FRANCE - RENSEIGNEMENTS

La mise en place du fichier Edvige suscite la polémique

Le nouveau fichier de police Edvige inquiète. Après les propos samedi du ministre de la Défense Hervé Morin dénonçant un "mélange des genres", Laurence Parisot, présidente du Medef, demande plus d'explications.

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L'inquiétude et les protestations contre le fichier de police Edvige, qui concernera les responsables politiques, syndicaux, économiques et religieux, ont gagné les rangs de la majorité avec le ministre de la Défense Hervé Morin et le patronat avec Laurence Parisot.


Ces prises de position avivent la mobilisation d'un collectif de syndicats, de partis et d'associations qui doivent donner une conférence de presse mardi à Paris et assurent avoir réuni plus de 100.000 signatures dans une pétition pour l'abandon du fichier.


La présidente du Medef, Laurence Parisot, a demandé des explications lundi au ministère de l'Intérieur.


"C'est quelque chose qui me gêne beaucoup. Je suis assez troublée par ce que nous sommes en train de découvrir. Je note que nous n'avons pas été consultés alors que nous sommes concernés en tant que militants de l'entreprise", a-t-elle dit sur RTL.


"Je souhaiterais que la ministre de l'Intérieur donne des explications. Je ne crois pas du tout que Michèle Alliot-Marie puisse être liberticide. Je crois qu'il faut que nous en sachions plus sur ce dossier qui est effectivement très, très important", a-t-elle ajouté.


La déclaration samedi du ministre de la Défense Hervé Morin dénonçant le fichier dans lequel il voit un "mélange des genres" a suscité des réactions variées au gouvernement.


La ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a fait mine de s'étonner du caractère tardif de cette intervention, se demandant pourquoi son collègue ne l'avait pas sollicitée. "Je l'aurais rassuré", a-t-elle dit.


Lundi, le ministre de l'Immigration Brice Hortefeux a estimé au contraire à propos des interrogations d'Hervé Morin : "cette remarque est intéressante, ça ne pose aucun problème à la cohésion gouvernementale". Pour lui, "il n'y a pas de quoi s'inquiéter" à propos d'Edvige.


RECOURS AU CONSEIL D'ETAT


Des responsables de la gauche et du Modem, toutes les grandes centrales syndicales, de nombreuses associations demandent l'abandon de ce fichier de police et de nombreux recours ont été déposés devant le Conseil d'Etat, qui les examinera en décembre.


Edvige a été créé par un décret publié au Journal officiel le 1er juillet. Il permet de ficher les personnes "ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif" et celles qui "en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public".


Il sera possible d'y faire figurer des informations sur les situations patrimoniales, fiscales, les relations, la santé et l'orientation sexuelle des personnes fichées. Les mineurs pourront être fichés dès 13 ans.


Le ministère de l'Intérieur assure qu'il ne s'agit que de la réactualisation d'un ancien fichier de police utilisé par les Renseignements généraux, aujourd'hui fondus avec l'ancienne DST (Direction de la surveillance du territoire) dans la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).


Cependant, les Renseignements généraux ont justement été critiqués en raison du fait qu'ils semblaient passer du temps à surveiller des organisations et des manifestations légales à l'usage du gouvernement, plutôt qu'à surveiller les activistes.


La création de ce fichier va dans le sens de la multiplication et du développement des outils de ce type au service de la police ou de la gendarmerie, mais c'est son caractère préventif qui choque.


"Je ne vois pas à quoi sert ce fichier, si ce n'est de contrôler de manière inadmissible les citoyens de ce pays. On demande que ce fichier n'existe pas. Ce n'est pas parce que ça existait et que c'était honteux qu'il faut l'officialiser. Ce fichier ne doit pas exister dans un pays démocratique", a dit sur Europe 1 lundi le secrétaire général de la CFDT François Chérêque.

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