JUSTICE - SUBPRIMES

Vague d'arrestations liées à la crise des subprimes

Plus de 400 personnes ont été inculpées et 60 autres arrêtées aux Etats-Unis par le FBI pour fraudes liées à la crise des crédits immobiliers. Deux anciens gérants de la banque Bear Stearns ont par ailleurs été arrêtés.

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Les autorités américaines ont procédé jeudi à des dizaines d'arrestations et d'inculpations, au terme d'une enquête sur les malversations liées aux crédits hypothécaires "subprime", qui, en l'espace de tout juste un an, ont fait plonger la finance mondiale dans la crise.

Après trois mois et demi d'une enquête baptisée "Opération Hypothèques Malhonnêtes", le ministère américain de la Justice et le FBI ont inculpé 406 personnes pour fraudes et arrêté 60 d'entre elles. Ils ont notamment inculpé deux ex-gérants de fonds de la banque d'affaires Bear Stearns.

"Le ministère de la Justice et le FBI ont annoncé une opération majeure contre les fraudes sur des crédits immobiliers, qui a débouché sur 406 inculpations et, hier, 60 arrestations (...). En outre, dans une enquête sur les produits financiers adossés aux crédits hypothécaires, le procureur de New York a inculpé deux ex-gérants de fonds de Bear Stearns", a annoncé le ministère.

Les autorités ont expliqué avoir enquêté du 1er mars au 18 juin sur ces crédits immobiliers accordés sans barguigner à des emprunteurs peu solvables.

Les inculpations ont été réalisées dans tout le territoire américain, sur diverses affaires qui au total ont fait perdre aux investisseurs environ 1 milliard de dollars, a indiqué le ministère dans un communiqué.

Par ailleurs, ont été arrêtés deux anciens gérants de Bear Stearns, Ralph Cioffi et Mathew Tannin, accusés de conspiration et de fraude.

Les deux hommes sont accusés d'avoir sciemment trompé des investisseurs au printemps 2007, en les poussant à continuer à investir dans deux fonds qu'ils savaient au bord de l'effondrement. La faillite de ces deux fonds en juin 2007, qui a marqué le début de la crise financière, a fait perdre 1,4 milliard de dollars aux investisseurs, a ajouté le ministère.

Dans des e-mails échangés en avril, les deux gérants se disaient convaincus de la faillite imminente des fonds, mais continueraient à encourager les investisseurs à y placer davantage d'argent, explique le ministère.

Investis, pour partie, dans des obligations adossées à des prêts immobiliers "subprime" pour améliorer leur rendement, ces fonds ont vu la valeur de leurs actifs chuter durant les premiers mois de 2007.

Un e-mail de M. Tannin à M. Cioffi en avril est particulièrement édifiant: "le marché des +subprime+ a l'air vraiment pourri (...). Si (nos modèles internes) ne sont même qu'A PEINE EXACTS, je pense que nous devrions clore les fonds dès maintenant. Car si (ce modèle) est correct, l'ensemble du marché des subprime est fichu (...) Si les obligations à note AAA sont dégradés systématiquement, il n'y a aucun moyen pour nous de gagner de l'argent, jamais" (les majuscules étaient dans le texte original).

Et au même moment, dans des rencontres avec les investisseurs, ils continuaient à affirmer que leurs fonds étaient une bonne affaire.

L'enquête montre aussi que des carnets et ordinateurs des deux inculpés ont disparu, alors qu'ils avaient été réclamés par le régulateur boursier, la SEC, dans le cadre d'une enquête sur l'effondrement des deux fonds à l'été 2007.

Fin juin, Bear Stearns avait annoncé que ceux-ci étaient en quasi-faillite, s'engageant à en renflouer l'un des deux à hauteur de 3,2 milliards de dollars. Fin juillet, les deux fonds avaient dû déposer leur bilan, alors qu'au début du printemps, leur valeur d'actif était encore estimée à 20 milliards de dollars.

En mars, Bear Stearns, qui était au bord de la faillite, a été rachetée en urgence par sa consoeur JPMorgan Chase, lors d'une opération pilotée par la Réserve fédérale américaine (Fed).

Depuis le début de la crise du "subprime", beaucoup d'investisseurs ont estimé avoir été amenés à placer leur argent dans des produits financiers complexes dont les risques ne leur avaient pas été correctement exposés.

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