PORTRAIT

Jean-Pierre Jouyet, le Monsieur Europe du gouvernement français

Jean-Pierre Jouyet, 54 ans, ancien chef de cabinet de Jacques Delors passé au gouvernement Sarkozy, a silloné l'Europe pour vendre la présidence française. (Reportage : France 2)

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(Reuters) - Socialiste d'ouverture et pompier de service, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, est la caution européenne de Nicolas Sarkozy pour la présidence française de l'UE.


Cet homme policé de 54 ans est connu comme le loup blanc à Bruxelles, où les responsables européens l'apprécient.


"Si Jouyet n'existait pas, il faudrait l'inventer", note ainsi ce haut fonctionnaire de la Commission européenne.


Ancien directeur de cabinet de Jacques Delors à Bruxelles, il a discrètement fait son trou dans le gouvernement de François Fillon, à l'ombre d'un Nicolas Sarkozy et d'un Bernard Kouchner aussi flamboyants que lui-même paraît réservé.


A ceux qui lui font remarquer qu'il est inconnu du grand public, il rétorque qu'il se voit comme un pédagogue, pas comme une vedette : "Moi je suis là pour servir la cause européenne, mon degré de notoriété importe peu à cet égard."


Depuis son arrivée au gouvernement, il a passé plus de temps à Bruxelles et dans les campagnes européennes qu'à Paris, s'offrant même en juin un aller-retour à Washington pour expliquer les priorités de la présidence française de l'UE.


Rarement auparavant un secrétaire d'Etat français aura-t-il joui d'une telle autonomie, Bernard Kouchner lui laissant clairement tout le champ européen pour se concentrer de manière quasiment exclusive sur la politique internationale.


LIBERTÉ DE PAROLE 

 

Discret, Jouyet ne l'est d'ailleurs pas autant que cela et garde sa liberté de parole sur les questions européennes.


Sur son blog et dans les medias, il n'hésite pas à s'en prendre à certains conseillers de l'Elysée qui ont parfois mis à mal la relation franco-allemande ou semé le trouble dans l'Union européenne par leurs déclarations sur l'euro.


Premier visé, Henri Guaino, le conseiller spécial du président, qui a inspiré nombre des discours de Sarkozy.


Les responsables allemands ne tarissent pas d'éloge à l'égard de Jouyet pour avoir réussi à désarmorcer la polémique entre Paris et Berlin sur l'Union pour la Méditerranée (UPM).


Alors que le projet initial, inspiré par Guaino, prévoyait la participation des seuls pays riverains de la Méditerranée, provoquant une fracture Nord-Sud au sein de l'UE, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes a réussi à convaincre Nicolas Sarkozy que tous les pays européens devaient être impliqués.


Quand le président ou ses conseillers s'en prennent à la Banque centrale européenne (BCE), accusée de tuer la croissance économique en pratiquant une politique de taux d'intérêt élevés, c'est encore lui qui éteint le feu en multipliant les déclarations apaisantes sur l'indépendance de l'institution.


Il a également été le premier à trouver le bon ton lorsque la Commission européenne a fait savoir qu'elle allait envoyer à la France une "recommandation" en raison de son déficit élevé en estimant que cela "pourrait s'avérer salutaire".


Pour cet europhile convaincu, le non irlandais au traité de Lisbonne du 12 juin a claqué comme une gifle.
A l'annonce du résultat, il s'est dit "effondré". Un terme qu'il a retiré ensuite sous la pression de l'Elysée, estimant s'être laissé emporter par son côté "trop émotif".


PARCOURS ATYPIQUE


Son parcours politique est atypique. "Socialiste par amitié" selon ses mots, l'ancien chef de l'Inspection générale des finances a signé avant la présidentielle le manifeste des Gracques, hauts fonctionnaires de gauche appelant à un rapprochement entre le PS et l'UDF.


Nicolas Sarkozy "n'a rien à voir avec la caricature que l'on en fait", se désolait pendant la campagne ce pilier de la "deuxième gauche" qui gravite dans les hautes sphères de la République depuis plus de trente ans.


Fils de notaire, Normand d'origine, catholique engagé, Jean-Pierre Jouyet a fait prospérer un réseau dont les racines remontent à la "promotion Voltaire" sortie de l'Ena en 1980.


Il s'y lie à François Hollande et Ségolène Royal, une amitié mise à mal par la campagne présidentielle, et à Michel Sapin, qui deviendra ministre de l'Economie, tout en se rapprochant d'une nuée de futurs grands noms du monde des affaires.


En 1988, le socialiste Roger Fauroux, son premier "père spirituel", le prend sous son aile au ministère de l'Industrie.


Dix ans plus tard, il se met au service de Jacques Delors, son autre mentor, d'abord comme conseiller à Bruxelles, puis directeur de cabinet après le départ de Pascal Lamy. "J'aime conseiller. Le pouvoir ne m'amuse que modérément", dit-il.


En 1995, il rentre dans le privé et devient associé au cabinet d'avocats d'affaires international Jeantet.


Alors que Dominique Strauss-Kahn l'appelle à Bercy en 1997, il opte pour le poste de directeur de cabinet adjoint de Lionel Jospin. Celui qui se définit comme un "gaulliste social", seul homme de gauche d'une famille fidèle au général, prend en charge les dossiers économiques sensibles.


Directeur de l'Inspection générale des finances, il aurait dû accéder, en juin dernier, au poste de directeur général délégué d'EDF si Nicolas Sarkozy n'avait pas fait appel à lui.
 

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