KOSOVO - REPORTAGE

Les Serbes du Kosovo forment leur propre "Parlement"

Les Serbes du Kosovo ont décidé de créer leur propre "Parlement" à Mitrovica, ville symbole de la division de la province du sud de la Serbie. L'instance sera dépourvue d'autorité exécutive.

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Les Serbes du Kosovo devaient réunir samedi leur propre assemblée à Mitrovica, ville symbole de la division de la province du sud de la Serbie à majorité albanaise qui a proclamé unilatéralement son indépendance en février.

 

Ce "Parlement" n'a pas d'autorité exécutive, mais il est perçu comme un défi adressé par la minorité serbe au pouvoir central de Pristina, dont les Serbes ne reconnaissent pas la légitimité.

 

L'installation de cette assemblée devrait réunir des responsables locaux en se basant sur les résultats des élections organisées en mai par la Serbie dans son ancienne province. Selon des dirigeants, elle devrait renforcer la "coordination" entre Belgrade et Pristina.

 

La Serbie, soutenue par la Russie, s'est opposée à l'indépendance du Kosovo, qu'elle considère comme le berceau de sa fondation. L'indépendance de la province a en revanche été reconnue par 43 Etats, dont les Etats-Unis et la plupart des membres de l'Union européenne.

 

Environ 100.000 Serbes vivent au Kosovo, dont la moitié dans une petite partie du nord de la province d'où ils contestent l'indépendance déclarée après neuf ans d'administration onusienne.

 
Le Kosovo compte quelque deux millions d'habitants, dont 90% d'Albanais.
 
 
"Tentative de déstabilisation"
 

L'administrateur des Nations unies au Kosovo, Lamberto Zannier, a minimisé la portée de cette nouvelle assemblée serbe, jugeant qu'elle était "symbolique" et que son installation ne changerait pas grand chose sur le terrain.

 

Un porte-parole de l'Onu a déclaré de son côté que cette assemblée n'était "pas très sérieuse", dans la mesure où elle n'a aucun rôle opérationnel.

 

Les dirigeants albanais du Kosovo ont en revanche critiqué une provocation de la minorité serbe.

 

"C'est une tentative de déstabilisation du Kosovo", a dit le président Fatmir Sejdiu cette semaine.

 

Le nord de la province échappe au contrôle institutionnel de Pristina, et n'entre pas dans le champ d'action de la mission de police de l'Union européenne qui doit prendre le relais du maintien de la sécurité assuré jusqu'à présent par les Nations unies.

 

Les Serbes rejettent l'autorité de la police et des tribunaux, et ont incendié plusieurs points frontières avec la Serbie en février.

 

La création du "Parlement" serbe du Kosovo coïncide avec la St-Vitus, ou Vidovan, au cours de laquelle les Serbes célèbrent la bataille du Champ des merles de 1389 contre l'empire ottoman pour le gain du Kosovo, considérée comme l'événement fondateur du nationalisme serbe.

 

Des centaines de Serbes ont assisté samedi à un service religieux dans le monastère de Gracanica, et devaient se rendre ensuite au nord de Pristina, sur le site de cette bataille perdue par les Serbes, avant que le "Parlement" ne soit installé à Mitrovica.

 

Les troupes de l'Otan, dont des renforts britanniques envoyés en mai, ont mis en place des postes de contrôle sur les routes menant à Pristina.

 

La capitale du Kosovo et la portée symbolique de la bataille de 1389 avaient été choisies par le dirigeant serbe nationaliste Slobodan Milosevic pour un discours qui avait lancé sa tentative de prendre le contrôle de l'ex-Yougoslavie, en 1989.

 

Dix ans plus tard, après les guerres contre la Bosnie et la Croatie, l'Alliance atlantique avait lancé des bombardements aériens pour chasser les forces serbes du Kosovo et faire cesser le nettoyage ethnique visant les Albanais.

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