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Les marques distributeurs, premières victimes de l'inflation

Les marques distributeurs, bon marché et consommées principalement par les ménages les plus modestes, ont connu une hausse des prix en moyenne de 30 % sur un an, contre 20 % pour les grandes marques. (Reportage : France 2)

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PARIS - L'inflation est repartie à la hausse en mai en France, tirée par les prix de l'alimentation et de l'énergie dont la flambée pénalise la consommation des ménages et nourrit revendications salariales et mouvements de protestation dans les transports, l'agriculture et la pêche.

"Nous sommes vraiment là dans l'impact de l'explosion des prix du pétrole", a souligné Luc Chatel lors du compte rendu du conseil des ministres.

"Les observateurs, les économistes que nous consultons sur le sujet nous indiquent que le deuxième semestre devrait être marqué par un ralentissement de l'inflation, compte tenu de ce qui se passe sur le cours des matières premières agricoles, qui ont chuté", a ajouté le porte-parole du gouvernement.

L'indice des prix de détail a augmenté de 0,5% en mai par rapport au mois précédent où il n'avait progressé que de 0,3%, selon les données publiées mercredi par l'Insee.

Sur un an, la hausse des prix ressort à 3,3%, au plus haut depuis juillet 1991 alors qu'elle était revenue à 3,0% en avril après 3,2% en mars.

Selon les relevés de l'Insee, les prix ont augmenté de 4,2% dans l'énergie (dont +5,4% pour les seuls produits pétroliers) et de 1% dans l'alimentation (dont +5,9% pour les produits frais) pour afficher des hausses annuelles de respectivement 15,4% et 5,7%.

L'indice sous-jacent, hors éléments volatils, est lui resté stable en glissement annuel à 2,0% mais demeure sensiblement plus élevé que son niveau de 1,5% de l'été dernier.

L'indice IPCH, harmonisé aux normes européennes, a quant à lui augmenté de 0,6% sur un mois et de 3,7% sur un an.

Les vingt-six économistes interrogés par Reuters s'attendaient en moyenne à une hausse de 0,5% de l'indice IPCH sur le mois correspondant à un glissement annuel de 3,6%.



CONSOMMATION EN BERNE

"La consommation des ménages est en grand danger", a estimé Alexander Law, économiste à l'institut Xerfi.
"Eu égard à l'évolution des salaires, en lien avec le ralentissement attendu du marché du travail, il est plus que vraisemblable que le pouvoir d'achat lié aux revenus d'activité recule au deuxième trimestre", prévient-il.

"Dans ces conditions, il faut s'attendre à ce que le moral des ménages reste en berne et, surtout, que la consommation demeure fragile au moins jusqu'à la fin de l'année", poursuit Alexander Law.

Pour lui, les chiffres de la croissance au premier trimestre avec une progression du PIB de 0,6% par rapport au trimestre précédent "n'auront été qu'un feu de paille".

"La hausse du PIB devrait être ramenée à sa plus simple expression au deuxième trimestre (+0,1%), de sorte que la croissance économique pour l'ensemble de 2008 ne dépasserait pas les 1,7%", soit le bas de fourchette de la prévision du gouvernement.

Parallèlement à la hausse des prix de détail, l'Insee a aussi fait état d'une hausse de 5,3% des prix dans la grande distribution par rapport à mai 2007, un niveau sans précédent depuis novembre 2001 quand ils avaient augmenté de 5,4% sur un an.

Le gouvernement entend faire baisser les prix dans les grandes surfaces en facilitant l'implantation des magasins et en libéralisant les négociations tarifaires entre fournisseurs et distributeurs, deux mesures au centre de la loi de modernisation de l'économie (LME), actuellement examinée par le Parlement.

"La loi LME pourra freiner les augmentations de prix mais pas les transformer en baisse", souligne toutefois Nicolas Bouzou, économiste du bureau d'analyse indépendant Asterès.



BCE : "POLITIQUE OPTIMALE"

"Concernant les salaires, l'impact des prix est encore difficile à percevoir", relève-t-il.

"On sait simplement que les revendications sont de plus en plus importantes, en particulier dans les PME, rappelle-t-il.

La flambée des prix des produits pétroliers est par ailleurs à l'origine de mouvements de protestation des routiers, des agriculteurs et des pêcheurs depuis plusieurs mois, un phénomène qui n'est d'ailleurs pas propre à la France.

"Nous ne connaissons donc pas encore de phénomène de boucle prix-salaire, mais le risque qu'une telle spirale se mette en place est réel", estime Nicolas Bouzou, ajoutant qu'elle est "très difficile à briser quand elle est enclenchée".

"Dans ce contexte, la politique de la BCE est tout à fait optimale", juge-t-il.

"Le rôle de la BCE est bien de brandir en permanence la menace d'une politique monétaire restrictive afin de calmer les anticipations d'inflation et donc les revendications salariales", selon Nicolas Bouzou.

Le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet n'a pas exclu un relèvement des taux directeurs au sein de la zone euro dès le mois prochain.

Une menace d'autant plus sérieuse que "la poursuite des tensions et l'incertitude régnant sur les marchés de matières premières, rend très difficile de dire que le pic d'inflation est passé", prévient Matthieu Kaiser, économiste à la banque BNP Paribas.

"Les prix pourraient encore accélérer au cours de l'année et dans notre scénario actuel, l'inflation atteindrait 3,3% en moyenne en 2008", prévoit-il.

 

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