ETATS-UNIS

La présidentielle prend de la vitesse

Les épouses d'Obama et de McCain se lancent éperdument dans la conquête du vote des femmes. Barack Obama provoque une polémique en préférant financer sa campagne par des fond privés. (Reportage : G. Meyer)

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L'étiquette de girouette peut-être fatale dans une campagne présidentielle américaine - et aujourd'hui, les adversaires John McCain et Barack Obama sont chacun menacés de se la voir accrochée.

Deux dossiers actuels donnent prise à cette accusation d'inconstance: pour le républicain John McCain, c'est sa nouvelle conversion en faveur de forages pétroliers en mer, pour le démocrate Barack Obama, sa décision de se passer du système de financement public des campagnes électorales.

"La plupart des gens ont été mystifiés par le retournement d'opinion" de John McCain sur l'opportunité de forages en mer, a assuré dimanche un allié de Barack Obama, l'ancien sénateur Tom Daschle, en utilisant à plusieurs reprises l'expression fétiche "flip-flop", lors de l'émission matinale de la chaîne de télévision Fox.

"Barack Obama a pris différentes positions sur pratiquement chacun des dossiers de la campagne, le dernier en date étant cette histoire de financement public", a rétorqué le parlementaire républicain Eric Cantor sur CNN.

John McCain lui-même avait été cinglant vendredi, faisant des changements d'opinion de M. Obama une question de caractère: "Il s'est complètement contredit (...) - c'est troublant", avait dit le sénateur de l'Arizona.

Le même jour, M. Obama avait souligné que le changement de position de M. McCain sur les forages en mer s'inscrivait "dans ce qui est devenu une habitude" pour son adversaire: "M. McCain avait autrefois une position différente".

A vrai dire, chaque camp tient un relevé sans pitié des changements d'opinion, plus ou moins avérés, reprochés au candidat adverse.

John McCain était contre les forages pétroliers en mer avant d'y être favorable. Il était contre les baisses d'impôt de l'administration Bush avant de vouloir les pérenniser, il se contredit sur le niveau des effectifs militaires en Irak... énumère le parti démocrate qui s'est autoproclamé "briseur de mythes" sur le candidat républicain.

Barack Obama a "trahi sa promesse" de se plier au système de financement public, il a vivement dénoncé l'Accord de libre-échange nord-américain avant d'expliquer dans Fortune que "parfois en campagne la rhétorique s'emballe", il a expliqué qu'il ne "pouvait pas renier" son ancien pasteur controversé Jeremiah Wright avant de rompre avec lui...: le parti républicain, qui a lancé une page internet "l'audace de Barack Obama sous surveillance", n'a pas moins d'arguments.

Les observateurs, eux, n'ont pas de mal à les mettre dos à dos: "Obama contre McCain: une semaine de flip-flops", s'intitulait dimanche un dossier de la chaîne CNN.

Une éditorialiste du Boston Globe, Joan Venocchi, a filé la métaphore, en jouant sur le double-sens d'un mot qui désigne aussi des tongs: "Dans leur zèle pour gagner la Maison Blanche, Barack Obama et John McCain ont déjà assez de flip-flops pour s'installer confortablement dans (un café de bord de plage de Key West en Floride), Jimmy Buffett's Margaritaville", écrivait-elle dimanche.

Mais le camp qui réussira le mieux à faire coller à l'autre l'étiquette de girouette partira avec un avantage pour le scrutin du 4 novembre.

Cette étiquette avait été fatale à John Kerry, le candidat malheureux des démocrates face au président George W. Bush en 2004. La droite avait diffusé sans relâche le clip d'une phrase maladroite: "En fait j'ai voté en faveur (d'une enveloppe de) 87 milliards (en faveur de la guerre en Irak) avant de voter contre".

Et bien des électeurs gardent dans la rétine l'image d'un autre spot: on voyait John Kerry sur sa planche à voile, incapable d'avancer pendant que sa voile faseyait tantôt à droite, tantôt à gauche.

John Kerry semble avoir retenu la leçon. Lors de ses interventions quasi quotidiennes au nom de Barack Obama, il entonne désormais un refrain identique: "John McCain a un débat avec lui-même sur ce qu'est réellement son programme".
 

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