ZIMBABWE

Mbeki tente une médiation au Zimbabwe

Le président sud-africain Thabo Mbeki, chargé d'une médiation au Zimbabwe par ses pairs d'Afrique australe, s'est rendu à Harare pour y rencontrer Robert Mugabe. (Récit : J. Knock)

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Le président sud-africain Thabo Mbeki faisait une nouvelle tentative de médiation au Zimbabwe mercredi à neuf jours du deuxième tour de la présidentielle alors que la pression internationale sur Harare, tant occidentale qu'africaine, prenait de l'ampleur.

M. Mbeki, chargé par ses pairs d'Afrique australe d'une médiation au Zimbabwe, a rencontré le leader de l'opposition Morgan Tsvangirai, 56 ans, arrivé en tête au premier tour de la présidentielle, avant de s'entretenir avec le chef d'Etat Robert Mugabe, 84 ans, au pouvoir depuis 1980.

 

Morgan Tsvangirai    

 


"Tsvangirai et le président Mbeki se sont rencontrés cet après-midi à 14H30 (12H30 GMT) pendant une heure", a déclaré à l'AFP le porte-parole du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition) Nelson Chamisa. C'est le premier tête-à-tête rendu publique entre les deux hommes depuis le 11 avril.

M. Mbeki a ensuite entamé des entretiens avec M. Mugabe à Bulawayo, la seconde ville du pays (ouest), ont indiqué des témoins.

Depuis le début de la crise au Zimbabwe née de la déroute du régime aux élections générales du 29 mars, le président sud-africain s'est rendu au moins deux fois au Zimbabwe, sans jamais avoir obtenu de percée.

Souvent critiqué pour sa "diplomatie discrète" envers M. Mugabe, le président sud-africain avait finalement exprimé le 11 juin sa "profonde inquiétude" face "aux incidents violents".

Mais sa réticence à critiquer le héros de l'indépendance du Zimbabwe lui a valu de perdre tout crédit auprès de Morgan Tsvangirai, qui a demandé dès avril que sa mission de médiation lui soit retirée.

Mercredi, la pression internationale est parallèlement montée d'un cran.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui s'était dit "préoccupé" par les informations faisant état de violences au Zimbabwe depuis le 29 mars, a utilisé des mots particulièrement forts.

"Profondément alarmé par la situation au Zimbabwe", M. Ban a estimé que "les violences actuelles, les intimidations et les arrestations de dirigeants de l'opposition ne (pouvaient) conduire à des élections crédibles" le 27 juin, a rapporté à New York sa porte-parole Michèle Montas.

Depuis les élections du 29 mars, à l'issue desquelles l'opposition a aussi raflé le contrôle de la chambre des députés, les violences politiques se sont multipliées, surtout dans les zones rurales.

L'ONU a estimé que la plupart des attaques pouvaient être imputées aux partisans du régime. Le MDC assure que 66 de ses partisans ont été tués et qu'au moins 25.000 ont été déplacés par des fidèles de M. Mugabe.

Plus tôt mercredi, M. Tsvangirai a rencontré à Harare le sous-secrétaire général de l'ONU pour les affaires politiques chargé de l'Afrique, Haïlé Menkerios.

Les Etats-Unis ont aussi haussé le ton. "Il est temps pour les leaders africains de dire au président Mugabe que le peuple du Zimbabwe mérite des élections libres et justes", a déclaré la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice.

Londres a accusé les autorités zimbabwéennes, qualifiées de "coterie criminelle", de rendre impossible la tenue d'une élection "juste et équitable".

En Afrique, le Premier ministre kényan Raila Odinga a appelé au déploiement "d'une force internationale de maintien de la paix de sorte que (...) de réelles élections puissent avoir lieu".

Et le chef du parti au pouvoir en Afrique du Sud, Jacob Zuma, favori de la présidentielle de 2009 dans son pays, a estimé qu'il serait "difficile de tenir une élection libre dans les conditions actuelles".

Sur le terrain, les autorités zimbabwéennes ont annoncé qu'elles assouplissaient l'interdiction d'exercer des organisations humanitaires annoncée début juin. Tout en faisant savoir que les observateurs électoraux "aux idées préconçues" ne seraient pas accrédités pour le second tour.
 

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