TCHAD - REBELLION

Les rebelles tchadiens visent N'Djamena

Les rebelles affirment poursuivre leur marche vers la capitale tchadienne pour renverser le président Idriss Deby. Ils disposeraient de plus de 5 000 hommes déployés sur le terrain. (Récit : P.-L. Viollat)

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Les rebelles tchadiens ont annoncé lundi après-midi la prise de Biltine, une petite ville située à 700 kilomètres à l’est de N’Djamena. Ils affirment poursuivre leur marche vers la capitale pour renverser le président Idriss Deby Itno. La France, de son côté, a déclaré qu’elle n’interviendrait pas pour porter secours au président assiégé.

 

"Biltine est entre nos mains depuis quelques minutes, il n’y a pas eu de résistance. Les armées tchadiennes ne nous attendaient pas", a assuré à l’AFP Ali Gueddei, porte-parole de l’Alliance nationale, qui regroupe diverses factions rebelles. Par ailleurs, tout en précisant que la stratégie des rebelles ne consistait pas à garder Biltine, le porte-parole a promis la prise imminente de Mongo, une autre localité située à 400 kilomètres seulement de la capitale.

 

"Notre objectif est N’Djamena", a rappelé lundi à FRANCE 24 Mahamat Assileck Halata, porte-parole de l’Alliance nationale de la résistance. "Nous voulons d’abord, dans un premier temps, libérer certaines zones assez stratégiques où l’armée gouvernementale – ou ce qu’il en reste – ne veut pas ou cherche à éviter à venir vers notre force".

 

Selon lui, "plus de 5 000 hommes sont déjà déployés sur le terrain et une colonne est partie depuis hier par le nord". La rébellion a annoncé lundi matin se trouver à Am Timan, après avoir dimanche brièvement pris le contrôle d’Am-Dam, une petite localité de l’est du Tchad.

 

La progression des rebelles ne semble pas rencontrer, pour le moment, de véritable opposition de la part des forces gouvernementales. "C'est encore une tentative de déstabilisation du Tchad, a dénoncé ce week-end sur FRANCE 24 Hissein Brahim Taha, l’ambassadeur du Tchad en France. C'est évident que dans cette promenade macabre, il y aura des morts, encore, des jeunes Tchadiens, des deux côtés".

 

 

La France "n’interviendra plus"

 

Les 2 et 3 février derniers, la rébellion tchadienne avait mené un raid et atteint N'Djamena à la surprise générale, encerclant notamment le palais présidentiel et étant tout près de renverser le régime du président Idriss Deby, qui avait dû son salut à l’intervention de l’armée française.

 

Lors d'un déplacement à Abidjan, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a affirmé dimanche : "La France n'est pas intervenue et n'interviendra plus".

 

Les rebelles assurent que la France, présente au Tchad depuis 1986 dans le cadre de l'opération Epervier avec des moyens aériens et terrestres, fournit des renseignements militaires à l'armée tchadienne grâce à ses vols de "reconnaissance".

 

Ils demandent aujourd’hui l’appui de la France. "Nous pensons qu'à l'heure actuelle la paix est profitable aux Tchadiens et que la France, au lieu de s'impliquer dans la guerre du Tchad, serait mieux inspirée d'aider les Tchadiens à se mettre à la table des négociations", déclare ainsi à FRANCE 24, Abderahman Koulamallah, président de l’Union pour le changement démocratique et porte-parole des rebelles.

 

Samedi, en marge de l'attaque de la localité de Goz-Beïda par une colonne rebelle, les soldats irlandais de l'Eufor - la force européenne déployée dans l'est du Tchad - ont essuyé des tirs de roquettes de provenance indéterminée. Ils ont riposté par des tirs de sommation.

 

Tout en exprimant ses regrets face à l’épreuve subie à la suite de la chute de la ville de Goz-Beïda, la rébellion a tenu à envoyer des gages de sécurité en direction des organisations humanitaires qui travaillent au Tchad. "Elle (l’Alliance, ndlr) tient à encourager les ONG à mener à bien leur mission", a notamment précisé Ali Gueddei, depuis Libreville.

 

Des mouvements de rebelles à la frontière soudanaise

 

Par ailleurs, des bruits de bottes se font entendre à la frontière entre le Tchad et le Soudan. Latif Zoheir, correspondant de FRANCE24 en ce moment à Al Geneina, note des mouvements de rebelles entre les deux pays : "Nous avons vu pas mal de voitures et de convois de l’opposition tchadienne s’orienter vers les territoires tchadiens."

 

Latif Zoheir assure que, d’après l’opposition tchadienne, il n’y a pas de combats au niveau des frontières parce que l’armée gouvernementale tchadienne y est absente. Côté soudanais, le correspondant note une "présence assez importante de l’armée soudanaise au niveau des frontières". Il affirme que, d’après ses déclarations à France 24, l’armée soudanaise craint que certains opposants soudanais ne profitent de la situation pour rentrer au Soudan.

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