ALGÉRIE - TERRORISME

Attentats en Algérie : pourquoi maintenant ?

Après les attentats qui ont secoué, cet été, plusieurs provinces algériennes, d'aucuns se demandent s'il faut craindre de nouvelles actions terroristes pendant le ramadan qui a débuté lundi.

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Depuis quelques semaines, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI, ancien Groupe salafiste pour la prédication et le combat, GSPC) revient sur le devant de la scène en multipliant ses actions terroristes en Algérie. Pas moins de dix attentats ont secoué les provinces de Boumerdès, de Skikda et de Bouira entre juin et août. Près de 90 morts et plus de 150 blessés, militaires pour la plupart, ont fait les frais de cette nouvelle flambée de violence.

 

Dans une interview accordée au New York Times, le 1er juillet dernier, le chef d’AQMI, Abdelmalek Droukdal, avait annoncé une intensification des attentats. Avec cette récente série d'attentats, il semblerait qu’il ait voulu démontrer sa crédibilité aux Américains - et plus largement aux Occidentaux - qui lui ont donné la parole pour la première fois.

 

Cette recrudescence de violences est-elle le fruit du hasard ou reflète-t-elle une logique stratégique ?

 

L’exploitation du calendrier musulman

 

A l’approche du ramadan, le gouvernement algérien renforce les mesures de sécurité autour et dans les villes, notamment près des bâtiments publics, cibles privilégiées des groupes armés islamistes. L’année dernière, la période qui précéda le ramadan fut également meurtrière avec deux attentats successifs, le 6 et 8 septembre et un lourd bilan de 58 morts et 257 blessés. Un troisième attentat, qui visait des Européens et des Algériens, survint, le 21 septembre, en plein ramadan.

 

Selon Mathieu Guidère, spécialiste de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient et auteur de l’ouvrage "Al-Qaïda à la conquête du Maghreb"  (Editions du Rocher, 2007), ce regain de violence à l'approche du mois du jeûne sacré s’explique par le fait que le calendrier musulman (hégire) revêt une importance particulière pour les activistes d’Al-Qaïda". Mathieu Guidère précise que "le mois précédant le ramadan, appelé shaaban, est considéré comme un mois recommandé pour le combat et la guerre après le mois interdit de rajab et avant l’apothéose du ramadan."

 

Le mois de ramadan a longtemps été prisé par les émirs islamistes. Avant l’AQMI et son organisation-mère Al-Qaïda, le Groupe islamique armé (GIA) et le GSPC en profitaient pour multiplier les attaques durant la guerre civile algérienne. Pour toutes ces organisations, ce mois sacré est favorable aux combattants tombés en "martyrs" et admis directement au paradis. Pour fonder cette idée, les islamistes s’appuient sur des dires du Prophète rapportés par deux grands exégètes de l’islam,  Boukhari et Muslim : "lorsque arrive le mois de ramadan, les portes du Paradis sont ouvertes et celles de l’enfer fermées, tandis que les ‘chayatines’ ["démons"] sont enchaînés".

 

Interviewée par Sylvain Attal dans le Débat de FRANCE 24 du 20 août dernier, Khadija Mohsen Finan, responsable du programme Maghreb à l’Institut français des relations internationales (IFRI) ne partage pas cet avis. "Les témoignages des repentis nous disent que le calendrier n’a pas une fonction essentielle. Ils agissent quand ils peuvent agir", dit-elle, contestant ainsi la lecture a posteriori des événements qui voudrait donner, coûte que coûte, un sens au calendrier.

  

Œil pour œil, ou comment occuper le terrain
 

Si les attaques opportunistes de l’AQMI ne sont pas étrangères à sa tactique de combat, elles s’inscrivent toutefois dans une logique de représailles engagée ouvertement entre Al-Qaïda et le gouvernement algérien.

 
"Les groupes terroristes ne font que se venger pour la mort de 12 de leurs membres, éliminés par l’armée et les forces de sécurité à Beni Douala" dans la province de Tizi Ouzou, le 8 août dernier, avait affirmé le ministre algérien de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, dans une interview au quotidien algérien El-Khabar au lendemain d’un attentat contre une gendarmerie à Zemmouri El Bahri (Boumerdès), le 10 août 2008. L’alternance des attentats terroristes et des opérations de ratissage menées par les forces gouvernementales illustre bien cette politique du coup pour coup.
 

Les déclarations du porte-parole de l’AQMI, Salah Abou Mohamed, abondent aussi dans le sens des représailles. Dans un communiqué diffusé par la chaîne qatarie Al-Jazira, l’AQMI revendique les attentats du 17 et 19 août ainsi que le double attentat du 20 août en invoquant une "expédition de vengeance" lancée après "une opération scélérate des services secrets".

 

Pour Anne Giudicelli, directrice de la structure de conseil Terrorisc, "il est clair qu’il s’agit là d’une stratégie de confrontation, d’une démonstration de force, d’une tentative des uns et des autres d’occuper le terrain".

 

Toutefois, comme le précise Anis Rahmani, rédacteur en chef du quotidien algérien Ennahar Eldjadid et expert en matière de sécurité, "l’AQMI a l’habitude de riposter chaque fois que l’un de ses leaders est liquidé. Or, près de 25 leaders d’Al-Qaïda ont été liquidés depuis janvier ; il est certain que l’AQMI ne sera pas en mesure de les venger tous" car ses infrastructures, selon Rahmani, ont été fragilisées par les opérations de l’armée.

 

Faut-il s’attendre donc à ce que l’AQMI montre des signes d’essoufflement ? Rien n’est moins sûr. La dernière opération de l’armée algérienne du 24 août dernier a été suivie quelques jours plus tard par un accrochage entre des islamistes et des forces de sécurité à Batna (au sud-est d’Alger) ainsi que par l’explosion de deux bombes à Ain Defla (à l’ouest d’Alger) contre des cibles militaires. Une nouvelle "expédition de vengeance" ?

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