CHINE - JEUX OLYMPIQUES

La flamme olympique dans la région sensible du Xinjiang

La flamme olympique parcourt pendant trois jours la région sensible du Xinjiang. Les autorités chinoises y ont pris des mesures de sécurité drastiques. Samedi, la torche fera étape au Tibet. (Récit : K. Chabour)

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KASHGAR, Chine - Le gouvernement chinois a transformé en ville-fantôme la cité de Kashgar, carrefour de la Route de la soie dans l'ouest du pays, en prévision du passage de la flamme olympique dans une région en proie aux vélléités séparatistes de la minorité musulmane ouïghoure.

Le relais passera mercredi dans cette ville de 300.000 habitants où des policiers se tiennent à chaque coin de rue.

Les magasins ont été fermés et des soldats patrouillent dans ce bastion de l'islam en Chine, la deuxième ville du Xinjiang, grande province pétrolifère frontalière de l'Afghanistan.

"Personne n'est autorisé à regarder passer la flamme sauf si l'on est encadré par son unité de travail. J'ai beaucoup de regrets", affirme Chen Guangcheng, une habitante Han de Kashgar dont la maison se situe sur le parcours.

"La police vient chez moi ce soir pour l'inspecter et pour enregistrer toutes les personnes qui vivent là."

Les fenêtres doivent être fermées et les habitants ne peuvent se tenir sur leur balcon durant le passage de la flamme, ajoute Chen.

Pékin aurait déjoué dees attentats

Le relais aurait dû être un symbole d'unité de la Chine, mais après le fiasco du parcours à l'étranger torpillé par les militants pour les droits de l'homme et pour le Tibet libre, le "voyage de l'harmonie" se heurte régulièrement à des difficultés.

Ce passage dans la région troublée du Xinjiang surviendra trois jours avant le voyage samedi à Lhassa, la plus grande ville du Tibet, une étape confirmée mardi par le comité d'organisation des Jeux olympiques.

Pékin a refusé d'annuler ce passage dans la région indépendantiste malgré les demandes de l'ONG Human Rights Watch et les craintes d'un éventuel sabotage du relais.

La grande région désertique du Xinjiang qui jouxte le Tibet est habitée par huit millions de Ouïghours, une ethnie d'Asie centrale turcophone et musulmane.

La Chine les accuse d'une série d'attentats motivés par leur volonté d'obtenir l'indépendance de la région, qu'ils baptisent de son ancien nom de Turkestan oriental.
Annexé au 18e siècle par les Mandchous, le Xinjiang est demeuré chinois sans interruption depuis 1950.

Beaucoup de Ouïghours interprètent l'afflux récent dans la région de Hans, la principale ethnie chinoise, comme une volonté par le gouvernement de les coloniser et de restreindre leurs libertés culturelle et religieuse.

Le gouvernement assure avoir déjoué au moins deux attentats au Xinjiang cette année. L'un aurait consisté à abattre un avion à destination de Pékin, l'autre à enlever des étrangers et à mener des attaques suicides lors des Jeux olympiques.

"Ils sont fous de l'amener ici"

Le Congrès mondial ouïghour affirme que les autorités ont forcé des habitants de Kashgar à signer des lettres garantissant leur soutien au gouvernement et expulsé avant le passage de la flammme au moins 5.000 habitants ouïghours en situation irrégulière.

"Ils sont fous de l'amener ici", dit Hamid. "C'est leur événement, pas le nôtre", regrette cet habitant ouïghour en parlant du passage de la flamme dans sa ville. "On ne récolte que les ennuis."

La torche a traversé mardi la capitale régionale du Xinjiang, Ürümqi, apparemment sans incidents.

A Kashgar, des banderoles se préparent à accueillir les relayeurs en anglais ou en chinois, mais on lit peu d'inscriptions en ouïghour.

Les journalistes étrangers ont été parqués dans un hôtel et ne peuvent interviewer les habitants sur le parcours de la flamme.

Un représentant du gouvernement central a nié que ces restrictions soient liées aux peurs "d'incidents soudains", l'euphémisme employé par Pékin pour parler de manifestations.

"Nous attendons tellement de monde que nous avons pensé que ce serait plus simple comme cela", affirme-t-il.

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