ANGOLA

Forte mobilisation pour un scrutin historique

Les électeurs se sont déplacés en masse pour participer aux premières élections organisées en Angola depuis 16 ans. Après des dysfonctionnements à Luanda, le leader du principal parti d'opposition a demandé l'annulation du scrutin.

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Voir aussi les reportages de Caroline Dumay et Stefan Carstens :
"Le parti au pouvoir en Angola espère la victoire" 
"Les législatives suscitent l'espoir de l'opposition angolaise"

  

 
Les retards qui ont entaché les premières élections depuis 16 ans en Angola n’ont pas empêché les électeurs de se déplacer en masse. Le scrutin de vendredi 5 septembre est perçu, malgré des problèmes d'organisation, comme un pas en avant par une majorité. Un pas vers la démocratisation de ce pays situé au centre de l'Afrique.

 

Au terme de ces élections, le parti de gauche au pouvoir, le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), devrait continuer de gouverner un pays qu’il dirige depuis trois décennie. Néanmoins, les élections législatives sont considérées comme le signe du rétablissement angalais, après 27 ans d’une guerre civile qui s’est achevée en 2002.

  

Quelque huit millions de personnes, soit presque la moitié de la population du pays, se sont inscrites pour voter.

   

"C’est une élection extrêmement importante pour un pays africain extrêmement important", rappelle la correspondante de FRANCE 24 dans la région, Alex Duval Smith qui, depuis la capitale Luanda où elle se trouve, ajoute que les bénéfices du pétrole font de l’Angola l’une des économies les plus croissantes du monde.

  

Malgré l’achat d’un matériel électronique à la pointe de la technologie pour assurer une élection la plus transparente possible, on distinguait de longues queues devant certains bureaux de vote.

 

Selon l’AFP, qui cite un observateur de l’élection, le scrutin était un "désastre", tandis que certains électeurs se plaignaient de sa mauvaise organisation.

 

Cependant, selon les correspondants de FRANCE 24 présents dans la capitale, ces retards n’ont pas dissuadé les électeurs.

 

"Les Angolais ont attendu 16 ans pour aller voter, attendre une heure ou deux ne les dérange pas", explique Caroline Dumay.

 

Alex Duvall Smith estime pour sa part que l’élection "exemplaire" organisée par le gouvernement angolais est l’une des plus modernes auxquelles elle ait assisté.

De longues queues s’étaient pourtant formées dans les rues de Luanda bien avant l’heure d’ouverture des bureaux de vote, fixée à 7 heures du matin (06H00 GMT).
 

De longues queues dans les rues de Luanda

 
"Ce que nous avons vu dans les trois bureaux de vote que nous avons visité à Luanda est un désastre. Ils n’ont pas commencé à voter. Ils ne se sont pas préparés", rapporte la chef de la mission d’observation européenne, Luisa Morgantini, citée par l’AFP.

 

Un jour de congé national avait pourtant été décrété afin de permettre aux électeurs de se rendre aux urnes, mais selon Morgantini, beaucoup de bureaux de vote ne disposaient pas de listes d’électeurs.

 

"C’est un chaos total", a-t-elle déploré, ajoutant que les autres observateurs européens présents dans le pays n’ont pas signalé de faits similaires.

 

Mussa Idriss Ndele, membre d’une commission d’observation panafricaine, a également fait état retards dans la capitale, mais a déclaré à l’AFP que partout ailleurs le vote a débuté à temps. Seul un cinquième des électeurs du pays sont inscrits à Luanda.

 

Les dirigeants de la commission électorale angolaise ont reconnu qu’il y avait des problèmes avec le scrutin, mais ont assuré que des mesures avaient été prises.

 

"Des fortunes ont été dépensées pour rendre cette élection très attrayante, afin que l’Angola puisse être vu comme une démocratie moderne en pleine évolution", ajoute-t-elle. "Ce qui s’est passé ce matin, c’est que beaucoup de matériel pour l’élection n’avait pas été livré, donc les gens faisaient la queue devant les bureaux de vote qui ont ouvert à 7 heures, mais n’ont pas pu voter avant 10 heures."

 

"Un vote inéquitable"

 

Seize ans après la dernière tentative de vote, qui s'était soldée par un échec, la course au pouvoir voit à nouveau s’affronter les deux mêmes partis qu’à l’époque.

 

Le MPLA, le parti du président Jose Eduardo dos Santos au pouvoir depuis 1979, devrait remporter l’élection face à une opposition qui dispose de peu de moyens financiers.

 

Le dirigeant actuel s’attend à ce que les électeurs relèguent au second plan les allégations de corruption à son encontre, créditant son gouvernement pour le bilan économique positif du pays qui élève l’Angola au rang de poids lourd émergent du continent.

 

"Les enjeux sont énormes", rappelle Caroline Dumay. "L’Angola est en plein boom pétrolier avec une production quotidienne de deux millions de barils. On s’attend à ce que la quantité d’extraction d’or noir dépasse celle du Koweït d’ici à trois ans. Ce pays connaît le plus fort taux de croissance au monde." L’Angola a enregistré une croissance de plus de 20 % durant la première moitié de l’année 2008. 

 

Or la majorité des quelque 16 millions d'Angolais vit en dessous du seuil de pauvreté, dans ce pays également riche en diamants. Le vote de la population la plus pauvre pourrait justement faire basculer le scrutin. Ou du moins, empêcher le MPLA d’obtenir la majorité des deux tiers au Parlement, nécessaire pour modifier la Constitution.

  
Le leader de l'opposition Isaias Samakuva a accusé le gouvernement d'avoir organisé un scrutin "imparfait" avant d'appeler à de nouvelles élections.
 


"Le MPLA veut obtenir un blanc-seing démocratique pour rassurer les investisseurs étrangers et montrer ainsi sa bonne volonté", estime Caroline Dumay.

 

Les résultats des législatives ne devraient pas être connus avant une semaine. L'élection présidentielle, elle, est prévue l'année prochaine.

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