ZIMBABWE

Au Zimbabwe, l'ONU "évalue la situation" avant la présidentielle

Alors que le président Mugabe menace d'arrêter les leaders de l'opposition, un représentant de l'ONU est venu évaluer la situation politique, avant le 2nd tour de la présidentielle. (Récit : M. Gaudin)

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Le chef d'Etat zimbabwéen Robert Mugabe a menacé lundi d'arrêter les leaders de l'opposition et de les poursuivre pour les violences politiques accrues avant le second tour du scrutin présidentiel, mais ces derniers lui ont renvoyé la responsabilité des exactions.

"Nous allons bientôt accuser le MDC (Mouvement pour le changement démocratique) et les leaders du parti pour leur responsabilité dans ces crimes", a-t-il déclaré lors d'un meeting électoral dans la ville minière de Kadoma, au sud de Harare.

"Il y a aujourd'hui un schéma (de violences) dans le pays, qui doit s'arrêter", a-t-il poursuivi. "Ils doivent y mettre un terme. Et oui, nous disons que nous allons les arrêter en plein jour !"

Les attaques politiques se multiplient à l'approche du scrutin du 27 juin qui opposera Mugabe, 84 ans dont 28 au pouvoir, au chef du MDC, Morgan Tsvangirai, 56 ans.

Une association de médecins a ainsi rapporté avoir soigné plus de 3.000 victimes de violences politiques. Selon l'Onu, la majorité des exactions sont à imputer aux partisans du régime.

Un haut représentant des Nations unies, Haïlé Menkerios, est d'ailleurs arrivé dans la soirée à Harare, où il est en mission jusqu'à vendredi.

A sa sortie de l'avion, le sous-secrétaire général de l'ONU pour les affaires politiques chargé de l'Afrique a juste déclaré qu'il "était là pour évaluer la situation" et qu'il ferait ensuite un rapport au secrétaire général Ban Ki-moon.

Sans attendre, le MDC a accusé Mugabe de "faire de la politique". "Le MDC n'a pas d'armes. Le MDC n'est pas responsable des violences (...) et Mugabe le sait très bien", a estimé le porte-parole du parti, Nelson Chamisa. "Il nous accuse des violences, mais c'est lui qui en est responsable", a-t-il ajouté.

Morgan Tsvangirai, qui a été retenu par la police à cinq reprises au cours des deux dernières semaines, a récemment estimé que le Zimbabwe était "dirigé de facto par une junte militaire".

Le MDC assure que 66 de ses partisans ont été tués et 25.000 déplacés par la campagne d'intimidation lancée par le régime après sa déroute historique aux élections générales du 29 mars.

Le parti au pouvoir a perdu le contrôle de la chambre des députés et Mugabe est arrivé derrière Tsvangirai au premier tour de la présidentielle, avec 43,2% des suffrages contre 47,9% à l'opposant.

Le régime avait d'abord assuré que "les milices" à l'origine des violences n'existaient que "dans l'imagination" des leaders du MDC, avant de leur en faire porter la responsabilité.

Mugabe a notamment accusé le MDC de mener "une croisade du Mal" dans le pays et des dizaines de partisans du MDC ont été interpellés au nom de ces violences.

Début juin, des responsables judiciaires avaient indiqué qu'il n'y aurait pas de remise en liberté sous caution pour les suspects de violences politiques et qu'une amnistie était envisagée pour leur faire de la place en prison.

Le régime a déjà appréhendé une partie des dirigeants du MDC, dont son numéro deux Tendai Biti, en détention depuis jeudi, dont le domicile a été perquisitionné lundi.

La police compte l'inculper pour trahison, une charge passible de la peine de mort. Elle l'accuse d'avoir élaboré une stratégie pour un changement de régime illégal et d'avoir revendiqué la victoire de l'opposition aux élections du 29 mars avant la publication des résultats officiels.

Mais Biti n'a toujours pas été formellement inculpé et son avocat compte demander à la justice de déclarer sa détention illégale, arguant qu'une garde à vue ne peut excéder 48 heures sans mise en examen.

A Londres, le Premier ministre britannique Gordon Brown et le président américain George W. Bush ont déclaré que Mugabe ne devait pas être autorisé à "confisquer" l'élection présidentielle.
 

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