ARGENTINE - AGRICULTURE

Le conflit entre le "campo" et Kirchner se durcit

Les agriculteurs argentins ont entamé leur quatrième grève en trois mois pour protester contre les taxes sur les exportations de soja. Le gouvernement n'est pas prêt à céder et dénonce des tentatives de "déstabilisation".

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Le conflit qui oppose depuis près de cent jours agriculteurs et gouvernement en Argentine, s'est durci ce week-end après la brève arrestation d'un des dirigeants agricoles et la reprise de la grève dans le "campo", en dépit de la lassitude de la société argentine.

Dimanche, des barrages routiers persistaient dans la province d'Entre Rios, dans l'est du pays, théâtre samedi de l'arrestation pendant quelques heures d'un dirigeant agricole local, Alfredo De Angeli, devenu à la faveur du conflit un des chefs les plus emblématiques de cette fronde du "campo", la campagne argentine.

De nombreux transporteurs routiers, à l'origine de la plupart des barrages ces derniers jours, devaient néanmoins rentrer chez eux pour passer la Fête des Pères en famille, a assuré dimanche à une radio locale Ruben Agugliaro, président de la Confédération argentine du transport routier.

M. Agugliaro a toutefois affirmé que les blocages de routes reprendraient dès lundi. Les transporteurs protestent contre les conséquences de la grève des agriculteurs qui se refusent sporadiquement depuis des semaines à commercialiser leur production céréalière ou de soja, à la suite de la décision du gouvernement d'augmenter de 25% la taxe à l'exportation de soja, principale richesse agricole du pays.

Interrompue cette semaine, cette grève a repris dimanche matin et ce au moins jusqu'à mercredi, en conséquence de l'arrestation samedi de M. De Angeli. Son arrestation a provoqué un regain de tension et la mobilisation de milliers de personnes à travers tout le pays, y compris à Buenos Aires où plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés près de l'Obélisque, emblème de la ville, en frappant sur des casseroles.

Ces "cacerolazos" ont provoqué des contre-manifestations, dont un rassemblement place de Mai à Buenos Aires de partisans de la présidente Cristina Kirchner, parmi eux son mari Nestor Kirchner à qui elle a succedé en décembre à la tête de l'Etat.

Le gouvernement a confirmé dimanche qu'il n'était pas prêt à céder aux exigences des agriculteurs et dénoncé des tentatives de "destabilisation" venant de "certains secteurs".

Les producteurs agricoles ont indiqué de leur côté que leur mouvement durerait le temps qu'il faudra et confirmé la tenue d'un grand rassemblement mercredi.

La reprise, pour la quatrième fois, de la grève du "campo" conjuguée à la détermination des transporteurs routiers et de nombreux producteurs bien décidés à continuer à bloquer les routes pèse lourdement sur l'activité économique dans l'intérieur du pays.

Ce durcissement du conflit bloque aussi les exportations de grains, faute de renouvelement des stocks dans les silos du port de Rosario (centre-est), capitale de l'agro-alimentaire et principal débouché des exportations agricoles.

L'Argentine exporte normalement des produits agricoles et agro-alimentaires pour une valeur de quelque 35 milliards de dollars, soit plus de la moitié des exportations totales du pays (55 mds de dollars).

Elle est le premier exportateur mondial de farine et d'huile de soja, le troisième pour les graines de cet oléagineux, le second pour le maïs et le cinquième pour le blé.

"Le gouvernement a décicé, et on le savait déjà, qu'il n'y a pas de victoire sans défaite" de l'adversaire, a déploré dimanche le journal Clarin, rejoint dans cette analyse par l'autre grand quotidien argentin La Nacion. "Nestor Kirchner veut la reddition inconditionnelle du +campo+", écrit l'éditorialiste de ce journal, pour qui, à l'instar de nombreux Argentins, il ne fait guère de doute que l'ex-président est toujours aux commandes.
 

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