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Le juge Garzon enquête sur les disparus du franquisme

En Espagne, le sort des "disparus" du franquisme est nimbé de mystère. Le juge Baltasar Garzon espère rouvrir les archives de l’Etat, qui restent fermées depuis une loi d'amnistie décrétée en 1977.

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"L'enquête de Garzon est un immense espoir pour moi. Peut-être le dernier." Manuel Perona, président de l'Association pour la récupération de la mémoire historique en Catalogne, est ému. Cela fait 44 ans qu'il a entamé les recherches sur son oncle, un "disparu" du régime franquiste.

"On sait qu'il a fait la bataille de l'Èbre, la dernière grande offensive des républicains lors de la guerre d'Espagne en 1938. Il avait alors 18 ans, raconte Manuel. Nous avons fini par retrouver une lettre qui explique qu'il a été transporté dans un hôpital. Mais ensuite ? Nous avons perdu sa trace."

 

Les archives du régime franquiste sont dispersées. Et jusqu'à présent, les milliers de familles qui recherchent un proche ne pouvaient compter que sur le travail bénévole d’associations, les crimes du franquisme étant prescrits depuis une loi d’amnistie décrétée au cours de la transition démocratique, en 1977.

 

Le juge Baltasar Garzon a décidé de prendre en compte la demande d'enquête envoyée par treize associations. Connu notamment pour avoir lancé plusieurs mandats d’arrêts contre les anciens tortionnaires des dictatures latino-américaines, le magistrat a lancé lundi 1er septembre une demande d'information préliminaire pour des crimes commis durant la guerre civile et la dictature de Francisco Franco.

Ces requêtes, lancées auprès des administrations et de l’Eglise catholique espagnole, exigent la mise à disposition de toutes les informations et archives dont elles disposent sur le sort des disparus.

 

Jusqu'à ce jour, le nombre exact des personnes tuées par le régime reste difficile à déterminer. Selon Julian Casanova, historien spécialiste du franquisme, "100 000 personnes ont été fusillées pendant la Guerre civile, et 50 000 pendant la dictature. Ceux-là sont recensés, ce qui veut dire que nous sommes sûrs qu'il existe des archives. Ensuite, j'estime à 25 000 le nombre de disparus à proprement parler, c'est-à-dire des personnes pour qui il n'existe pas de registres. Pour eux, nous dépendons de l'histoire orale."

Garzon souhaite établir les circonstances de la mort des dizaines de milliers fusillés : la date de leur exécution et le lieu de leur enterrement. Un travail de titan.

 

Vive polémique

 

Dans une Espagne encore très divisée sur son passé, ce coup de poing sur la table alimente une très vive polémique. La Conférence épiscopale s'est déjà déclarée "incompétente" devant la requête du magistrat d’accéder aux archives des 22 827 paroisses espagnoles.

 

La hiérarchie catholique espagnole n'est pas la seule à faire preuve de résistance. "La meilleure chose de la Constitution de 1978, c'est que nous, Espagnols, nous avons décidé ensemble de nous tourner vers le futur et d'œuvrer à un avenir meilleur. Aussi, je ne suis pas partisan d'une réouverture des blessures du passé, quel que soit celui qui en fait la demande", a ainsi déclaré le leader du Parti Populaire (conservateur), Mariano Rajoy.

Les journaux conservateurs tirent à boulets rouges sur le juge : "On peut déduire de la façon dont est rédigée sa requête que Garzon exclut les assassinats commis par les tenants du régime républicain."
 

Parmi les nombreux mystères entourant le sort des ennemis de Franco, le juge s’attaque notamment au monument du "Valle de los caidos" où repose la dépouille du généralissime Franco, aux côtés de milliers de républicains (entre 20 000 et 40 000).

 

Leurs noms, répertoriés dans les archives de l'abbaye, n’ont jamais été livrés à la connaissance du public. "La dernière fois que j'ai voulu accéder aux archives, je n'ai pas donné mon vrai nom, car j'avais déjà essuyé plusieurs refus, raconte l'historien Julian Casanova. Mais les moines m'ont encore claqué la porte au nez. C'est quand même très surprenant de ne pas pouvoir y accéder. Le Valle de los Caidos est classé au Patrimoine national. Leurs archives devraient donc dépendre du ministère de la Culture."

 

Selon Emilio Silva, président de l'Association pour la récupération de la mémoire historique à Madrid, une partie de la société espagnole commence enfin à affronter son passé. "Depuis 2000, nous avons ouvert des fosses communes, nous avons pu répondre aux interrogations de centaines de familles de victimes. C'est un début, mais un certain nombre d'Espagnols ont pris conscience que l'Etat ou le pouvoir judiciaire devaient agir. On ne confie pas ce qui relève des droits de l'Homme à un groupe de bénévoles."

 

Cependant, selon Julian Casanova, "il y a des résistances parce qu'il existe toujours une partie de la société liée au franquisme. Ces personnes n'aiment pas qu'on leur rappelle qu'ils ont assassiné. Il y a comme un cordon ombilical entre eux et le régime franquiste qu'on ne peut pas toucher, c'est tabou." Le juge Baltasar Garzon s’est donné deux semaines pour conclure son enquête préliminaire et se lancer, ou non, dans cette longue investigation.

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