TÉLÉVISION - MONDE ARABE

Pendant le ramadan, les Arabes dévorent les séries télé

Mois de jeûne pour les musulmans, le ramadan est aussi le rendez-vous attendu des amateurs de séries télévisées arabes du monde entier. Les chaînes multiplient leur offre en la matière, et il y en a pour tous les goûts.

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Outre le mois sacré pour les musulmans, le ramadan est synonyme de rentrée télévisée pour les Arabes du monde entier.
Pendant tout le mois de jeûne, les journées sont rythmées par les séries télévisées "mosalsalat" diffusées en grand nombre sur les chaînes satellitaires.

Jusqu'en 2000, les séries égyptiennes avaient un quasi monopole sur le marché de la fiction télévisée arabe. Aujourd'hui, les séries syriennes grignotent peu à peu ce monopole, rejointes par celles des pays du Golfe.

Cette année, par exemple, les téléspectateurs suivent avec plaisir le troisième volet de "Bab el-Hara" [La porte du quartier], qu’ils ont attendu un an avec impatience et dont les deux premières parties ont connu un succès phénoménal dans tout le Moyen-Orient. Cette série syrienne relate le quotidien d’un quartier damascène dans les années 40. D’ores et déjà des objets dérivés de la série sont en vente. Au Liban et en Syrie, où c’est la rentrée des classes, les écoliers achètent  des cahiers et des stylos à l’effigie des héros de la série.

Une tradition qui remonte au "hakawati", le conteur

Pour Brahim al-Ariss, critique cinéma au quotidien arabe "al Hayat", regarder les séries lors du ramadan est une habitude héritée de la tradition du "hakawati". Bien connu des plus âgés, le "hakawati" est un conteur qui, au Moyen-Orient, racontait chaque soir un peu d’une histoire ou d’une légende aux gens du quartier réunis autour de lui.

Auparavant, on sortait pour se distraire après la rupture du jeûne. Mais aujourd’hui on a perdu cette habitude, surtout au sein des classes moyennes. Dans la plupart des pays arabes, la baisse du pouvoir d’achat incite les gens à rester chez eux. Tandis qu’en Irak ou dans les Territoires palestiniens, c’est les questions de sécurité qui obligent les familles à ne pas sortir. "Les familles se réunissent pour l’iftar [rupture du jeûne] et restent ensemble à la maison. Et le divertissement, c’est la télévision", explique Brahim al-Ariss.

Pendant le ramadan, musulmans -et même chrétiens- regardent beaucoup plus les séries. La raison en est simple, les chaînes satellitaires arabes misent lourdement sur les séries : alors que pendant l’année, on en trouve une ou deux uniquement par jour, pendant le ramadan, on en trouve jusqu’à une dizaine.

Les chaînes veulent proposer une offre très large pour répondre à toutes les demandes. Et il y en a en effet pour tous les goûts. A côté des séries historiques dans lesquels s’illustre l’industrie syrienne, on trouve des drames sociaux qui évoquent des problèmes actuels des sociétés arabes. "Laissa Saraban" [Ce n’est pas un mirage] évoque un sujet des plus sensibles dans la société arabe, celui d’une histoire d’amour entre chrétiens et musulmans.

On trouve également des séries qui relatent la vie d’un personnage illustre de la culture arabe, comme celle consacrée à la vie du célèbre chanteur et acteur égyptien Abd el Halim Hafez, diffusé il y a deux ans lors du ramadan.

Un trait d’union avec le pays d’origine

Du monde entier on peut suivre le feuilleton de son choix puisque les chaînes ont pris soin de prévoir des rediffusions correspondant approximativement aux différents fuseaux horaires de la planète.

Ainsi, plus qu’une distraction typique du mois du ramadan, pour de nombreux arabes expatriés, les séries télévisées constituent aussi un lien privilégié avec leurs pays d’origine.

Selon Brahim al-Ariss, c’est la communauté égyptienne qui montre le plus grand attachement à sa patrie à travers sa fidélité à la production télévisuelle nationale.

C’est ce qu’explique Ola Osman. Cette mère de famille franco-égyptienne est particulièrement attachée aux productions télévisées de son pays d’origine. Vivant en France depuis plus de vingt ans, elle ne retourne en Egypte que pour les vacances. "Je ne vois que la microsociété que je côtoie, je ne me rends compte de rien", regrette-t-elle. Ajoutant : "grâce aux "mosalsalat", je vois ce qui se passe, l’évolution de la société. C’est le reflet de la société actuelle."

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