ZIMBABWE - ELECTIONS

Les chefs militaires craignent des poursuites pour crimes de guerre

Certains chefs militaires, au pouvoir au Zimbabwe, seraient prêts à voir Robert Mugabe partir, à condition d’être assurés de ne pas finir devant un tribunal pour des crimes de guerre datant des années 80. (Analyse : A. Duval Smith)

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Les propos du leader de l’opposition zimbabwéenne, Morgan Tsvangirai, mercredi, selon lesquels son pays était "dirigé en réalité par une junte militaire" n’étaient pas une tentative grossière de faire la une des journaux.

 

En 28 ans de pouvoir, la guérilla de Robert Mugabe s’est transformée en un gouvernement qui ne s’est jamais débarrassé de sa structure militaire. Le fait que Mugabe se soit rendu en toute confiance à Rome, au sommet de la FAO, la semaine dernière, montre que le leader de 84 ans a le soutien total des militaires et ne craint pas d’être renversé pendant son absence.

 

Le Zimbabwe, qui a acquis son indépendance des colons blancs en 1980 après une des guerres de libération les plus acharnées en Afrique, est gouverné par une clique d’anciens guérilleros endurcis dont la rhétorique trahit le passé.

 

Jeudi, le vice-président Josef Msika a indiqué que voter pour Tsvangirai au second tour "serait considéré comme un acte de guerre". "Voter pour le MDC (Mouvement pour le changement démocratique) serait comme voter pour la Rhodésie et les Britanniques, ce qui revient à voter pour la guerre", a-t-il déclaré lors d'un meeting électoral dans la ville de Zaka (sud-ouest).

 

Le Zanu-PF, parti marxiste au pouvoir, a une structure politique et comprend des progressistes. Mais le pays est actuellement dirigé par un Commandement inter-armées (JOC), un cabinet de guerre composé des chefs d’état-major et des directeurs de la police, des services pénitentiaires et des renseignements.

 
 

Des cadavres dans le placard empêchent un accord

 

En coulisses, les tentatives sud-africaines pour trouver une solution de sortie d’un processus électoral chaotique et violent se heurtent moins aux réticences de Mugabe à quitter le pouvoir qu’à la crainte de ses lieutenants de se voir traduits devant le Tribunal international de La Haye.

 

Certains cadres du Zanu-PF, comme l’ex-ministre de la Sécurité Emmerson Mnangagwa, ont concédé qu’un partage du pouvoir après l’élection était "nécessaire". Selon certains, Mugabe aurait même voulu reconnaître sa défaite après le premier tour du 29 mars.

 

Cependant, les irréductibles veulent des garanties personnelles. Des poids-lourds du JOC, comme le commandant de l’armée de l’Air Perence Shiri et le commandant de l’armée de Terre Constantine Chiwenga, arguent qu’en 1980, les apparatchiks de la sécurité au sein du régime sortant de Ian Smith ont même été promus à des postes prestigieux du premier gouvernement post-colonial.

 

Shiri et Chiwenga, et dans une moindre mesure Mnangagwa, sont impliqués dans la mort de 10 000 à 30 000 personnes à Matabeleland, dans le sud du pays, au début des années 80. Ces tueries, liées à la campagne de Mugabe destinée à destituer le Premier ministre de l’époque, Joshua Nkomo, ont été décrites par la Commission catholique pour la justice et la paix (CCJP) comme un génocide.

 

Lors des récentes médiations sud-africaines, le MDC a brièvement considéré la possibilité d’une immunité légale ou bien une forme de commission vérité pour faciliter une sortie en douceur aux poids-lourds du cabinet de guerre. Tsvangirai a évoqué une "retraite confortable" pour Mugabe. Cependant, face aux preuves qui s’accumulent selon lesquelles ces mêmes personnes étaient les cerveaux de la violence commise actuellement contre les partisans du MDC, l’opposition a depuis changé d’avis.

 

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