FRANCE - IRAN

Grand raout pour les Moudjahidine du peuple d'Iran

La controversée Organisation des Moudjahidine du peuple d'Iran (Ompi) a tenu un rassemblement dans la banlieue parisienne. Elle en a profité pour appeler à son retrait de la liste européenne des organisations terroristes.

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L'Organisation des Moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI) n'est plus considérée comme une organisation terroriste au Royaume-Uni depuis le 23 juin ; et elle souhaite que l'Union européenne fasse de même. C'est le message qu'elle a fait passer fin juin lors de son rassemblement annuel à Villepinte, dans la région parisienne.

"Les Iraniens, qui viendront de toute la France, d'Europe et d'Amérique du Nord appelleront l'Union européenne à adopter une politique nouvelle et décisive vis-à-vis du régime iranien", précise Afchine Alavi du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), la façade politique du mouvement OMPI.

L'OMPI, qui dit avoir accueilli 50 000 personnes l'an passé, affirme avoir reçu 70
000 invités cette année. Chiffre dont doute le journaliste Alain Chevalérias, auteur de "Brûlé vif", qui a enquêté pendant un an sur les Moudjahidine et leurs chefs, Maryam et Massoud Radjavi. "Dans leur meeting, il y a généralement plus de chaises que d'invités", estime-t-il. "Ils gonflent leurs chiffres en racolant des figurants afghans payés pour la journée".

Présent lors du rassemblement de Villepinte, Karim Hakiki, journaliste à FRANCE 24, a constaté la présence d'environ 3 000 étudiants polonais. Ce même jour, le journal polonais
Gazeta Wyborcza révèle que les Moudjahidine du Peuple ont offert un week-end à Paris à des étudiants polonais pour un prix défiant toute concurrence :  6 euros. Seule condition : assister au meeting.

Rares sont les étudiants polonais qui prennent la peine de rentrer dans l'établissement. "On est là juste pour venir voir Paris, c'est le but de ce voyage", commente l'un d'entre eux. De son côté, l'OMPI nie tout démarchage. "Qu'il y ait une ou deux personnes qui ne soient pas intéressées, c'est tout à fait normal. Dans toutes les réunions il y en a", commente
Afchine Alavi. Notre seul crime, c'est d'appeler à la démocratie en Iran".  

L'OMPI est une organisation très controversée en France et dans le monde. Le mouvement, qui se fait également appeler Mujaheddin-e-Khalq (MeK), a vu le jour en 1969 en Iran. Fondée, selon l’un de ses anciens membres, sur la base "d’un mélange éclectique du chiisme et de marxisme", elle lutte contre la politique du shah.

Soutien de Saddam Hussein

 

En 1979, l'organisation participe au renversement de la monarchie mais se retrouve dans la foulée écartée du pouvoir par l’ayatollah Khomeini. En 1981, le mouvement est considéré hors-la-loi et ses membres doivent s'exfiltrer du territoire. Leur dirigeant, Massoud Radjavi, s'installe à Auvers-sur-Oise, en France, qui lui offre le statut de réfugiés politiques.

Pendant la guerre entre l'Iran et l'Irak, les forces de l'OMPI, soutenues financièrement par Saddam Hussein, attaquent depuis la France et l’Irak les troupes iraniennes le long de la frontière. "A cette époque, des Moudjahidine ont trouvé refuge en Irak", précise Alain Chevalérias.  

En 1997, à la suite de l'élection du président Mohammad Khatami en Iran, les pays de l'Union européenne optent pour une politique de rapprochement modéré avec l'Iran sur le plan économique et politique. A la demande de Téhéran, l'Ompi est placée sur la liste des organisations terroristes des Etats-Unis. Le Royaume-Uni et l'Union européenne lui emboîtent le pas en 2002.

Après la chute de Saddam Hussein en 2003, l'armée américaine signe un cessez-le-feu avec l'OMPI qui continue à disposer de bases sur le sol irakien, la plus connue étant le camp d’Achraf au nord de Bagdad.

Soupçon de dérives sectaires

 

La même année, en France, alors que Nicolas Sarkozy est ministre de l’Intérieur, la justice française perquisitionne, à Auvers-sur-Oise, le siège de l'organisation, soupçonnée de dérives sectaires. Maryam Radjavi est notamment arrêtée. En signe de protestation, plusieurs membres des Moudjahidine du peuple s'immolent par le feu.

"Ils utilisent des manipulations psychologiques qui sont les mêmes méthodes utilisées dans les sectes", commente Alain Chevalérias. L'OMPI s’en défend avec un allié de taille : Alain Vivien, ancien secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, connu pour avoir dirigé la mission interministérielle de lutte contre les sectes, leur a apporté un soutien appuyé en plusieurs occasions.

En 2005, un nouveau document à charge vient accabler l'OMPI. Un rapport publié par Human Rights Watch (HRW) dénonce les mauvais traitements que l'organisation aurait fait subir à ses membres dissidents dans ses camps en Irak. Ce rapport sera fortement critiqué quelques mois plus tard par une mission d'enquête composée de parlementaires européens qui s'est rendue à la base irakienne d’Achraf. "HRW a commis la faute de ne pas avoir interrogé les gens directement", reconnait Alain Chevalérias. Un nouveau rapport sera publié un an plus tard pour réparer ces erreurs.

L'Ompi tente continuellement de redorer son image et de se défaire notamment cette étiquette d'organisation terroriste qui lui colle à la peau. "Pour cela, elle fait beaucoup de démarchage, notamment à l’Assemblée nationale", affirme Alain Chevalérias. L’association se targue de compter de nombreux sympathisants, des personnalités comme Danielle Mitterrand, mais aussi de nombreux parlementaires en Europe.

"Nous attendons une évolution des rapports avec la France"

 

La décision britannique de la retirer de sa liste noire fait suite à sept années de bataille juridique entre l’Ompi et l’Union européenne. L’action avait été engagée par quinze lords anglais, sympathisants à la cause.

"Il faut savoir qu'il n'y a jamais eu de preuves pour justifier l'accusation de terrorisme", affirme Alain Vivien. Pour sa part, Alain Chevalérias assure que "le mouvement a utilisé des méthodes terroristes, en faisant notamment usage de mortiers en Iran. Une information que même les Moudjahidine du peuple revendiquent dans leurs publications."

"Cette inscription sur la liste noire britannique formait la base légale de l’inscription de l’Ompi sur la liste européenne. Aujourd’hui, maintenir l’Ompi sur cette liste n’a plus lieu d’être", note Afchine Alavi. Sauf si un autre Etat, membre des 27, décidait de le mettre sur sa liste noire.


La responsabilité de ce choix reviendra à la France, qui occupe la présidence tournante de l’Union européenne dès le 1er juillet. Les relations entre le gouvernement et l’association sont coupées, depuis les évènements de 2003. "Nous attendons une évolution des rapports avec la France", espère Afchine Alavi.

 

 

En photo : Maryam Radjavi, présidente du CNRI

 

 

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