SOMMET EUROPE - RUSSIE

Les bases d'un nouvel accord UE-Russie sont lancées

Européens et Russes annoncent être d'accord pour ouvrir des négociations en vue de parvenir à un nouvel accord stratégique qui servira de cadre global aux relations UE-Russie. (Récit : A.I. Mabin)

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Les dirigeants de l'UE ont lancé vendredi de délicates négociations sur un nouvel accord stratégique UE-Russie avec le président russe Dmitri Medvedev, qui leur a promis non sans ironie de se montrer "aussi constructif" que son prédécesseur Vladimir Poutine.

Le président russe, comme le président de la Commission européenne José Manuel Barroso et le Premier ministre slovène Janez Jansa, président en exercice de l'UE, ont tous estimé que le lancement de ces négociations marquait l'ouverture d'"une nouvelle page" ou d'"un nouveau chapitre" dans les relations entre les deux ensembles.

Energie, commerce, droits de l'Homme, conflits "gelés", suppression des visas pour les Russes voyageant dans l'UE : tous les domaines de coopération mais aussi de friction entre Européens et Russes devront être couverts et renforcés par cet accord "légalement contraignant".

Or sur la plupart de ces sujets, M. Medvedev s'annonce comme un interlocuteur aussi dur que M. Poutine. Il a d'ailleurs pronostiqué avec le sourire que ses relations avec les Européens seraient "aussi constructives et réussies" que pendant les huit ans de la présidence Poutine.

Certes, M. Barroso a trouvé M. Medvedev "ouvert et détendu" lors d'un dîner informel jeudi et espéré que l'accent mis par ce dernier sur "le respect de l'état de droit aiderait à avoir un dialogue constructif sur les questions relatives aux droits de l'Homme".

Sur les conflits gelés comme celui autour de la république séparatiste d'Abkhazie, enjeu d'un bras-de-fer potentiellement explosif entre Moscou et Tbilissi, M. Medvedev a également semblé soucieux de détendre l'atmosphère en indiquant vouloir les résoudre par "des moyens politiques, sans recours à la force".

Mais en privé, certains responsables de la Commission ont souligné n'avoir perçu "aucun changement radical" entre MM. Medvedev et Poutine lors de ce sommet, qui se tenait à Khanty-Mansiïsk en Sibérie.

"Sur le commerce, l'énergie, le bouclier anti-missile, tous les différends habituels ont été mis sur la table, simplement sans la connotation agressive que Poutine y mettait toujours", a indiqué un responsable de la Commission.

M. Medvedev a d'ailleurs repris l'une des lignes d'attaque russes favorites contre l'UE, dénonçant "une tendance inquiétante" de l'UE à défendre les intérêts strictement nationaux de certains Etats membres et appelant à un processus de décision européen "optimisé".

Une allusion au veto qu'ont mis longtemps la Pologne et la Lituanie - deux anciens pays de la sphère soviétique - au lancement de ces négociations avec Moscou en raison de disputes commerciales ou énergétiques avec la Russie.

M. Barroso a défendu ce principe de solidarité, un "atout" pour l'UE, au processus de décision "complexe" mais "démocratique". "Au moins quand nous disons oui, c'est 27 pays qui disent oui", a-t-il plaidé.

Les négociations qui commenceront pour de bon le 4 juillet pourraient tester rudement la solidarité européenne. Les pays baltes, inquiets de leur dépendance énergétique quasi-totale envers Moscou, sont particulièrement dans le collimateur des Russes.

M. Medvedev les a d'ailleurs visés directement lorsqu'il a accusé certains d'être "particulièrement tendres" avec ceux qui veulent "glorifier les complices des Nazis" et "réécrire certaines pages" de l'Histoire du 20e siècle.

Les négociations sur le nouvel accord stratégique pourraient aussi se heurter à des divergences sur sa portée même. Le président Medvedev a estimé qu'il devrait être "concis" et qu'il lui serait ajouté ensuite des "accords sectoriels".

Mais selon des experts européens, l'UE veut au contraire un accord le plus substantiel possible, et éviter des accords sectoriels qui affaibliraient sa position de négociation.
 

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