ROMS - REPORTAGE

Les Roms de Saint-Ouen lèvent le camp

Alors que le plus grand bidonville rom de France, situé à Saint-Ouen dans la banlieue parisienne, s'apprête à être rasé, FRANCE 24 a rencontré la famille de Constantin Drezaliu qui va suivre le projet d'insertion professionnelle.

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Les festivités sont maintenant terminées. La semaine dernière encore, les habitants du bidonville de Saint-Ouen, situé aux portes de Paris, célébraient leur départ avec musique et bières à volonté. Aujourd’hui, Constantin Drezaliu et sa femme Pauline Visan sont tranquillement assis devant un abri humide, attendant que le camion de déménagement vienne chercher leurs affaires et les apporte dans leur nouvelle habitation. "Est-ce que vous savez à quelle heure il doit arriver ?" demandent-ils avec une pointe d’anxiété et d’impatience.

  

Les Drezaliu font partie des 24 familles sélectionnées - soit environ 80 personnes-  sur les 600 Roms du camp, pour être relogées et participer au projet d’insertion sociale et professionnelle. Dans le camp, ils vivent dans des conditions insalubres. Il n’y a ni eau courante, ni d’électricité et pas de toilettes convenables.

 

"Je veux être un Français comme les autres, je veux apprendre le Français, vivre normalement, avoir un travail et envoyer mes enfants à l’école", confesse Drezaliu, qui a grandi en Roumanie avant de venir en France, il y a deux ans. Sans emploi, il vit de petits boulots.

 

Comme lui, son épouse Pauline est soulagée de quitter le bidonville. "Je veux rester en France. Je veux travailler." Leur fils Alex - un nom qu’elle a fièrement fait tatouer sur son bras - est âgé de 9 ans et souffre du dos depuis une mauvaise chute. En France, il peut bénéficier de soins médicaux, un luxe que la famille ne pourrait pas se permettre en Roumanie. "Là-bas, quand vous envoyez votre enfant à l’école, les autres petits le frappent en disant qu’ils ne veulent pas de Gitans dans le coin", raconte-t-elle.

  

Le reste du bidonville est très calme. Environ 220 personnes ont déjà été renvoyées en Roumanie, par des avions affrétés par la France. D’après le sous-préfet de Seine-Saint-Denis, Olivier Dubaut, la police fera évacuer le camp "bientôt". Les derniers occupants devraient bientôt se voir notifier une obligation de quitter le territoire, même si beaucoup prévoient déjà de revenir.

 
 

"C'est pas très bien organisé"

 
 
C’est l’heure d’y aller. Le personnel de la préfecture et l’association au logement Pact Arim 93 les attend. Mais des problèmes de bagages viennent perturber l’organisation, la famille Drezaliu se précipite à l’autre bout du camp et rejoint un petit groupe de Roms. "C’est pas très bien organisé", commente Constantine Drezaliu alors que le personnel appelle chaque famille par son nom.
 
Isabelle Riem, une éducatrice vivant à Saint-Ouen, est venue soutenir les familles. Elle explique que beaucoup de ses voisins n’acceptent pas les Roms. "Ils pensent que ce sont des voleurs et s’insurgent de voir les femmes faire la manche avec leurs enfants. Mais si elles sont avec eux, c’est parce qu’elles n’ont pas de baby-sitter pour les garder".
 
Aujourd’hui, les enfants sont excités, hurlant "proyecto, proyecto !" en référence au nom du projet d’insertion sociale. Ils scandent "Merci" sur un ton faussement sincère. Personne n’ose critiquer les autorités locales.
 
Il faut un quart d’heure de marche pour se rendre au nouveau camp, un terrain de la ville de Saint-Ouen. En traversant la ville, les familles marchent avec fierté.

  

 

Un premier regard sur la nouvelle demeure

 

 

"Oh regarde, c’est génial, on va avoir la lumière et une télévision", commente Drezaliu en voyant les prises d’électricité dressées autour de l’emplacement de la caravane. Le nouveau terrain est surveillé pour dissuader des familles roms de les rejoindre. Alors que les familles attendent devant la porte du site, les ouvriers sont en train de terminer les derniers travaux. Les familles doivent d’abord s’enregistrer. En élisant domicile ici, elles s’engagent à envoyer leur enfant à l’école et à chercher un travail.

 
Leur travailleurs sociaux, Nathalie Bouscal et Hélène Mardé, qui œuvrent déjà sur deux projets similaires autour de Paris, expliquent que la santé et la scolarisation sont leurs priorités. "Beaucoup d’entre eux n’ont pas de suivi médical ou souffrent de problèmes de dents. Les femmes, elles, ne sont pas suivies pendant leur grossesse", explique Nathalie Bouscal.
 
Impatient, Drezaliu tourne autour du site pour trouver sa caravane. C’est tout au fond. "C’est grand ", constate-t-il. Un homme aux cheveux boucles le rejoint. "La classe !" s’exclame-t-il avant d’ajouter "Combien êtes-vous ?" avec une pointe de jalousie.
 
Fatigués mais heureux d’être arrivés, les membres de la famille Drezaliu déchargent leurs affaires. Ils disent vouloir rester définitivement mais selon les travailleurs sociaux, ce terrain est temporaire. Ils veulent reloger les Roms dans des logements sociaux d’ici trois ans. "Pour l’instant, l’insertion social semble être en bonne voie", confirme Nathalie Bouscal.

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