ÉCOLOGIE - PÉTROLE

Pomme de terre ou pétrole?

La pomme de terre est partout : dans l'assiette, les sacs plastiques, le réservoir de la voiture, etc. La patate a un avenir assuré mais doit-on l’utiliser comme substitut écologique quand 25 000 personnes meurent de faim chaque jour ?

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On le sait, la pomme de terre se cuisine à toutes les sauces. Ce qu’on sait moins, c’est qu’elle n’est pas uniquement bonne à manger. Elle peut aussi être bénéfique pour l’environnement, en particulier son amidon, utilisé pour faire de l’éthanol et produire des combustibles ainsi que des sacs plastiques. L’amidon pourrait-il alors se substituer demain au pétrole ?

Cette semaine se tient en France à la fois "Le colloque international sur la pomme de terre de demain" et "Les 5èmes Journées internationales de la pomme de terre". L’occasion de s’interroger sur l’avenir du tubercule dans les domaines nutritionnel et écologique.


Les sacs bio se dégradent en six mois


L’intérêt des sacs biodégradables n’est plus à prouver : ils se dégradent en cinq à six mois contre 400 ans pour les sacs en plastique. Sans compter que la fabrication est aussi plus économe en énergie car le procédé avec l’amidon demande moins de chaleur. Seul hic, le prix. Il est deux fois plus élevé. Mais les industriels estiment que le prix du plastique issu du pétrole continuera à monter et que celui à base d'amidon baissera grâce à l'augmentation de la production.

Mais qui dit "production", dit "pomme de terre" en tant qu’aliment de base, indispensable à la majeure partie de la population mondiale. Sa production a doublé depuis 15 ans pour atteindre aujourd'hui 310 millions de tonnes et devrait encore doubler d'ici 2020. L’ONU a même déclaré 2008 "année de la pomme de terre". L'organisation internationale entend ainsi promouvoir sa culture dans les pays en développement, notamment en Afrique, car elle pousse facilement, ne demande pas beaucoup d'eau et s'adapte à tous les climats. L’aliment idéal pour enrayer des famines. En 2005, pour la première fois, la production de la pomme de terre dans les pays en voie de développement avait dépassé celle des pays développés. La Chine est devenue le premier producteur mondial de pommes de terre, et quasiment un tiers de tous les tubercules sont désormais récoltés en Chine et en Inde.

Alors doit-on sauver la planète en accordant un quota de la production à des fins écologiques ou doit-on la réserver exclusivement à des fins alimentaires ? Selon la FAO, la production mondiale de pommes de terre en 2005 s'est montée à plus de 310 millions de tonnes, et environ 100 millions ne sont pas destinés à l'alimentation humaine.


La pomme de terre indispensable pendant la crise alimentaire


Les pro-environnementalistes noteront que les sacs biodégradables offrent un nouveau débouché aux agriculteurs. Les antis rappelleront que la pomme de terre s’est encore rendue indispensable cette année sur le marché alimentaire, avec la flambée des prix des matières premières et la crise alimentaire qui a touché près de deux milliards de personnes selon la Banque mondiale.

Il est nécessaire de rappeler que la pomme de terre, principale denrée alimentaire non céréalière du monde, n'est pas commercialisée sur le marché mondial. Son prix n'est donc pas soumis aux fluctuations des marchés internationaux. Sa culture ne peut donc être que vivement recommandée pour atteindre la sécurité alimentaire. L'aspect écologique paraît alors secondaire, mais pourquoi ne pas envisager de cultiver des pommes de terre à des fins écologiques sur des terres non encore exploitées ? C’est aussi la loi de l’offre et de la demande qui décidera de l’avenir de ces sacs biodégradables.

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