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TUNISIE - PRESIDENTIELLE 2009

Ben Ali en quête d'un nouveau bail à Carthage

5 mn

Sans surprise, le président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali s'est prononcé pour un nouveau bail à la tête de l'Etat. En poste depuis novembre 1987, il a mis à profit la tenue du congrès de son parti, le RCD, pour l'annoncer.

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Prémonitoire, Mohamed Charfi. A l’aube des années 2000, l’ancien ministre tunisien de l’Education et ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) était persuadé que le président Zine El-Abidine Ben Ali se préparait "à une présidence à vie".

Le plus novateur des ministres de l’Education du monde arabe s’était promis de militer contre l’installation de la Tunisie dans l’immobilisme institutionnel. L’homme s’est éteint le 8 juin dernier sans avoir réussi à briser le monopole politique.

Six semaines après sa disparition, Ben Ali est entré en lice pour un cinquième mandat consécutif. Au pouvoir depuis novembre 1987, il est assuré de prolonger de cinq années son bail à la tête de l’Etat tunisien. Un règne qui en fera le plus ancien chef d’Etat arabe en exercice derrière le Libyen Mouammar Kadhafi et l’Egyptien Hosni Moubarak.

 

Un système qui impose un monopole présidentiel de fait

 

Constitutionnellement, la Tunisie n’est pas dans le schéma de la présidence à vie. A la différence de l’ère Habib Bourguiba (1957-1987), la Loi fondamentale actuelle n’assure pas au chef de l’Etat un bail à vie. Pour autant, elle ne remet pas en cause le pouvoir sans partage – et dans la durée – du président.

"Ben Ali n’a pas besoin d’une disposition constitutionnelle pour se maintenir aussi longtemps au palais de Carthage", souligne Béatrice Hibou, chercheur au CNRS (CERI-Science Po) et auteur de "La Force de l’obéissance. Economie politique de la répression en Tunisie" (éditions La Découverte). On est dans un système qui impose un monopole présidentiel de fait et réduit la compétition présidentielle à un exercice de forme."

Le président Ben Ali a initié une politique à deux vitesses. Entre 1987 et le début des années 1990, il s’était démarqué du style Bourguiba, supprimant la présidence à vie, limitant à trois le nombre de mandats présidentiels et libérant prisonniers politiques et syndicalistes.

Elu en 1989, réélu en 1994 et en 1999, il choisit, à partir de 1992, une politique autoritaire au motif que le pays était aux prises avec la menace islamiste. En 2002, une révision constitutionnelle fait sauter le verrou de la limitation des mandats, allonge à 75 ans l’âge maximal pour l’exercice de la fonction présidentielle et garantit l’immunité pénale du locataire de Carthage. La Loi fondamentale se prête désormais à la longévité présidentielle.

Plus que dans tout autre pays arabe, les contre-pouvoirs en Tunisie brillent par leur absence alors que l’opposition est en butte à une situation pour le moins intenable. Au gré de la conjoncture, ses animateurs se démènent comme ils peuvent entre militantisme stérile et compromission. "L’opposition est complètement discréditée, juge Kader Abderrahim, chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). Elle s’est complètement marginalisée sous les effets de son compagnonnage avec le pouvoir entre 1987 et le début des années 1990", période au cours de laquelle Ben Ali avait allégé la chape de plomb imposée par Bourguiba.

 

 L'opposition tenue à distance
 

Selon Kader Abderrahim, l’opposition à même de donner de la voix est réduite à une poignée de figures contraintes à choisir entre l’exil ou la prison, ainsi qu’aux animateurs de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme. A défaut de liberté de la presse et de champ politique ouvert, son rôle est hypothétique. "Dans ces conditions, elle a peu de chances de peser sur le cours des événements et son action pêche par un manque manifeste d’efficacité", souligne Béatrice Hibou.

Habitué aux plébiscites surréalistes, Ben Ali semble désireux, cette fois, de donner plus de couleurs à la course présidentielle. Candidat unique en 1989 et en 1994, il avait affronté, en 1999 et 2004, des "adversaires" réduits au rôle de figurants. A défaut d’amender la Constitution, il a fait adopter récemment une loi exceptionnelle destinée à susciter davantage de candidatures.

Cette mesure exempte les candidats à la présidentielle du parrainage de 30 élus minimum. Dans un pays où l’Assemblée nationale et les collectivités locales élues sont contrôlées à 80 % par le parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le challenge présidentiel ressemblait, jusque-là, à une entreprise risquée.

S’il souhaite davantage de "challengers" pour 2009, Ben Ali est néanmoins soucieux de les choisir. Une clause de la loi exceptionnelle limite la joute présidentielle aux seuls chefs de partis élus depuis au moins deux ans. Les observateurs y voient une manœuvre destinée à mettre hors course le seul candidat déclaré jusqu’à présent : Ahmed Néjib Chebbi, fondateur du Parti démocratique progressiste (PDP), dont il n’assure plus la direction.

 

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