LIBYE

Rice rencontre Kadhafi, ex-bête noire des États-Unis

Première visite en Libye d'un chef de diplomatie américaine depuis 55 ans, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a atterri vendredi à Tripoli pour rencontrer le leader libyen Mouammar Kadhafi, ex-bête noire des États-Unis.

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Une première depuis un demi-siècle, la secrétaire d’Etat américain Condoleezza Rice est arrivée vendredi à Tripoli, pour une visite qualifiée d’"historique" en Libye, un pays longtemps inscrit par Washington au rang des "Etats voyous" et contraint à l’isolement international.


"Je pense que cette visite démontre que les États-Unis n'ont pas d'ennemis permanents et que lorsque des pays sont prêts à faire des changements stratégiques d'orientation, les États-Unis sont prêts à répondre", a déclaré la secrétaire d’Etat américaine, avant d’ajouter : "Très franchement, je n'avais jamais pensé que je me rendrais en visite en Libye, c'est vraiment quelque chose".


"Ce déplacement témoigne des progrès réalisés sur les relations entre nos deux pays, mais c’est le début, pas la fin d’une histoire", a-t-elle déclaré.

Michael Pelletier, porte-parole régional du département d’Etat, a déclaré à FRANCE 24 que la réunion entre Condoleezza Rice et Mouammar Khadhafi n’a pas seulement servi à rapprocher les deux pays mais aussi promouvoir leur coopération sur un certain nombre de problèmes.

 

“Il s’agit d’une coopération améliorée dans beaucoup de domaines tels que l’éducation, le commerce, les investissements", a-t-il ajouté. "On discute de la coopération en terme de lutte contre le terrorisme dans la région… Sur les problèmes du Tchad et du Darfour."

 
Rice séjournera quelques heures dans la capitale, le temps de rencontrer son homologue libyen Abdel Rahman Chalgham et de s’entretenir, autour d’un "Iftar" - le repas qui marque la rupture du jeûne du ramadan -, avec le colonel Mouammar Kadhafi.


"J’attends avec impatience d’entendre le point de vue du leader sur la politique mondiale", a affirmé Condoleezza Rice cité par l’AFP, à propos de Kadhafi, à la tête de la Libye depuis près de quatre décennies.


Programmé dans le cadre d’une tournée maghrébine en quatre étapes - Tripoli, Tunis, Alger et Rabat -, le séjour libyen a valeur d’exemple aux yeux de Washington. Au soir de son mandat, l’administration Bush entend faire valoir le réchauffement de sa relation avec la Libye et en souligner le bénéfice diplomatique pour les pays mis au ban de la communauté internationale.


Exemple typique de rapports diplomatiques conflictuels, les relations entre la Libye, pays producteur de pétrole, et les Etats-Unis ont connu, tout au long des 30 dernières années, des crises à répétition. Rompues en 1981 en raison du soutien présumé de la Libye au terrorisme, elles n’ont été rétablies qu’en 2004.


En butte à un isolement international pesant, le colonel Kadhafi avait alors annoncé, contre toute attente, sa renonciation à la stratégie d’acquisition des armes nucléaires. Ce changement de cap a valu à son pays un retour progressif sur la scène internationale et un rapprochement avec Washington. En 2006, Tripoli avait été retiré de la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme.


Message adressé à Téhéran et à Pyongyang

 
Un accord de compensation des victimes américaines de Lockerbie (Ecosse) en 1988 - attentat contre un avion de la Pan Am en 1988 - et de Berlin - attaque contre une discothèque - a été signé le 14 août dernier. "Le dossier a été définitivement classé et, désormais, il n’y aura pas de guerres, de raids ou de terrorisme" entre les deux pays, a déclaré le colonel Kadhafi, le 1er septembre dernier dans un discours prononcé à l’occasion du 39e anniversaire de son arrivée au pouvoir. "Tout ce que nous voulons, c’est qu’ils nous laissent tranquilles."

 
Selon Pelletier, l’établissement de ce fonds humanitaire répond à une pierre d’achoppement diplomatique clé. Ce financement représentait un « grand pas » vers « une compensation juste et rapide » pour les familles des victimes et permettrait aux Etats-Unis et à la Lybie de se « concentrer sur le futur de [leur] relation ». 

 
Communicants et diplomates du département d’Etat américain ont été mis à contribution pour souligner la portée de la visite de Rice. "La Libye est un exemple qui montre que, si certains pays font un choix différent de celui qu'ils font actuellement, ils peuvent avoir des relations différentes avec les Etats-Unis et le reste du monde, et que nous tiendrons nos promesses", a indiqué le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack.


Emise sur le ton du message, cette déclaration semble destinée à l’Iran et à la Corée du Nord, deux pays toujours inscrits sur la liste américaine des "Etats voyous". Washington les accuse, depuis des années, de développer des armes de destruction massive et les soumet à des sanctions internationales.


A Tripoli, où les dirigeants occidentaux ont brillé par leur absence pendant de longues années, la visite de la Condoleezza Rice ne laisse pas insensible. Elle "scelle une fois pour toute" le retour du pays de Kadhafi sur la scène internationale, soulignent les observateurs, en résumant le sentiment des dirigeants libyens.
 

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