RUSSIE - JUSTICE

Nouvelles accusations contre Khodorkovski

Mikhaïl Khodorkovski, l'ancien patron du groupe pétrolier russe Ioukos, serait sous le coup de nouvelles accusations, selon son avocat. L'ex-oligarque purge une peine de huit ans pour fraude fiscale en Sibérie.

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De nouvelles accusations ont été présentées lundi contre l'ex-patron du groupe pétrolier Ioukos Mikhaïl Khodorkovski, sa défense soupçonnant le parquet de chercher ainsi à temporiser dans l'attente "d'instructions" du nouveau maître du Kremlin, Dmitri Medvedev.

"De nouvelles accusations ont été présentées le 30 juin", a indiqué à l'AFP l'avocat de M. Khodorkovski, Iouri Chmidt.

"La défense ne voit pas d'autre explication qu'une volonté de faire traîner l'enquête, après les changements survenus dans les hautes sphères du pouvoir, en attendant de nouvelles instructions et la confirmation du soutien du pouvoir", a-t-il estimé, dans une référence à l'arrivée de Dmitri Medvedev au Kremlin le 7 mai.

"Après avoir examiné attentivement pendant plusieurs heures ce document composé de 145 pages, la défense n'a pas réussi à comprendre en quoi consiste sa nouveauté. Il s'agit toujours d'affirmations absurdes et sans preuves sur le détournement de pétrole extrait pendant six ans" par Ioukos, a commenté l'avocat.

Arrêté en 2003 et condamné pour fraude fiscale en 2005 à l'issue d'un procès considéré comme inspiré par le Kremlin, M. Khodorkovski purge une peine de huit ans de camps en Sibérie. Il a été inculpé de nouveaux délits en février 2007 pour "détournement de biens à très grande échelle".

Le nouveau document contient pratiquement les mêmes accusations que celles du début 2007 avec "des modifications insignifiantes", a estimé M. Chmidt.

L'arrivée au pouvoir de Dmitri Medvedev, qui n'était apparemment pas impliqué dans l'affaire Ioukos, a donné l'espoir à la défense d'obtenir une libération anticipée de l'ex-milliardaire.

Me Chmidt a déclaré jeudi à la radio Echo de Moscou avoir "conseillé" à son client "de forcer le destin et de demander" une libération anticipée. "Nous voulons croire que les temps ont changé", a-t-il dit, ajoutant que M. Khodorkovski "n'aurait jamais demandé sa libération sous (le président Vladimir) Poutine".

Une première tentative d'influencer le nouveau chef d'Etat sur cette question a pourtant échoué.

Le 5 juin, M. Medvedev a rejeté à Berlin une intervention de la diplomatie allemande en faveur de Khodorkovski, considérant que "les questions relatives à l'exécution des peines et à la grâce présidentielle ne doivent pas faire l'objet de négociations interétatiques".

Début mars, Vladimir Poutine, dont la présidence restera marquée par "l'affaire" Khodorkovski, avait déclaré qu'une éventuelle grâce de Mikhaïl Khodorkovski relevait de la "compétence" du chef de l'Etat, semblant laisser le sujet à son successeur.

En 2003, à peine nommé à la tête de l'administration présidentielle, M. Medvedev avait dénoncé "une rage administrative" de la justice russe, l'exhortant à "évaluer toutes les conséquences économiques" du démantèlement de Ioukos.

Un ancien codétenu de M. Khodorkovski a affirmé lundi dans l'hebdomadaire Vlast avoir fait un faux témoignage contre l'ex-milliardaire afin d'empêcher sa libération anticipée fin 2007.

En octobre 2007, tandis que Mikhaïl Khodorkovski, avait déjà accompli plus de la moitié de sa peine -ce qui en théorie lui donnait droit à une libération anticipée-, Igor Gnezdilov avait déclaré que l'ex-PDG était allé à la promenade sans mettre les mains derrière le dos, enfreignant ainsi le règlement pénitentiaire.

Cette infraction a ensuite été retenue par l'administration pénitentiaire russe pour rejeter toute libération anticipée.

"A vrai dire, je ne me souviens pas du tout comment nous avons mis les mains ce jour-là", a raconté l'ancien détenu assurant avoir été menacé par un enquêteur d'être lui aussi privé de libération anticipée s'il ne témoignait pas contre M. Khodorkovski.

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