FINANCE

Perte historique pour Lehman Brothers

La banque d'affaires américaine Lehman Brothers dévoile une perte historique de 2,8 milliards de dollars et 3,6 milliards de dépréciations au second trimestre. Le directeur financier et le directeur général adjoint ont été évincés.

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Les valeurs financières américaines sont de nouveau confrontées depuis quelques jours à un nouvel accès de méfiance des investisseurs, le marché se remettant à douter des capacités de ces sociétés, que l'on disait convalescentes, à faire face à une crise qui dure.

"La crise continue dans le secteur financier", affirme Marc Pado, analyste chez Cantor Fitzgerald. "Les investisseurs s'attendent à de nouvelles dépréciations massives et de lourdes pertes au second trimestre".

Plombées par quelques valeurs phares comme Lehman Brothers, Merill Lynch ou Washington Mutual, l'indice des valeurs financières de Wall Street a cédé 3,3% mercredi, entraînant dans sa chute l'ensemble de la cote.

Première banque à publier ses résultats du 2e trimestre, lundi, Lehman Brothers a dévoilé 3,6 milliards de dollars de dépréciations et sa première perte trimestrielle (-2,7 milliards) depuis son entrée en Bourse en 1994.

En dépit de l'annonce simultanée d'une augmentation de capital de 6 milliards de dollars, la banque d'affaires n'a pas pu rétablir la confiance: son action a encore chuté de 13,64%, à 23,75 dollars mercredi en clôture. Sa valeur a été divisée par près de deux en un mois.

"Lehman a évité de justesse une crise financière à la Bear Stearns", selon le site d'analyse financière Briefing.com, en référence au rachat récent de cette autre banque d'affaires par JPMorgan Chase.

Jusqu'ici épargnée, Goldman Sachs était à son tour la cible des rumeurs, le marché spéculant sur des dépréciations massives qui seront annoncées lors des résultats trimestriels, attendus mardi. Le titre, qui a perdu 18% depuis le début mai, a fini en baisse de 2,85% à 162,45 dollars.

Goldman Sachs fait pourtant partie des groupes les moins affectés par la crise des crédits immobiliers à risques ("subprime"), qui ont conduit le secteur à déprécier quelque 300 milliards de dollars d'actifs à ce jour.

Washington Mutual, malmené par des rumeurs récurrentes de dépréciations, a perdu la moitié de sa valeur en un mois et touché mercredi un plus bas depuis 16 ans: le titre a encore plongé de 9,28%, pour revenir à 6,06 dollars.

Pour leur part, Citigroup et Merrill Lynch ont été affectées par des informations de presse leur prédisant de nouvelles pertes, en raison de l'importance dans leur portefeuille de titres garantis par les réhausseurs de crédit Ambac et MBIA. Citigroup a perdu 5,18% à 19,21 dollars (-26% depuis début mai) et Merrill 6,56% à 35,46 dollars (-32% en un mois).

Scénario redouté depuis des mois, MBIA et Ambac ont perdu la semaine dernière leur fameux "AAA" chez Standard and Poor's (S&P) et Moody's pourrait prendre prochainement une décision similaire. Or, si la note d'un réhausseur est dégradée, les banques qui détiennent des titres assurés par celui-ci doivent revoir à la baisse dans leurs livres la valeur de ces titres.

Selon le quotidien Financial Times, la facture pourrait atteindre 10 milliards de dollars au total pour Citigroup, Merrill Lynch et UBS.

Le PDG de Merrill Lynch John Thain s'est pourtant voulu rassurant, affirmant lors d'une conférence d'analystes que son groupe était "bien capitalisé" et qu'il n'est par ailleurs fragilisé ni par Ambac ni par MBIA.

Le secteur de l'assurance n'était pas non plus épargné en Bourse, en particulier AIG, le numéro un mondial du secteur.

Plus exposé que prévu au "subprime", le groupe fait l'objet de critiques tous azimuts sur sa stratégie. Mardi, deux fonds actionnaires ont écrit à la direction pour exiger une réunion d'urgence. AIG, qui a levé récemment 20 milliards de dollars pour se renflouer, a perdu 31% en Bourse depuis début mai.
  

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