ACADEMIE FRANCAISE

Jean-Christophe Rufin rejoint les Immortels

Jean-Christophe Rufin, écrivain et ambassadeur de France au Sénégal, a été élu, dès le premier tour de scrutin à l'Académie française, au fauteuil d’Henri Troyat. Prix Goncourt 2001 pour "Rouge Brésil", il est âgé de 55 ans.

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Jean-Christophe Rufin, élu jeudi à l'Académie française, est un Immortel aux multiples vies : médecin de formation, pionnier de l'action humanitaire, écrivain à succès et plus récemment diplomate.

Elu dès le premier tour de scrutin, avec 14 voix contre 12 à l'écrivain et essayiste Olivier Germain-Thomas, deux bulletins blancs et un marqué d'une croix, il succède à Henri Troyat, décédé le 4 mars 2007.

Prix Goncourt 2001 pour "Rouge Brésil", Jean-Christophe Rufin est, à 55 ans, l'auteur d'une quinzaine de livres et l'un des artisans des nouveaux rapports de la France avec l'Afrique.

Son élection sous la Coupole n'est qu'une étape dans un parcours atypique, entre best-sellers et médecine humanitaire.

Né le 28 juin 1952 à Bourges, il est reçu en 1975 au concours d'internat, choisit la neurologie comme spécialité, mais bifurque bientôt vers la médecine humanitaire. Première mission en 1976 en Ethiopie, alors ravagée par la guerre. "Cette rencontre brutale avec un autre monde a produit un choc", confie-t-il.

Le nouvel académicien combine dès lors une carrière multiple, un itinéraire hors normes doublé d'une ambition, entre médecine hospitalière, action humanitaire et responsabilités dans divers ministères.

Directeur médical de l'ONG Action contre la faim (1983-1985), il rejoint en 1986 le cabinet de Claude Malhuret, au secrétariat d'Etat aux Droits de l'homme. De ses multiples missions en Afrique, Asie, Amérique latine, il tire un premier livre, "Le piège humanitaire" (1986), dans lequel il dénonce les risques de récupération politique ou militaire de l'humanitaire.

Attaché culturel au Brésil (1989-90) et vice-président de Médecins sans frontière en 1991, il devient conseiller de François Léotard, alors ministre de la Défense (1993-1995).

En 1997, son premier roman, "L'Abyssin" reçoit le Goncourt du premier roman: avec 300.000 exemplaire vendus, l'écrivain Rufin est déjà une valeur sûre.

"Les causes perdues" (1999), bilan d'une génération entre engagement et désillusion, décroche l'Interallié deux ans plus tard. Et "Rouge Brésil", récit épique de la conquête du Brésil par les Français sous la Renaissance, remporte un énorme succès public.

Quand au printemps 2007, le nouveau ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner lui propose de devenir ambassadeur de France au Sénégal, il troque sa défroque d'écrivain pour le costume de diplomate.

Le nouvel académicien renoue ainsi avec une tradition française. D'autres écrivains et diplomates - Paul Morand, Paul Claudel... - l'ont précédé à l'Académie. Mais Jean-Christophe Rufin s'inscrit plutôt dans le sillage d'auteurs au long cours comme Joseph Kessel ou le journaliste Albert Londres.

"Avec la fonction de diplomate, vous êtes en contact avec beaucoup de réalités, de visages, de paysages... Je ne sais pas comment je vais l'exploiter", déclarait-il après son arrivée au Sénégal.

Bernard Kouchner a félicité jeudi dans un communiqué le nouvel académicien, dont l'oeuvre, écrit-il, "illustre combien la littérature et la médecine sont les plus beaux ponts reliant les hommes et les savoirs".

Après l'élection de Jean-Christophe Rufin, trois fauteuils restent à pourvoir à l'Académie française, qui compte en principe 40 membres : ceux d'Alain Robbe-Grillet, de l'ancien Premier ministre Pierre Messmer et du cardinal Jean-Marie Lustiger. L'élection au fauteuil de ce dernier a été fixée au 30 octobre.
 

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