IRLANDE - REPORTAGE

Le traité de Lisbonne est entre les mains des Irlandais

L'attention de toute l'Europe se porte vers l'Irlande, le seul pays des 27 à se prononcer par référendum sur le traité de Lisbonne, alors que les camps du oui et du non jouent leurs dernières cartes. (Reportage : E. Irvine et J. Bodin)

Publicité

Le jour J est finalement arrivé en Irlande et après des semaines de tiraillements souvent acrimonieux entre tenants du oui et du non, il n’y avait plus qu’un seul mot d’ordre qui tienne jeudi matin : rendez-vous aux urnes.

 

Dans le quartier bourgeois de Foxrock, Barry McCabe, webdesigner de 45 ans, avouait à sa sortie du bureau de vote s’être décidé à la dernière minute : "Je n’étais pas sûr de savoir pour qui voter il y a 10 minutes. Ce sont les gens comme moi qui vont décider de l’issue du scrutin."

 

Finalement, McCabe a voté "oui" malgré les arguments très "bons et persuasifs" déployés par le camp adverse.

 

“J’ai commence par penser oui. Mais le camp du non a développé des arguments très instructifs, ce qui m’a amené à considérer un non", explique McCabe . "Je suis finalement revenu au oui parce qu’au fond, je suis profondément pro-européen."

 

Les sondages organisés dans les jours précédents le referendum ont montré que la course était serrée entre le oui et le non. L’Irlande est le seul des 27 pays de l’UE à faire passer au traité de Lisbonne le test des urnes. Le camp du oui, qui rassemble les principaux partis politiques à l’exception du Sinn Fein, a eu du mal à convaincre les électeurs de ratifier un texte qui devrait aboutir à la création d’un poste de président de l’Union européenne, une diplomatie commune plus affirmée et un système d’élection plus démocratique.

 

Le taux de participation est un enjeu particulièrement crucial pour le camp du oui dans la mesure où un une abstention élevée pourrait suggérer que les électeurs sont tentés par le non. Quand l’Irlande faillit saborder le traité de Nice lors d’un référendum en 2001, seuls 35 % des électeurs avaient voté.

 

Pas de plan B, selon le camp du oui

 

La décision de Barry McCabe est de celles qui mettent du baume au cœur de Pat Carey, membre du parti majoritaire Fianna Fail et ministre d’Etat en charge des questions de citoyenneté. "Il est juste de dire que si c’est le non qui l’emporte – et je ne pense pas que ce soit le cas - le projet [européen] entier serait plongé dans l’incertitude," a-t-il déclaré. "Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour faire en sorte que la majorité des Irlandais qui soutiennent le camp du oui aillent voter", a-t-il confié à FRANCE 24 à quelques heures de l’ouverture des bureaux de vote.

 

Tous les principaux partis ont rejoint le camp du oui, sauf le Sinn Fein, le parti nationaliste de gauche, dont les soutiens se sont érodés à mesure que l’Irlande s’est enrichie ces dernières années.

 

Le camp du non a fait campagne sur l’idée que le référendum menaçait directement les principes chers aux Irlandais comme la neutralité militaire, la souveraineté nationale et l’interdiction de l’avortement. Selon Caroline de Camaret, spécialiste des affaires européennes à FRANCE 24, les électeurs irlandais craignent également de perdre leur commissaire européen, "leur lien direct avec Bruxelles", si les membres de la commission devaient être choisis selon un système de rotation comme le veut le nouveau traité.

 

Caroline de Camaret souligne également que la création d’un ministre de l’UE pour les affaires étrangères inquiète les Irlandais qui sont particulièrement attachés à leur neutralité diplomatique. "En 2001, Les Irlandais ont obtenu des concessions de l’UE sur ce point en particulier après avoir rejeté le traité de Nice une première fois", explique-t-elle.

 

Du pub au bureau de vote

 

Dans un pub du quartier Goatstown, des élus locaux de toutes tendances marquent la fin d’une dure semaine de campagne avec une pinte - ou deux – de Guiness. Ils reconnaissent avoir du travailler dur pour rattraper le camp du non. "Ils ont semé les graines du doute", dit Aidan Culhane, élu local du Parti travailliste.

 

Son ami Tom Joyce, maire de Dun Laoghaire, une petite ville côtière à 12 kilomètres du centre de Dublin et membre du Fine Gael, le principal parti d’opposition, confirme : "Les campagnes négatives sont beaucoup plus faciles à faire. Le camp du non a alimenté les peurs des gens et il est très difficile de les chasser."

 

Comme la plupart des partisans du oui, Culhane et Joyce reprochent aux "nonistes" d’entretenir les peurs sur toute une série de sujets allant de la fiscalité aux lois anti-avortement. Plusieurs partisans du oui ont également confié que les commentaires du ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner selon lesquels l’Irlande avait "profité" des subventions européennes "plus que les autres" et serait la première victime du non, n’étaient pas d’une grande aide.

 

Pour Carey, les propos de Bernard Kouchner n’ont aucune importance : "Ce ne serait pas la première fois que quelqu’un du gouvernement français dit quelque chose sans aucune utilité. Mais je ne pense pas que cela puisse avoir une influence sur le vote."

 

Pour en savoir plus, lisez notre série d'articles consacrée à l'Irlande :

 
1. Le sort de l’UE est entre les mains des Irlandais
2. L’économie pèse sur le référendum irlandais
3. Les paysans troquent leur oui contre un accord favorable avec l’OMC

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine