ZONE EURO

La BCE relève son principal taux directeur

La Banque centrale européenne (BCE) s'apprête à remonter son principal taux d'intérêt directeur dans l'espoir de dompter le spectre d'une surchauffe inflationniste. Une décision risquée alors que l'économie européenne se détériore.

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Son président Jean-Claude Trichet aime à le répéter: "nous n'avons qu'une aiguille à notre compas". Une façon de rappeler que le Traité de Maastricht a confié à l'institution une seule mission prioritaire: la lutte contre l'inflation.

 

C'est ainsi que le Français va sans doute justifier jeudi le probable relèvement d'un quart de point à 4,25% du principal taux directeur --le taux de refinancement ou "refi"-- qui détermine le coût du crédit pour les particuliers et les entreprises de la zone euro.

 

Le geste "paraît presque certain et est intégré totalement par les marchés", souligne Stephane Deo, économiste chez UBS.

 

Le taux de refinancement se hisserait ainsi à son plus haut niveau depuis sept ans. La BCE n'y a plus touché depuis juin 2007. Elle avait interrompu son cycle de relèvement des taux en septembre, suite à l'effondrement du secteur des crédits immobiliers à risque aux Etats-Unis ("subprime").

 

Les gardiens de l'euro ont fait preuve d'une rare franchise concernant leurs intentions, relève Jörg Krämer de la Commerzbank. "Pour conserver sa crédibilité, (la BCE) n'a pas d'autre choix que de faire suivre la parole d'un acte".

 

Jean-Claude Trichet avait déclaré début juin que le conseil était "en état d'alerte élevé" face au danger d'emballement des prix et qu'une légère hausse de taux était "possible" lors de la réunion du 3 juillet.

 

Le taux d'inflation a grimpé à un record de 3,7% sur un an en mai dans la zone euro, toujours poussé par le pétrole cher et l'envolée des prix des aliments. En juin, il devrait s'être rapproché un peu plus des 4%.

 

La hausse des prix, qui mange le pouvoir d'achat des particuliers et freine donc la consommation, est liée à l'augmentation de la demande mondiale gonflée par les besoins croissants des grands pays émergents comme la Chine. La spéculation joue aussi un rôle dans la flambée des prix de l'or noir.

 

Contre ces chocs, la BCE est impuissante. Mais elle peut faire en sorte, en resserrant les vannes du crédit, d'empêcher autant que possible qu'ils contaminent l'ensemble de l'économie et entraînent un dérapage durable des prix. C'est pourquoi elle enjoint depuis des mois les partenaires sociaux d'éviter de conclure des augmentations de salaires trop élevées, propres selon elle à enclencher une spirale inflationniste.

 

En allant jusqu'à remonter ses taux, elle pourrait néanmoins s'engager sur un terrain glissant, alors qu'une pléthore d'indicateurs ont récemment annoncé une sévère détérioration de l'économie des Quinze sur tous les fronts, exportations, activité industrielle et consommation.

 

En Espagne, dont la croissance ralentit rapidement, et en France, des responsables politiques mais aussi des économistes ont émis des doutes sur la la pertinence de remonter les taux.

 

Fait plus rare, le ministre des Finances allemand Peer Steinbrück aurait lui aussi exprimé des réserves, assure le magazine Der Spiegel.

 

L'après 3 juillet divise les économistes. Les marchés ont intégré une deuxième hausse à l'automne portant le "refi" à 4,50%. L'inflation va sans doute atteindre les 4% en août, de quoi convaincre la BCE de resserrer encore une fois le loyer de l'argent, en septembre ou octobre, juge Jörg Krämer.

 

Pour d'autres, la santé défaillante de l'économie, conjuguée à une accalmie attendue sur les prix du brut, sera suffisante pour l'en dissuader.

 

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