FRANCE - ENQUETE

Zones d'ombre autour de l'agression de Rudy

Rudy, l'adolescent juif attaqué samedi à Paris, est sorti lundi du coma. Les circonstances de l'agression restent floues. Malgré ces zones d'ombre, la justice a retenu le "caractère antisémite" des violences. (Récit : P. Paccard)

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Rudy, le jeune homme de confession juive âgé de 17 ans, qui a été attaqué dans la nuit de samedi à dimanche aux abords du parc des Buttes Chaumont, dans le XIXe arrondissement de Paris, est sorti du coma lundi.

 

Rudy H., qui portait une kippa au moment de son agression, pourrait être la victime d’affrontements entre deux bandes rivales du quartier, l’une juive, l’autre composée de jeunes maghrébins et noirs.

 

Bien que le jeune homme n’ait pas encore parlé depuis sa sortie du coma, certains pensent déjà que l’agression revêt un caractère antisémite, alors que d’autres réfutent cette thèse.

 

Une enquête judiciaire a été ouverte mardi pour "tentative de meurtre aggravée par le caractère antisémite" de l'agression et "violences en réunion avec circonstances aggravantes", a annoncé le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin.

 

Zones d’ombre

 

Les enquêteurs s’efforcent de reconstituer les événements de samedi. L’édition de mardi du journal Libération donne quelques pistes :

 

- entre 13h30 et 14h, les deux bandes s’affrontent dans le parc des Buttes Chaumont. Un jeune homme est blessé mais ne porte pas plainte.

 

- entre 15h30 et 16h, les jeunes se battent à présent dans la rue Petit, à proximité du parc.

 

- vers 19h, heure de l’agression, les versions divergent. Selon certains, Rudy se fait agresser alors qu’il marche seul dans la rue Petit, une kippa sur la tête. Pour d’autres, les deux bandes se réunissent pour discuter d’une affaire de scooter volé ; la bande des jeunes juifs se serait alors enfuie, mais Rudy se serait fait rattraper par la bande rivale.

 

A 19h30, Rudy gît au sol dans la rue Petit, après avoir été tabassé. Il se serait apparemment fait sauter dessus à pieds joints.

 

Antisémitisme ?

 

Le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, a déclaré lundi qu’il était "probable", mais "pas certain" que l’agression de Rudy ait un caractère antisémite.

 

L’oncle de Rudy pense, lui, que le seul crime qu’ait commis son neveu est celui de porter une kippa.

 

En visite en Israël, le président Nicolas Sarkozy s'est dit "particulièrement choqué de ce qui est arrivé à un jeune Français, sous prétexte qu'il portait une kippa".

 

Mais d’autres pensent que l’agression n’est que le résultat d’un climat de tension entre bandes de jeunes et n’est pas motivée par des raisons religieuses ou communautaires. Rudy n’est pas un inconnu des services de police : il avait été interpellé en 2007 après des incidents à caractère intercommunautaire et mis en examen pour violences volontaires.

 

Le spectre d’Ilan Halimi

 

L’affaire Rudy H. rappelle  à certains la funeste histoire d’Ilan Halimi. Le 13 février 2006, le jeune homme de confession juive est décédé des suites de ses blessures après avoir été torturé plusieurs semaines dans la cave d’un immeuble de Bagneux, en banlieue parisienne. L’autopsie avait révélé des "brûlures" sur 80 % du corps et de multiples "hématomes et contusions".

 

Lorsque la bande, qui se faisait appeler "le gang des barbares", séquestrait Ilan, elle avait demandé une rançon à la famille Halimi, leur demandant d’aller "chercher l’argent dans leur synagogue". Le chef des "barbares", Youssouf Fofana, avait annoncé à un rabbin : "On a un juif."

 

Pour l’instant, rien ne laisse à penser que l’affaire Rudy H. laisse apparaître un tel caractère antisémite.

 

Des histoires d’argent ?

 

De nombreux analystes français refusent de conclure définitivement que Rudy a été attaqué parce qu’il est juif. Les problèmes qu’il a rencontrés par le passé avec la justice suggèrent que cet incident n’est qu’un nouvel épisode d’une longue saga.

 

D’autres experts choisissent un point de vue sociologique plus large, comme Mohammed-Pascal Hillot, collaborateur à Riposte laïque. Pour ce dernier, interviewé par FRANCE 24, le problème relève de "la violence, non du racisme". Faisant référence au philosophe allemand Karl Marx et à l’écrivain français Emile Zola, il ajoute que “les gangs ne se font pas sur l’ethnicité. Il s’agit d’une question de territoires. C’est une question d’argent.”

 

Ce sentiment est partagé par un professeur en poste dans le quartier où se sont déroulés les événements. Dans une interview publiée mardi par le journal Le Parisien,il explique que "les bandes rivales se disputent les territoires pour vendre le drogue. Mais c’est plus une lutte d’argent qu’une lutte d’ethnies."

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