faible et, en fin d'après-midi, il ne dépassait guère 20% dans la plupart des régions.


"Je crois vraiment que beaucoup de gens ne prendront leur décision qu'une fois dans l'isoloir", a estimé Damian Loscher, directeur de l'institut de sondage TNS mrbi.


Il n'est pas prévu de sondage de sortie des urnes. Le dépouillement débutera vendredi matin et les résultats sont attendus dans l'après-midi.


Sur les 27 Etats de l'Union européenne, l'Irlande est le seul à recourir au référendum - il est obligatoire pour tout sujet amendant la constitution irlandaise -, ce qui signifie qu'un pays représentant moins de 1% des 490 millions d'habitants de l'UE pourrait faire capoter un texte visant à réformer l'organisation du bloc communautaire.

Le nouveau texte, censé remplacer le projet de constitution rejeté par référendum en 2005 par la France et les Pays-Bas, doit en effet être approuvé par la totalité des 27 Etats membres pour entrer en vigueur.

Le dernier sondage de la campagne, publié ce week-end par l'institut Red C, montrait une progression du camp du "non" bien que toujours légèrement devancé par le "oui". Mais les adversaires du traité sont arrivés en tête d'un sondage pour la première fois la semaine dernière.


"Je dirais que c'est très serré mais orienté légèrement vers le 'oui', en fonction de qui ira voter", a commenté le directeur général de Red C, Richard Colwell. Selon lui, les électeurs qui sont opposés au traité parce qu'ils ne le comprennent pas sont moins susceptibles de se rendre aux urnes que les partisans du "oui".


EVITER UNE NOUVELLE CRISE

Le texte prévoit de donner à l'Union un président élu pour un mandat de deux ans et demi renouvelable, un haut représentant pour la politique étrangère disposant d'un service diplomatique étoffé, un système de décision plus démocratique ainsi qu'un rôle accru pour les parlements européen et nationaux.


En Irlande, la plupart des formations parlementaires, les milieux d'affaires, la confédération des syndicats et un
puissant lobby agricole ont fait campagne pour le "oui". Mais ils notent que la complexité du texte a éveillé la méfiance des
électeurs.


Dans une interview publiée par le quotidien italien La Stampa, le Premier ministre, Brian Cowen, reconnaît jeudi que cela n'a pas facilité la campagne des partisans du "oui". "Il est vrai que ce n'était pas facile pour la population. Mais j'ai vu dans la semaine écoulée des signes clairs attestant d'une compréhension de ce que signifie le traité de Lisbonne et de la nécessité de l'exprimer de manière positive", a-t-il ajouté.


Les adversaires du traité, notamment les nationalistes du Sinn Féin, accusent Bruxelles de vouloir faire accepter aux Irlandais une réforme institutionnelle portant atteinte à la démocratie et menaçant la neutralité traditionnelle du pays.


Lors d'un référendum en 2001, l'Irlande avait failli faire capoter le projet d'élargissement à l'Est de l'UE en rejetant le traité de Nice.


Le traité de Nice avait finalement été adopté lors d'un second scrutin mais les responsables politiques irlandais
soulignent qu'un nouveau vote n'est cette fois pas possible.


Les dirigeants européens ont exhorté les Irlandais à ratifier le traité. Aux yeux des analystes, ces interventions extérieures risquent pourtant de provoquer un effet inverse et une réaction de rejet chez des Irlandais à l'esprit
d'indépendance chatouilleux.


Mary Harney, ministre de la Santé, a ainsi invité mardi
Bernard Kouchner à s'abstenir de commentaires peu constructifs, le chef de la diplomatie française ayant fait valoir que l'Irlande avait "beaucoup compté sur l'argent de l'Europe" et serait "la première victime d'un 'non' éventuel".


Pour l'Irish Times, néanmoins, "un rejet du traité de Lisbonne serait préjudiciable à l'Europe et plus encore à l'Irlande" au moment où celle-ci subit les atteintes d'une baisse du secteur immobilier et de la crise du crédit.

Pour neuf des dix économistes de Dublin consultés la semaine dernière par Reuters, le "oui" serait le meilleur garant de la prospérité future en préservant la confiance des investisseurs. Les milieux d'affaires soutiennent massivement le traité.


Ses adversaires estiment qu'il permettrait à l'UE de forcer l'Irlande à relever la faible taxation des entreprises, qui a attiré les investisseurs dans le pays et encouragé des groupes comme Google et Yahoo à y établir leurs sièges.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine