ZIMBABWE - REPORTAGE

Dans l'enfer de la répression à Harare

A moins d'une semaine du second tour de la présidentielle au Zimbabwe, les élus de l’opposition du Mouvement pour le changement démocratique sont la cible de violences de la part des militants du parti au pouvoir. (C. Dumay et E. Jongwe)

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De la maison, il ne reste plus rien, excepté les fondations. Tout le reste est parti en fumée. La demeure appartenait à un des conseillers municipaux du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Harare. Absente lors de l’incendie, la grand-mère raconte la scène macabre qu’elle a découverte en arrivant sur les lieux.

"J'ai vu que mon petit à moi était couché le long de la porte avec la main comme ça, se souvient la vieille dame en larmes. Tous ses intestins étaient sortis. Et j'ai commencé à pleurer, pleurer. Et moi, j'ignorais que ma belle-fille était aussi brûlée".

Elle poursuit : "Ma belle fille était enceinte. Elle brûlait quand elle m'a dit : regarde ! Ils m'ont frappée dans le ventre. Elle était toute rouge, partout. Même ses genoux étaient à vif".

Sa belle-fille a eu le temps de lui parler : "Elle m'a dit que cinq hommes étaient venus. Ils ont demandé : où est le conseiller ? Où est le nouvel élu du MDC ? On a dit qu'on ne savait pas. Ils nous ont dit de rentrer dans la maison. Ils ont jeté du feu et ils nous ont enfermés".

Brûlée au troisième degré, la femme de l'élu n'a pas survécu. Son mari, lui, s’est échappé par la porte de derrière peu avant l’incendie. Depuis, la vieille dame n’a plus de nouvelles de son fils.

Cette histoire n’a rien d’exceptionnel dans la région de Harare. On est sans nouvelle d'au moins six députés, sénateurs, conseillers municipaux élus pour le MDC le 29 mars. Les familles de cadres du parti ont été visées par des attaques. La femme du nouveau maire de Harare a été battue à mort sous les yeux de son fils de quatre ans.

S'y ajoutent les 70 militants MDC qui ont perdu la vie et les 25 000 citoyens des campagnes, déplacés par les milices pour les empêcher de se rendre à leur bureau de vote vendredi pour le second tour.

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