ETATS-UNIS - PAKISTAN

Washington défend son raid aérien au Pakistan

Les Etats-Unis ont reconnu avoir mené une frappe américaine dans le nord-ouest du Pakistan, qui s'est soldée par la mort de onze soldats pakistanais mercredi. Washington affirme "s'être coordonné avec le Pakistan". (Récit : A. Etcheverry)

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Washington a réagi avec embarras à la mort de soldats pakistanais lors d'une frappe américaine mercredi dans le nord-ouest du Pakistan, qui a mis en rage Islamabad et fait craindre une dégradation des rapports déjà tendus avec son allié-clé contre le terrorisme.

La coalition Operation enduring freedom (OEF) en Afghanistan, composée essentiellement de forces américaines, a reconnu qu'elle avait opéré des tirs et des frappes aériennes au Pakistan, mais assuré qu'elle ripostait à une attaque d'"éléments anti-Afghans", et affirmé s'être "coordonnée avec le Pakistan".

Islamabad, qui assure qu'onze de ses soldats ont péri dans la frappe, a dénoncé une "agression" "infondée et lâche", et averti que le dérapage avait "frappé les fondations de la coopération des soldats pakistanais pour soutenir la coalition dans la guerre contre le terrorisme", selon un communiqué de l'armée pakistanaise.

Le porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell, a assuré que la frappe était "légitime", et refusé de confirmer la mort de militaires pakistanais.

Le département d'Etat américain, après s'être dit "attristé par les pertes parmi les militaires pakistanais", s'est finalement aligné sur le département de la Défense en évoquant seulement la "perte de vies pakistanaises" durant la réponse américaine à un "acte hostile".

Washington a néanmoins cherché à apaiser Islamabad.

"Nous sommes conscients des inquiétudes soulevées par l'armée pakistanaise et par certains membres du gouvernement pakistanais", a fait valoir M. Morrell, en rappelant la "relation extrêmement importante" entre Islamabad et Washington.

"Nous ne devons pas laisser un incident comme celui-ci interférer avec notre objectif commun" dans la lutte contre le terrorisme, a-t-il souligné.

De l'avis des experts, cet épisode, le plus grave depuis qu'Islamabad a rejoint les Etats-Unis dans leur "guerre contre le terrorisme" fin 2001, risque de tendre un peu plus les rapports entre Washington et le Pakistan, coupable selon les Américains de ne pas en faire assez pour déloger les talibans et Al-Qaïda des zones tribales.

Une éventuelle attaque visant les Etats-Unis serait certainement planifiée dans ces zones tribales, a estimé mardi le chef d'état-major interarmées américain, l'amiral Michael Mullen.

Washington multiplie, ces derniers temps, les pressions sur le nouveau gouvernement issu des élections du 18 février et hostile au président Pervez Musharraf, "ami" de George W. Bush. Depuis son arrivée, le gouvernement négocie un accord de paix avec les talibans pakistanais qui jurent, eux, de poursuivre le jihad en Afghanistan.

"Le moment est très mal venu" pour cet évènement, juge Bruce Riedel, expert au centre de réflexion Brookings Institute et ancien membre du Conseil national de sécurité à la Maison Blanche.

"Cet incident majeur à la frontière intervient juste à l'heure où la lutte interne au Pakistan pour résoudre la question du destin de Musharraf atteint un pic et que nos relations avec les nouveaux dirigeants sont très tendues. La pression déjà faible mise par le Pakistan sur Al-Qaïda risque désormais de se réduire encore plus", a-t-il indiqué à l'AFP.

Mais pour Rick Barton, du Centre d'études stratégiques internationales (CSIS), les Etats-Unis ne devraient pas accuser à l'excès le Pakistan d'être responsables des ratés de la lutte antiterroriste dans la région.

"Nous cherchons une excuse pour expliquer ce qui ne va pas, mais notre véritable échec est que nous n'avons pas assez de soldats en Afghanistan", estime-t-il.

"Le nouveau gouvernement a besoin d'être encouragé", or "quand les Etats-Unis commettent une erreur comme celle-ci, cela produit de la pression et risque d'entraîner de l'instabilité", craint-il.

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