ARGENTINE - AVIATION

Nationalisation d’Aerolineas Argentinas en perspective

Les sénateurs argentins ont donné leur feu vert à une loi dite de "sauvetage" des compagnies aériennes argentines, privatisées dans les années 1990 par le président Carlos Menem. Une opération coûteuse pour ce symbole.

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Le 3 septembre à 23 heures, les syndicats ont laissé exploser leur joie devant le Congrès. Après 18 années aux mains du privé, la compagnie aérienne Aerolineas Argentinas et sa filiale Austral sont redevenes propriétés de l’Etat argentin. Il a fallu 9 heures de débats pour que les sénateurs ratifient le projet de loi proposant le rachat des actions au groupe espagnol Marsans.

 

"C’était une décision indispensable pour redonner au gouvernement les moyens de placer les compagnies au centre d’un projet industriel national", a déclaré Eric Calcagno, le sénateur du Parti péroniste, au pouvoir, en charge de la Commission des transports.

 

Approuvé à une très forte majorité, le projet de nationalisation a pour objectif de maintenir la mission de service public des lignes aériennes dans un pays de près de 4 000 kilomètres de long.

 

Mais l’opposition a tenu a souligner que le groupe Marsans s’affranchissait au passage d’une dette estimée à 890 millions de dollars. L’Etat se porte en effet acquéreur d’une compagnie souffrant de graves problèmes financiers.

 

Une vague de privatisations lancée en 1990

 

En 1990, le président Carlos Menem, insistait : "Réduire le poids de l’Etat, c’est renforcer la nation", et lançait une vague de privatisation étendue à toutes les entreprises nationales.

 

Presque vingt ans plus tard, l’Etat venait en aide à une compagnie au bord de la faillite, en injectant près de 100 millions de dollars depuis juillet 2008.

 

Un effort particulier pour un pays qui a traversé une crise financière sans précédent en 2001, et qui vient de décider de rembourser une dette de près de 7 milliards de dollars envers le Club de Paris.

 

Une affaire qui pourrait finir devant des tribunaux internationaux

 

Le gouvernement en a fait un cheval de bataille : "On ne peut laisser disparaître un emblème national", a déclaré la présidente de la République Cristina Kirchner. Neuf mille emplois, dont 921 pilotes, sont menacés par les démêlés financiers d’Aerolineas, alors que l’entreprise dispose d’à peine 26 avions aptes à voler sur une flotte de 85 appareils.

 

Reste une grande inconnue : la somme que devra payer l’Etat argentin au groupe Marsans. Un tribunal doit évaluer ce montant, qui devra par la suite être approuvé par le Congrès.

 

La bataille des chiffres promet d’être rude. L’entreprise espagnole évalue Aerolineas à 200 millions de dollars, alors que certains membres du gouvernement estiment que les Argentins ne devraient pas débourser un peso.

 

"Cette loi semble destinée à être débattue de nouveau, estime Marcelo Canton, l’éditorialiste du quotidien national Clarín, mais cette fois, devant les tribunaux internationaux."

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