CRISE DU PETROLE - UE

Le salut par Bruxelles ?

La hausse continue du prix du baril de pétrole met les gouvernements européens, pris entre les exigences de leurs électeurs et les limites qu'ils se sont imposés avec l'UE, dans l'embarras. A long terme, ces limites se révèleront payantes.

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« Si le prix du pétrole continue d’augmenter, je veux demander à nos partenaires européens ‘que faisons-nous ?’ », demandait en mai, dans un entretien accordé à la radio RTL, le président français, Nicolas Sarkozy.

 

Le sentiment d’impuissance de Nicolas Sarkozydevant la flambée des prix du baril, qui est passé de 30 dollars en 2003 à 137 début juin 2008 est largement partagé par ses homologues européens. Ils ont la délicate tâche d’expliquer aux pêcheurs et routiers qui bouillonnent en voyant leurs emplois menacés qu’ils ne doivent pas attendre de décision de leurs gouvernements mais bel et bien de Bruxelles.

 

Objectif stabilité des prix

 

Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 avaient plongé l’Europe dans une profonde crise, caractérisée par une inflation galopante et une récession économique sérieuse. D’un coup, après trois décennies de prospérité, les Européens ont dû faire attention à leurs dépenses et se battre pour aider leur pays à se sortir de la crise.

 

Le gouvernement français a réagi par un mélange de politique d’austérité et de relance économique. Mais les pays européens ont échoué à contrôler l’inflation à deux-chiffres et empêcher le chômage de devenir un phénomène de masse.

 

Dans une interview publiée en juin, le président de la Banque centrale européenne avait estimé que la réponse donnée à la crise pétrolière des années 70 s’était soldée par un gigantesque ralentissement économique. « Nous avons payé le prix fort pour cette erreur », résumait Jean-Claude Trichet, sur le site d’information française Médiapart.

 

Au sortir du grand chamboulement des années 70, stabiliser les prix est devenu l’objectif commun de tous les pays européens. D’où la création de la BCE en 1998. L’inflation est désignée cible principale des banques, malgré les critiques de plus en plus sévères accusant les mesures anti-inflationnistes de freiner la croissance économique.

 

La politique économique n'est plus entre les mains des Etats

 

« Maintenant qu’il y a une politique monétaire commune, Trichet préserve des taux d’intérêt élevés pour combattre l’inflation. C’est son obsession », affirme Jacques Percebois, directeur du Centre de recherche en économie et droit de l'énergie à l’Université de Montpellier.

 

Convertis à une politique monétaire plus orthodoxe, les membres de l’UE ont signé le Pacte de croissance et de stabilité. Par cet accord, les Etats-membres se sont engagés à maintenir sous contrôle leurs déficits budgétaires, creusés pendant vingt ans pour compenser la faible croissance.

 

Dans un contexte d’inflation record, 3,6% en mai 2008, jongler entre les engagements européens et des mesures un tant soit peu populaires devient extrêmement difficile.

 

Les trois grands leviers de politique publique ne sont maintenant plus entre les mains des gouvernements. « Ils ne peuvent plus jouer sur la politique monétaire car ce n’est plus une compétence nationale. Ils ont besoin d’obtenir une dérogation de Bruxelles pour jouer sur la politique fiscale. Ils ne peuvent pas non plus se lancer dans une politique de grands travaux parce qu’ils doivent respecter les engagements du Pacte de stabilité », résume Jacques Percebois.

 

L’importance de réponses coordonnées

 

Les ministres européens de l’économie se sont réunis la semaine dernière à Francfort pour évoquer les issues envisageables à la crise, au cours du sommet européen de Bruxelles les 19 et 20 juin prochains. Malgré la grogne montante des routiers et pêcheurs, les ministres se sont accordés pour que les gouvernements ne baissent pas les impôts et ne compensent pas les augmentations de prix par des augmentations de salaire.

 

« Là est la grande différence avec les années 70, où les gouvernements européens avaient répondu chacun à leur manière », explique Stephen Boucher, secrétaire général adjoint du think tank français Notre Europe.

 

La France a proposé au début du mois de juin de suspendre la TVA sur l’essence chaque fois que le baril devient trop cher. La proposition, défendue par Nicolas Sarkozy, a soulevé un tollé général : elle va à l’encontre d’un accord signé en 2005 interdisant toute mesure fiscale pouvant fausser le marché de la concurrence.

 

« Aujourd’hui, les membres de l’UE veulent rester souverains en matière d’énergie et d’impôts. Mais ils doivent se conformer aux règles qu’ils ont eux-même choisies », ajoute Stephen Boucher. « Qu’elle soit ou pas la bienvenue, cette rigidité est un garde-fou. »

 

Besoin d’un changement structurel mené par l’Europe

 

Dans les années 70, les chocs pétroliers ont été si brutaux qu’ils ont affecté toutes les secteurs d’activité. Mais dans un pays comme la France, des efforts conséquents ont été menés pour se sortir d’une trop grande dépendance au pétrole en développant des énergies alternatives, comme le nucléaire.

 

En France, la proportion de pétrole utilisé pour la production a chuté de 66 à 38% les trente dernières années, alors que l’indépendance énergétique est passé de 23 à 50%

 

Aujourd’hui, la crise affecte principalement les transports. « Nous réalisons que nous avons échoué à retirer progressivement l’utilisation du pétrole dans le transport routier et aérien. Et c’est ce à quoi nous devons nous atteler aujourd’hui », affirme Stephen Boucher.

 

Face aux pressions populaires, l’Union européenne tente de concilier les effets de la crise du pétrole et ses engagements en matière de développement durable. Ses objectifs, consommer 20% d’énergie renouvelable et 10% de biocarburants, ne seront pas effectifs avant 2020.

 

Avec les mouvements de protestation grandissants, la Commission européenne a appelé ses membres à aider les professions les plus affectées par l’augmentation des prix du pétrole. La France a trouvé un accord avec le géant pétrolier Total pour aider à financer la taxe à la cuve pour les foyers non-imposables.

 

Pendant ce temps, le prix du baril augmente, inlassablement.

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