L'INTELLIGENCE ECONOMIQUE

Cinéma : le nouvel outil de propagande du Pentagone

Aux Etats-Unis, le Pentagone finance de plus en plus de longs métrages. Pour la plupart, des films de propagande qui donne une image positive de l'armée américaine. Une aubaine pour les producteurs.

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"La Chute du Faucon noir", "Pearl Harbour", "Les Messagers du vent", "Top Gun"… Le point commun de ces grosses productions hollywoodiennes? Elles ont toutes été réalisées avec le soutien de l’US Army.

 

Cela peut surprendre, mais aujourd’hui bon nombre de producteurs américains travaillent main dans la main avec l’armée. D’ailleurs "ce lien est complètement assumé par les cinéastes et les hommes politiques qui se réfugient derrière l’effort de guerre", nous explique Erwan Bénézet, journaliste et auteur du livre "Hollywood-Washington : Comment l'Amérique fait son cinéma" (Armand Colin / 2007) , invité sur notre plateau.
 
Pour le Pentagone comme pour Hollywood, c’est un deal "gagnant-gagnant". L’armée peut faire connaître son travail et faciliter ainsi le recrutement de nouveaux bras. "C’est gagnant-gagnant pour nous de figurer dans la culture populaire américaine et mondiale", nous confie Catherine Viray, agent du FBI que nous avons rencontrée sur le tournage de la série "Numb3rs".
 
Les producteurs, eux, peuvent réaliser des économies notables : mises à disposition, gracieusement par l’armée, de matériels (camions blindés, véhicules tout terrain, porte-avions, avions de combats...), mais également des conseils techniques, des entraînements de tirs…
 
Cette aide ne va pas sans contrepartie. Les cinéastes doivent donc se plier à certaines exigences. Ainsi, l’armée peut demander la suppression de certaines parties du script, comme ce fut le cas pour la "Chute du Faucon noir", produit par Jerry Bruckheimer. Le but du ministère de la Défense ? Faire tout simplement des films à la gloire de l’armée américaine !
 
Cette collaboration peut être poussée encore plus loin. Nous nous sommes rendus à ICT (Institut de technologies créatives), en Californie. Ce centre de recherche a reçu 100 millions de dollars du Pentagone pour injecter un peu plus de créativité dans les exercices d’entraînements militaires. "Nous avons des scénaristes de Hollywood de très haut niveau qui nous aident à inventer des scénarios, en étroite collaboration  avec nos experts militaires. Ils inventent les histoires qui sont utilisées dans notre système de formation", nous explique Jonathan Gratch, directeur de ce centre de recherche.
 
Hollywood tire aussi des bénéfices de ce partenariat.  L'une des technologies mises au point au centre ICT a permis de construire des modèles en 3D pour les films d'action  comme "Aeon Flux" ou "Spider-Man 3"…
 
Alors Hollywood bras armé du Pentagone ? Pas toujours. Le film "Platoon" d’Oliver Stone n’a jamais obtenu le soutien de l’armée. Le réalisateur a d’ailleurs dû se battre pendant plus de dix ans pour trouver les fonds nécessaires. Autre exemple, plus connu encore, "Apocalypse Now" de Francis Ford Coppola. Impensable évidemment pour l’armée de financer un film remettant en cause le bien fondé de la guerre du Vietnam!
 
La collaboration entre pouvoir politique et cinéastes n’est pas une particularité américaine. Le film français "Les Chevaliers du ciel", produit par Laurent Brochand, a été réalisé main dans la main avec l’armée de l’air…
 
Ce n’est pas le cas de Philippe Haïm que nous avons rencontré, au Festival de Cannes. Ce réalisateur vient de réaliser "Secret défense", un film qui sortira en octobre prochain. Lui a refusé de communiquer son scénario au ministre de la Défense. Pourtant, son scénario a bien atterri sur le bureau de la DGSE obligeant Philippe Haïm à s’expliquer devant les maîtres espions. Un entretien qui n’a pourtant pas fait bouger d’une seule ligne son texte.
 
Dans une économie globalisée, les images du 7e art participent à la guerre économique. Car derrières elles, c’est une culture et des modes de consommation que l’on vend.



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