SYRIE - NUCLEAIRE

L'AIEA inspecte un site suspect en Syrie

L'AIEA commence l'inspection du site syrien d'Al-Kibar, bombardé en 2007 par Israël. La Syrie est suspectée d'y avoir développé un programme nucléaire clandestin en violation du traité de non-prolifération nucléaire. (Récit : C. Molle)

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Une équipe d'inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) s'est rendue dimanche en Syrie pour enquêter sur un présumé site nucléaire bombardé l'an dernier par Israël.

La visite des inspecteurs de l'agence, la première du genre en Syrie, est entourée d'une grande discrétion de la part des autorités et aucune information sur l'arrivée de l'équipe à Damas n'avait été publiée en fin de journée.

"Nous nous rendons à présent à Damas, nous y rencontrerons ce soir nos homologues et puis nous commencerons à rassembler des données", avait déclaré le chef de la mission Olli Heinonen, numéro deux de l'AIEA, à son départ de Vienne.

"Ce qui nous attend là-bas, nous verrons bien sur place", avait-il ajouté.

Lors de leur mission, de lundi à mercredi, annoncée par le directeur général de l'AIEA Mohamed ElBaradei début juin, les inspecteurs doivent se rendre sur le site d'al-Kibar, dans la région désertique de Deir-Ezzor (centre-est). Ce site cachait, selon Washington, un réacteur nucléaire construit avec l'aide de la Corée du nord avant sa destruction en septembre 2007 par l'aviation israélienne.

En avril, les Américains avaient diffusé des documents secrets suggérant que la construction des installations était sur le point d'être achevée au moment du bombardement.

La Syrie, alliée de l'Iran, a nié "les allégations ridicules" des Etats-Unis et affirmé qu'il s'agissait d'un "bâtiment militaire non utilisé" et non nucléaire. Mais, après le raid israélien, elle a fait nettoyer le site de tous ses débris nourissant les suspicions, ce qui complique la mission de l'AIEA.

Les résultats devraient en être publiés dans un rapport qui sera discuté lors de la prochaine réunion de l'AIEA en septembre à Vienne.

"La Syrie a invité l'AIEA et va coopérer avec elle. (...) Nous souhaitons qu'une délégation se rende en Syrie et visite le site présumé", a déclaré récemment le président syrien Bachar al-Assad.

M. Assad a en outre affirmé que les accusations américaines étaient "fabriquées à 100%" et qu'elles faisaient partie d'une campagne de pression lancée contre Damas pour son soutien au "terrorisme".

M. Elbaradei a exhorté la Syrie à coopérer avec les inspecteurs mais a affirmé dans une interview à la chaine al-Arabiya qu'il n'y n'avait pas de preuve que la Syrie disposait du "personnel qualifié ou du combustible pour poursuivre un vaste programme nucléaire".

L'hebdomadaire allemand Der Spiegel à paraître lundi, citant des rapports des services secrets allemands, affirme qu'un projet était mené par la Corée du Nord, l'Iran et la Syrie pour la construction d'un réacteur nucléaire à finalité militaire sur le site syrien détruit.

Pyongyang devait aider les scientifiques iraniens à progresser dans leur programme nucléaire et Al-Kibar devait servir de site provisoire pour permettre à l'Iran d'y développerait la bombe atomique, en attendant de pouvoir le faire sur son propre territoire, selon Der Spiegel.

Dans un article publié le 10 juin par le quotidien syrien al-Watan proche du pouvoir, l'analyste syrien Ibrahim Darraji affirmait: "la visite se déroulera avec l'autorisation totale de la Syrie (..), qui voudrait prouver le caractère erroné des allégations américaines et israéliennes et éviter tout conflit que certains veulent provoquer entre la Syrie et l'AIEA".

Selon des informations de presse américaines, l'agence onusienne souhaitait se rendre sur deux ou trois sites supplémentaires, ce que Damas refuse.

"Nous avons intérêt à ce que l'agence visite le site (visé par le raid) mais parler d'autres sites n'est pas conforme à l'accord" entre la Syrie et l'AIEA, a déclaré le président Assad.

La Syrie est signataire depuis 1963 du Traité de non-prolifération (TNP) nucléaire, par lequel elle s'est engagée à ne pas chercher à se doter de l'arme atomique et à accepter des inspections.
 

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