FRANCE - DEFENSE

La France revoit en profondeur sa stratégie de défense

Le président français a présenté la nouvelle stratégie militaire française. Conçue pour faire face à la "menace immédiate" du terrorisme, elle fait la part belle au renseignement, quitte à supprimer 54 000 postes. (Récit : L. Kammourieh)

Publicité

Rare secteur que Nicolas Sarkozy n’avait pas encore réformé, la politique de défense et de sécurité française va être revue en profondeur. Le président français a présenté mardi dans un discours qu'il a qualifié de "fondateur", les conclusions du Livre blanc de la Défense définissant la stratégie militaire de la France pour les 15 années à venir.


Le précédent rapport, vieux de 14 ans, s’attardait sur les orientations stratégiques au lendemain de la guerre froide. L’édition 2008, troisième du genre, se recentre sur les menaces du troisième millénaire : les actions terroristes "simultanées ou majeures" et les attaques informatiques.

 

"La menace immédiate est celle d’une attaque terroriste", a déclaré le président Nicolas Sarkozy dans son discours de présentation du Livre blanc. "La menace est là, réelle, et nous savons qu’elle peut prendre demain une forme nouvelle, encore plus grave, avec des moyens radiologiques, chimiques et biologiques." Des affirmations qui surprennent Gauthier Rybinski, spécialiste international à FRANCE 24 : "De tels propos sur la vulnérabilité du territoire sont rares".

 

Le monde est devenu plus instable et plus imprévisible, note le Livre blanc. Signe révélateur, le catalogue de ces menaces lie pour la première fois défense et sécurité nationale. "Le monde est confronté au terrorisme de masse, aux tensions qui naissent de la course aux matières premières, à des risques naturels et technologiques croissants ", a ajouté Nicolas Sarkozy.

 

Focus sur le renseignement

 

La nouvelle stratégie de défense met donc principalement l’accent sur le renseignement, notamment sa composante spatiale (drones, satellites), qui se verra allouer 700 millions d'euros chaque année, au détriment des armées qui voient leurs effectifs profondément réduits.

 

Un "monsieur renseignement", Bernard Bajolet, l’actuel ambassadeur à Alger rompu aux missions sensibles, sera nommé et rattaché directement à l'Elysée. Il "orientera les services et assurera la cohérence de leur action", a expliqué le président français qui a également  "souhaité le regroupement des services de renseignement du ministère de l’Intérieur au sein de la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur."

 

Pour faire face aux attaques informatiques, une Agence de la sécurité des systèmes d'information est également créée.

 

Le Livre blanc évoque la constitution de capacités de lutte informatique - offensives - pilotées par l'état-major des armées et des "services spécialisés", le président français rappelant que "le risque d’attaques informatiques qui pourraient paralyser la nation, n’est déjà plus une simple hypothèse : la France et plusieurs pays européens en ont été des victimes récentes."

 

Fort du constat qu’un risque d'un conflit majeur en Europe s'est estompé, le Livre blanc prône également une meilleure complémentarité entre l'Otan et l'Europe de la défense, la première devant être "rénovée" et la seconde enregistrer des progrès substantiels. "C’est l’alliance entre les Européens et les Etats-Unis. Mais c’est aussi, on ne le dit pas assez, un traité d’alliance entre les nations européennes elles-mêmes", a insisté le président français.

 

Les effectifs de l’armée réduits

 

"On ne pourra pas tout faire à la fois", a expliqué le président. Pour financer ces réformes, plusieurs domaines voient, en contrepartie, leur budget et leurs effectifs réduits. "Le Livre blanc trace ainsi la voie pour dégager les marges financières qui nous faisaient tant défaut", a justifié Nicolas Sarkozy.

  

Afin de "ramener les effectifs au niveau des objectifs opérationnels", a-t-il poursuivi, quelque 54 000 des 320 000 postes civils et militaires de la Défense seront supprimés dans les 6 ou 7 prochaines années.

  

Les effectifs des seules armées, jusqu’à aujourd’hui les plus importantes de l’Union européenne, seront ramenés de 271 000 à 225 000 personnes. L’armée de l’air sera particulièrement ciblée avec une réduction de 24 %. Les baisses atteindront 17 % pour l'armée de terre qui emploiera, à terme, 130 600 civils et militaires, et 11 % pour la Marine (44 100).

 

Ces mesures ont été prises pour "garantir" des moyens matériels explique Gauthier Rybinski, spécialiste international à FRANCE 24.

 

Une nouvelle force de 10 000 hommes est cependant prévue en cas de "crise majeure" sur le territoire national et une autre de 5000 hommes pourra être mobilisée pour des opérations extérieures ponctuelles.

 

Fermeture de bases

 

Plusieurs bases françaises à l’étranger, en particulier en Afrique de l’Ouest, vont être fermées. "Nos efforts en Afrique devront désormais répondre à une demande clairement exprimée de nos partenaires et à des objectifs dont nous rediscuterons régulièrement", a expliqué Nicolas Sarkozy, fidèle au discours qu'il avait prononcé au Cap (Afrique du Sud), en février dernier.

 

Plus généralement, la présence militaire française à l'étranger sera considérablement réduite et devrait se déployer vers un arc de crise allant de l'Atlantique à la Méditerranée, en passant par le Golfe persique et l'océan Indien.

 

Ces mesures seront précisées début juillet avec l'annonce de la nouvelle "carte militaire", qui devrait voir une cinquantaine de communes perdre toute présence de la défense sur leur territoire. Une réforme qualifiée d'"historique" par le président.

 

Le leitmotiv de ces mesures coïncide avec celui, plus général, du Livre blanc : faire mieux avec moins.

 

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine