ESPAGNE - ACCIDENT

Spéculations sur les causes du crash de l'avion Spanair

Après le crash de l'avion MD-82 de la Spanair à Madrid le 20 août dernier, qui a tué 154 personnes, la compagnie aérienne refuse d'émettre des hypothèses officielles sur les causes de l'accident. Mais quelques pistes se dégagent.

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À 13h20, l'avion roule vers la piste de décollage 36L. Au bout de cinq minutes, le commandant Antonio Garcia Luna reçoit l'autorisation de décoller. Une lumière rouge dans la cabine lui indique alors une anomalie : la sonde qui mesure la température extérieure ne fonctionne pas normalement. Le commandant décide de retourner se garer pour une éventuelle réparation.

Selon la compagnie Spanair, il s'agissait d'une surchauffe du dégivreur de cette sonde et non d'un problème affectant la sonde elle-même. En accord avec le commandant de bord, le mécanicien désactive le réchauffage, les conditions météo excluant tout risque de givrage pendant ce vol vers les Canaries.

Cet incident, intervenu juste avant le vol, alimente la polémique en Espagne. D'autant que la ministre des Infrastructures, Magdalena Alvarez, a révélé vendredi que "la compagnie a envisagé la possibilité de remplacer l'appareil par un autre".

La compagnie a failli changer d'appareil juste avant le vol

Même si Spanair s'efforce de réfuter cette version, la conversation enregistrée entre le responsable des opérations de Spanair et la tour de contrôle de l'aéroport de Barajas confirme que la compagnie a réellement envisagé de changer d'appareil. Des extraits de cette conversation sont révélés par le quotidien El Pais, dans son édition de dimanche.

À 13h49, soit moins d'une heure avant l'accident, l'employé de Spanair appelle le responsable des opérations de l'aéroport et explique : "Comme nous rentrons au parking avec le 5022 [le vol JK5022], maintenant on va changer l'immatriculation et sortir l'appareil Hotel Fox Sierra [HFS, immatriculation du nouvel appareil]".

Le responsable du centre de gestion aéroportuaire enregistre la demande. Puis le responsable de la compagnie ajoute : "Est-ce que tu peux me mettre à la porte Charlie 49 ? On va sortir l'avion par là. On a déjà des gars là-bas".

La conversation dure 3 minutes et 38 secondes. En bruit de fond, on entend l'employé de Spanair parler à un collègue en même temps. Finalement, juste avant de raccrocher, l'employé de Spanair avertit que la décision de changer d'avion n'est peut-être pas définitive : "Eh, on va attendre un peu. Je ne sais pas si j'aurai à te rappeler, parce que peut-être qu'on peut solutionner le problème technique".

Manque de puissance

Il est 14h25 quand le pilote entreprend sa deuxième tentative de décollage avec le même avion. Différents témoins, dont des pilotes de ligne, expliquent que l'avion aurait eu une course beaucoup plus longue que d'habitude pour ce type d'appareil – environ 500 mètres supplémentaires. Le MD-82 s'est ensuite élevé d'une cinquantaine de mètres, puis a franchement penché à droite.

Pour certains spécialistes, la très longue course de l'avion semble accréditer l'idée que sa poussée était insuffisante. Les médias espagnols posent la question de la surcharge : l'avion est parti avec le plein de passagers (172 personnes), beaucoup de bagages. Ceci sur une piste à 600 mètres d'altitude, en période de forte chaleur (40 degrés sur la piste).

D'autres estiment que l'anomalie sur la sonde de température ne peut pas être totalement écartée, car les mesures de cette sonde interviennent dans le calcul de la poussée des moteurs.

Un dernier mystère subsiste. Les reverses (ou inverseurs de poussée) du moteur droit ont été retrouvées déployées. Ce système contribue normalement à ralentir un avion à l'atterrissage. Plusieurs hypothèses sont à l'étude : soit ces reverses sont sorties de façon intempestive – ce qui expliquerait la faible poussée observée par les témoins et le virage à droite de l'avion. Soit elles ont été actionnées volontairement par l'équipage, dans une tentative désespérée de freiner l'avion.

Pour l'heure, les boîtes noires sont en cours d'analyse au Royaume-Uni. La commission d'enquête officielle devrait rendre un premier rapport d'ici un mois.

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