RENSEIGNEMENT

Le gouvernement revoit sa copie sur Edvige

L'Élysée s'est emparé du dossier Edvige et a demandé au ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie (photo), "d'ouvrir une concertation qui devra être suivie de décisions pour protéger les libertés".

Publicité

Lire aussi : "Un nouveau fichier de police suscite colère et polémique"


L'Elysée a repris mardi le dossier du fichier de police Edvige créé en juillet en impulsant des modifications de cet outil qui suscite une mobilisation grandissante d'associations et de syndicats, mais aussi des réticences dans la majorité et le patronat.


A l'issue d'une réunion à l'Elysée dans la soirée, la présidence a fait savoir que le chef de l'Etat avait demandé l'ouverture par le ministère de l'Intérieur d'une "concertation qui devra être suivie de décisions pour protéger les libertés".


Nicolas Sarkozy a "rappelé que la priorité était la lutte contre la délinquance", a-t-on précisé.


Plus tôt dans la journée, la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, n'avait envisagé que de limiter dans le temps le fichage des mineurs. La secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme, Rama Yade, avait envisagé de revoir la possibilité de mentions concernant l'orientation sexuelle des personnes fichées.


Le chef de l'Etat est allé plus loin lors de la réunion dans la soirée, remettant en cause la possibilité de mentions concernant la santé des personnes fichées et même le principe d'un fichier sur les personnalités, dit-on de source proche de la présidence.


Si ce point de vue était suivi, le fichier serait largement vidé de son contenu.


Etaient présents à cette réunion impromptue le Premier ministre, François Fillon, la ministre de l'Intérieur, le directeur général de la police, Frédéric Péchenard, et le patron de la Direction centrale du renseignement intérieur, Bernard Squarcini.


Après la réunion, Michèle Alliot-Marie est intervenue sur le journal de TF1 pour  annoncer qu'elle recevrait "ces prochains jours" une série de personnalités pour "renforcer les garanties, y compris s'il le faut en prenant un texte législatif". Elle n'exclut pas non plus un débat parlementaire.


JOURNEE DE MOBILISATION POUR LA SAINTE-EDWIGE


Le fichier informatique Edvige doit recenser, selon sa présentation officielle, les personnes "ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif".


Y figureront aussi celles qui "en raison de leur activité individuelle ou collective sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public", y compris les mineurs à partir de 13 ans. La police pourra y mentionner des renseignements patrimoniaux et personnels, tels que l'état de santé et l'orientation sexuelle.


 Les associations et syndicats qui demandent la suppression du fichier ont annoncé une journée d'action le 16 octobre, jour de la Sainte-Edwige.

Leurs représentants ont présenté mardi une parodie de fiche de police Edvige, qu'ils appellent à remplir et envoyer au ministère, avec la réponse à des questions.


Parmi ces questions ironiques : "Avez-vous été au cours de votre existence en contact avec un autre être humain ?", "Avez-vous des amis, combien, vous sont-ils fidèles ?", "Existence d'une vie sexuelle (oui/non), dans l'affirmative précisez le nombre de vos partenaires".


Le 16 octobre sera l'occasion de "faire sa fête" à ce fichier, ont-ils dit lors d'une conférence de presse.


Les protestataires disent avoir réuni plus de 130.000 signatures sur leur site http://www.nonaedvige.ras.eu.org.


 Ils rejettent les arguments du gouvernement en soulignant qu'Edvige recensera plus de personnes que son prédécesseur, le fichier des Renseignements généraux officialisé en 1991, car les critères d'âge sont plus larges, ainsi que les conditions.


La notion de personne susceptible de porter atteinte à l'ordre public, jugée vague, est plus large qu'avant,
ajoutent-ils.


Le Conseil d'Etat examinera en décembre les recours déposés par une douzaine d'organisations pour obtenir l'annulation de la création de ce fichier et statuera avant la fin de l'année.


Le PS, auquel la droite impute la création en 1991 de
"l'ancêtre" d'Edvige, sous le gouvernement d'Edith Cresson, a demandé "un grand débat parlementaire".

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine