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"Nous votons contre le manque d'information"

Les Irlandais ont rejeté le traité de Lisbonne par référendum. Pour des Dublinois rencontrés dans la rue, le traité n'a pas été suffisamment expliqué aux votants.

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A l’extérieur du Château de Dublin, un impressionnant complexe datant du XVIIIème siècle qui sert de principal siège au gouvernement irlandais, un tonnerre d’acclamations s’est fait entendre dans la foule alors que les radios annonçaient les résultats officiels, dévoilés à l’intérieur de ce que les Dublinois appellent "le château".  

L’élitisme politique véhiculé à la seule invocation du mot  “château” semblait évident à toutes ces personnes réunies pour entendre les résultats du référendum irlandais sur le traité de Lisbonne.

"C’est le résultat d’un manque de respect de la part des élites politiques de Bruxelles et de Strasbourg - et même de celles d’Irlande", réagit Robert Frayne, 56 ans, un correcteur indépendant vivant à Dublin. "L’esprit de l’Irlande a montré à l’Europe qu’elle n’était pas à l’abri des erreurs ni des épreuves".

Alors que les radios et téléphones vibraient à l’unisson de l’annonce des résultats, la foule a entonné une série de "olé".

“Nous sommes soulagés, parce que nous avons été entendus", ajoute Frayne. "C’est un jour important pour les Irlandais - mais pour l’Europe, également."
 
Gerry Adams : David contre Goliath

C’est "une grande victoire pour l’Europe", a déclaré le président du Sinn Fein, Gerry Adams, à FRANCE 24. Il commentait l’écrasante tendance des résultats du référendum au Dublin Castle, l’impressionnant complexe du XVIIIème siècle qui sert de principal siège au gouvernement irlandais.


“C’était bien un combat de David contre Goliath” analyse Adams, dont le parti, était le seul à défendre le "non". Pour lui, "le fait est que le traité ne peut aller plus loin sous sa forme actuelle et que c’est au gouvernement de le renégocier selon les désirs du peuple."

Alors que la plupart des formations politiques irlandaises - aussi bien le Fianna Fail que le Fine Gael - avaient rejoint le camp du "oui", le parti nationaliste de gauche Sinn Fein s’y est systématique opposé, soutenant que son choix n’est nullement une rebuffade adressée à l’Union européenne, mais bien un moyen de la rendre encore meilleure.

Dans son entretien avec France 24, Adams souligne que son parti "travaillerait positivement avec le Premier ministre irlandais et l’ensemble des partis et était d’ores et déjà prêt à travailler avec l’Union européenne pour mettre en place l’Europe sociale dont nous avons besoin."

"L’Europe a été une si bonne chose pour l’Irlande"

Dans la rue de Dublin, les réactions étaient mitigées à l’annonce retentissante des premiers résultats donnant le "non" au traité de Lisbonne gagnant.

“Oh non”, s’exclame une femme, qui préfère rester anonyme, dans la principale rue commerçante de Dublin. "Wawou", poursuit-elle lentement, en regardant les fleurs artificielles qu’elle vend pour récolter des fonds pour l’hospice de Dublin. "Je suis vraiment surprise. Surprise et déçue de la façon dont les gens ont voté. J’imagine que cela n’a pas été bien expliqué, tout simplement."

Le manque d’information sur le traité de Lisbonne semble être l’explication principale que la rue donne au rejet. "Les gens ne comprennent pas",  déclare Anthony Scully, vendeur, lors de sa pause cigarette dans la rue Grafton de Dublin. "Les politiques ont réellement mal expliqué, pourtant l’Europe a été si bonne avec l’Irlande. Nous ne votons pas contre l’Europe mais contre le manque d’information."

 

"Le fait que ce politicien français ait dit ce qu’il a dit..."

Scully a lui-même voté "non", révolté par l’absence de campagne du gouvernement pour expliquer pourquoi voter "oui" était nécessaire pour répondre aux questions soulevées par le camp du "non".

“Les politiques nous ont simplement dit, ‘votez Oui, car si nous rejetons le traité, il arrivera de mauvaises choses à l’Irlande’ " explique Scully. "Et le fait que le politique français ait dit que si les Irlandais votaient non, ils seraient les premiers à en souffrir. C’est vraiment quelque chose de stupide à dire. Les Irlandais n’aiment pas les menaces. D’ailleurs qui aime ça ?".

Scully réagit aux propos controversés du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, qui a déclaré lundi que l’Irlande avait "profité" des subventions européennes "plus que les autres" et serait la première victime d’une victoire du "non".

 

L’Irlande semble être aux ordres de Sarkozy

Le manque d’information semble avoir été au premier rang des préoccupations des citoyens irlandais. Mais c’est également la question des non-dits autour de la neutralité militaire qui a pesé sur le scrutin.  

La rumeur, très influente et pourtant parfaitement incorrecte, selon laquelle le traité de Lisbonne conduirait l’Irlande à rejoindre une armée européenne n’a pas peu contribué au choix final des citoyens dans ce référendum.

Trevor McIntyre, un Dublinois de 51 ans travaillant dans le bâtiment, savait pertinemment que cette rumeur était infondée, mais c’est le problème de la neutralité qui l’a le plus inquiété. "Ce qui m’a fait peur, c’était d’imaginer des troupes irlandaises forcées de suivre le président français Sarkozy dans une de ses aventures au Tchad ou ailleurs", précise-t-il.

Les soldats irlandais sont pourtant couramment intégrés aux nombreuses forces européennes intervenant dans l’ancienne colonie française sous mandat de l’ONU, dans le cadre d’opération de maintien de la paix, pour protéger les réfugiés et populations déplacées par la crise du Darfour, au voisinage du Soudan.

"Finalement, ce que je n’acceptais pas dans ce traité, c’était de devoir signer un chèque en blanc", ajoute McIntyre. "Sarkozy veut l’Union européenne, il veut l’Union pour la Méditerrannée, alors l’Irlande a l’impression d’être aux ordres (sic) de Nicolas Sarkozy. C’est simple, la France va prendre la présidence de l’Union européenne en juillet et on ne sait pas à quoi on doit s’attendre. C’est ça qui m’inquiète."
 

 

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