ARABIE SAOUDITE - OPEP

Rencontre à Djeddah pour calmer le marché pétrolier

A quelques heures de la rencontre entre pays producteurs et consommateurs de pétrole à Djeddah, l'Opep prévient qu'elle n'augmentera pas sa production dans l'immédiat. (Récit : C. Molle-Laurençon)

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A l’initiative de l’Arabie saoudite, les pays producteurs et consommateurs de pétrole se retrouvent le 22 juin à Djeddah. Une grande première. La rencontre sera consacrée à l’examen des causes de la hausse vertigineuse des prix du pétrole. 38 pays, dont les Etats-Unis, 4 organisations et 30 compagnies pétrolières ont répondu à l’invitation.

Arabie saoudite : la cheville ouvrière d'une Opep maudite

Alors, pourquoi l’Arabie saoudite propose-t-elle d’organiser une telle rencontre ? Les Saoudiens sont les premiers producteurs de l’or noir au monde, avec 9 millions de barils de pétrole par jour. Riyad bénéficie logiquement d’un poids important au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), à tel point que, "pour certains, l’Arabie saoudite et l’Opep ne font qu’un", relève l’économiste saoudien Abdullah Alalami.


Si l’Arabie est le premier producteur de pétrole, les Etats-Unis en sont parmi les premiers consommateurs. La facture américaine s’alourdit avec l’envolée des prix. Pour mettre fin à cette crise, le congrès américain a voté récemment une loi permettant de poursuivre les membres de l’Opep pour manipulation de marché, comme s’il s’agissait d’entreprises. "C’est une loi contre l’Opep, mais c’est l’Arabie qui est visée en premier lieu", précise Alalami. Une guerre qui ne dit pas son nom. "Pour riposter, l’Arabie invite toutes les parties pour trouver ensemble des solutions", ajoute-t-il.

A travers cette réunion, l’Arabie saoudite veut rassurer les consommateurs. Son message pourrait se résumer à : "Nous ne sommes pas indifférents à votre problème", juge Francis Perrin, directeur de la rédaction du magazine "Pétrole et gaz arabes" basé à Paris. "C’est une bonne chose de dialoguer surtout au moment où chacun cherche un responsable à cette hausse des prix du pétrole", ajoute le spécialiste.

Les spécialistes sceptiques

Les spécialistes n’attendent pas de résultats concrets de la rencontre. L’économiste Abdullah Alalami se montre pessimiste : "Il n’y a rien à attendre de cette rencontre, au mieux l’Arabie annoncerait une augmentation de 300 000 barils par jour." Mais une telle augmentation ne peut changer la donne : l’ordre international est de 86 millions de barils de pétrole par jour alors que la production saoudienne est d’environ 9 millions de barils.

Francis Perrin estime de son côté que la rencontre ne peut déboucher sur un résultat concret. Pour une raison simple : "Très peu de pays peuvent augmenter leur production immédiatement". Mais il concède que cette rencontre pourrait influencer les prix à condition que "les participants proposent de nouvelles mesures".


Les prix vont-ils baisser ?

Pour Pierre Terzian, directeur de l’hebdomadaire "Pétrostratégie", "le roi Abdallah n’aurait jamais pris le risque (d’organiser une telle rencontre) s’il n’avait pas une idée derrière la tête". Une baisse des prix de pétrole pourrait survenir à l’issue de la réunion de Djeddah. "Les Saoudiens vont certainement prendre des initiatives avant même la réunion, car en cas d’échec (de la rencontre) les prix vont s’envoler encore davantage", note Terzian. Entre temps, l’Arabie saoudite a confirmé une augmentation de sa production quotidienne de 200 000 barils/jour à partir de juillet.

"Le cours des prix a baissé deux jours après l’annonce de la rencontre saoudienne", relève Francis Perrin. Si les marchés semblent avoir été influencés par cette rencontre, "cela ne constitue qu’un résultat temporaire", conclut Abdullah Alalami.

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