Accéder au contenu principal
MLADIC - CRIMES DE GUERRE

Ratko Mladic, un criminel toujours en fuite

5 min

Alors que l'ancien chef politique des Serbes, Karadzic, tente de retarder son extradition vers le TPI de La Haye, son chef d'état-major, Ratko Mladic (photo), court toujours. Pour beaucoup de témoins, il est considéré comme le plus criminel.

Publicité

 

L’arrestation de Radovan Karadzic, ancien chef de la République serbe de Bosnie, poursuivi pour génocide par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), n’aura pas suffi à satisfaire les exigences de la communauté internationale face à la Serbie.

 

Nombreux étaient ceux mardi à appeler Belgrade à redoubler d’efforts en vue de l’arrestation des deux derniers fugitifs du TPIY, le général Ratko Mladic, ancien commandant militaire de l’armée des Serbes de Bosnie, et Goran Hadzic, ancien président de la république des Serbes de la Krajina. Leur arrestation conditionne la reprise de négociations pour une adhésion de la Serbie à l’Union européenne.

 

"Si mon pays savait où était Mladic, il serait déjà à la Haye", s’est défendu Vuk Jeremic, ministre serbe des Affaires étrangères dans une interview à FRANCE 24. "Mais le nouveau gouvernement de Belgrade fera tout pour s’assurer que l’intégration européenne est la première des priorités".

 
Mladic, "le plus criminel "
 

Ratko Mladic doit répondre devant le TPIY de 15 accusations dont celle de génocide pour son rôle dans le massacre de 8000 hommes, femmes et enfants musulmans à Srebrenica en juillet 95, crime contre l’humanité et celle de violation des lois de la guerre pour sa responsabilité dans le bombardement de Sarajevo. Il a été inculpé dès 1995.

 

Pour de nombreux témoins des guerres fratricides en ex-Yougoslavie, plus que Karadzic, c’est Mladic la prise de choix. "Le plus criminel à mes yeux, c’est Mladic", a déclaré le général Morillon, ancien commandant des forces de l’ONU en Bosnie-Herzégovine, diffusé mercredi sur la radio France Info.

 

"En terme de responsabilité, en particulier à Srebrenica, la sienne est accablante. Il en est l’instigateur", estime Arnaud Danjean, ancien conseiller pour les Balkans au ministère français des Affaires étrangères. "Elle l’est aussi pour ce qu’elle révèle de complicité et de compromission de l’appareil d’Etat serbe".

 
Un parcours schizophrène
 

Mladic naît en 1942 et il a deux ans quand son père, un résistant communiste, est exécuté par des militants croates à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Mladic entre dans l’armée de la République fédérale communiste de Yougoslavie et fait carrière.

 

"La carrière de Mladic se joue dans l’éclatement de la Yougoslavie", explique Jean-Arnault Dérens, rédacteur en chef du Courrier des Balkans.

 

Au début des années 1990, il est affecté à la garnison de Knin, où ont lieu les premiers assauts des Serbes de Croatie contre la Fédération yougoslave. Après le cessez-le-feu de 1992, il est affecté au commandement de l’armée serbe bosniaque.

 

A partir de 1993-94, l’emprise de Mladic sur la République serbe de Bosnie-Herzégovine augmente. "Il se sent plus légitime que Karadzic qui est progressivement lâché par Belgrade", explique Arnaud Danjean. "La population sait que Karadzic a abusé de sa position pour faire de l’argent alors que Mladic, c’est la pureté militaire. Il prend des risques."

 

"Son attitude répond moins à des convictions que celle de Karadzic qu’à des stratégie parfois opposées", ajoute J-A Dérens. "Karadzic est un intellectuel déclassé qui s’intègre dans des réseaux nationalistes minoritaires à l’époque de la Yougoslavie. A l’inverse, Mladic est un officier de l’armée yougoslave parfaitement intégré dans des réseaux puissants."

 
La protection des réseaux
 

Ces sont ces même réseaux de l’armée, des services secrets et de la police serbe qui permettent à Mladic de disparaître à la chute de Slobodan Milosevic en octobre 2000.

 

"On a très vite su que Mladic était en Serbie mais ça voulait dire qu’il était sous protection politique et que ça allait être très difficile pour des étrangers de l’arrêter", explique Arnaud Danjean. "A mon sens, on n’a jamais été proche de l’arrêter. D’ailleurs ce n’était pas la mission des services étrangers. La mission était d’aider à le localiser."

 

Selon Jean-Arnault Dérens, Mladic aurait continué à toucher jusqu’en 2006 sa retraite de général de l’armée yougoslave. Malgré la promesse du gouvernement serbe d’une rançon d’un million de dollars pour son arrestation, il reste d’autant plus insaisissable qu’il compte encore des sympathisants, en particulier parmi les Serbes de Bosnie.

 

Selon un sondage publié en 2003 par le quotidien serbe Vesti auprès d’habitants de Serbie-Monténégro et de Bosnie, 75 % des sondés n'alerteraient pas la police s'ils rencontraient Mladic dans la rue et plus de 50 % l'aideraient à éviter une arrestation.

 

Il ya quelques mois, Tomislav Nikolic, leader du Parti radical serbe (SRS), candidat favori aux élections législatives de mai dernier, confiait au quotidien français Le Monde : "Mladic n'est plus en Serbie. Comment peut-on l'arrêter ? De toute façon, cette inculpation - pour ‘génocide’ et ‘crimes contre l'humanité’ commis en tant que chef militaire bosno-serbe pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine - est illégale et injuste. Mladic ne faisait qu'appliquer les ordres".

 

Mais la défaite du SRS et la victoire de la coalition pro-européenne Boris Tadic a changé la donne. Selon Arnaud Danjean, cette fois le signal envoyé est très clair. "La grande nouveauté maintenant, c’est qu’il y a une volonté politique et je la vois mal s’arrêter en si bon chemin".

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.