NICARAGUA - GÉORGIE

Le Nicaragua s'aligne sur Moscou contre Tbilissi

Le président nicaraguayen, Daniel Ortega, a reconnu l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. C'est le premier pays, après la Russie, à avoir reconnu les deux républiques séparatistes géorgiennes.

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En reconnaissant l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, le président nicaraguayen Daniel Ortega a renoué sa vieille alliance avec Moscou, celle de sa révolution sandiniste.

Ancien guérillero marxiste, le président Ortega a choisi le 29e anniversaire de l'Armée du Nicaragua, qu'il avait créée en pleine révolution sandiniste (1979-90) pour faire cette proclamation.

Elle fait de lui le premier chef d'Etat, après le président russe Dmitri Medvedev, à reconnaître officiellement les deux Républiques séparatistes de Géorgie.

Il a institutionnalisé formellement sa décision par deux décrets-lois établissant "au nom de l'Etat du Nicaragua" la "pleine reconnaissance" des Républiques "soeurs" d'Ossétie du sud et d'Abkhazie comme "nouveaux membres de la communauté des nations indépendantes du monde".

Les deux textes prévoient "le plein établissement de relations diplomatiques avec les deux Républiques".

M. Ortega est allé plus loin que ses voisins latino-américains, même si le président vénézuélien Hugo Chavez a accusé jeudi le gouvernement géorgien d'être "subordonné à l'empire" américain, et si le président cubain, Raul Castro, avait taxé le 11 août la Géorgie de complicité avec Washington.

Daniel Ortega a insisté en outre sur son soutien à la Russie, que l'Organisation du Traité de l'Atlantique nord (Otan) s'emploie à "encercler militairement", selon lui.

La reconnaissance des deux Républiques séparatistes par Moscou, le 26 août, a été immédiatement condamnée par les Etats-Unis et l'Union européenne, dans une tension rappelant certains épisodes de la "guerre froide" entre l'Est et l'Ouest.

La décision de M. Ortega est "maladroite", a déclaré à l'AFP l'ancien ministre nicaraguayen des Affaires étrangères Emilio Alvarez, en évoquant "les attitudes nostalgiques de M. Ortega" à l'époque où le Nicaragua faisait partie du réseau de l'ex-URSS.

Le président Ortega place "la politique extérieure du Nicaragua au coeur d'une énorme polémique du point de vue de la communauté internationale et des Nations unies", a commenté un analyste politique du Costa-Rica, Luis Guillermo Solis.

Il se demande si cette décision "constitue une provocation ou si elle répond à la logique de la politique extérieure du pays" et estime qu'elle aura des conséquences pour ce "pays d'Amérique centrale, petit et pauvre".

Carlos Tunermann, ancien ambassadeur du Nicaragua à l'Organisation des Etats américains, a toutefois ramené les propos du président Ortega à "une déclaration rhétorique" qui "n'a pas de grande signification pour le conflit".

Daniel Ortega, ancien chef de la junte sandiniste arrivée au pouvoir au Nicaragua en 1979 à la chute de la dictature d'Anastasio Somoza, a été élu président en 1984 avant de perdre l'élection suivante, en 1990, face à Violeta Chamorro. Après trois échecs successifs, il a été réélu en 2006.

Depuis, il a cultivé des liens non seulement avec Cuba et le Venezuela mais aussi avec des pays comme l'Iran ou la Libye, se démarquant ouvertement de Washington, qui apporte toutefois quelque 500 millions de dollars annuels de coopération bilatérale à Managua, et l'augmentation de 60,2% des exportations nicaraguayennes vers les Etats-Unis pendant le premier semestre 2008.

Début août, les troupes russes étaient entrées en Géorgie pour repousser une offensive déclenchée par l'armée de Tbilissi dans la nuit du 7 au 8 août en Ossétie du Sud pour reprendre le contrôle de ce territoire séparatiste.

Jeudi, Washington a mis en cause la crédibilité de la Russie après son "invasion" de la Géorgie, accusant Moscou de vouloir modifier de façon illégitime la carte de la région.

L'ex-président cubain Fidel Castro avait averti les Etats-Unis qu'ils jouaient avec la "guerre nucléaire" dans ce conflit, estimant qu'ils tentaient de récompenser la Géorgie pour le rôle de "chair à canon" qu'elle jouait en face de Moscou.
 

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