RELIGION

L'Église catholique vue par un prêtre trentenaire

À l’occasion de la visite du pape Benoît XVI à Paris et à Lourdes du 12 au 15 septembre, portrait de l’Église catholique de France, telle qu'elle est vécue, de l'intérieur, par Charles Cornudet, 30 ans, ordonné prêtre en 2007.

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Des bannières jaunes arborant le visage de Benoît XVI, la main levée en signe de bénédiction, descendent le long de l’imposante façade de Saint-Lambert-de-Vaugirard, dans le 15e arrondissement de Paris.

 

Pour les paroissiens comme pour les prêtres, l’heure est à la mobilisation, à quelques jours de la première messe parisienne du successeur de Jean-Paul II. Ils ne seront pas seuls sur l'esplanade des Invalides : 250 000 personnes sont attendues.

Ce sera la seconde rencontre papale de Charles Cornudet,  jeune prêtre trentenaire, tout juste nommé dans la paroisse. Lui et des dizaines d’autres sont invités à rejoindre le souverain pontif pour concélébrer la messe. "Concélébrer avec le pape permet de manifester l’unité de l’Eglise et la communion à laquelle tout homme est invité", explique-t-il.

Onze ans après Jean-Paul II, cette visite est aussi pour les catholiques de France l’occasion de montrer que l'Eglise n’a pas renoncé à son rôle central, malgré des difficultés internes et les critiques des défenseurs de la laïcité. Autant de questions que les jeunes prêtres comme Charles Cornudet abordent au quotidien, pleins d’espérance mais sans illusions.


Un clergé qui vieillit, un renouvellement difficile, des jeunes mieux formés

 
La paroisse de Saint-Lambert est à l’image de ce quartier de l’ouest parisien : plutôt jeune et fréquentée par des familles de classe moyenne supérieure. "Des gens qui sont à des moments de la vie où ils sont susceptibles de reprendre contact avec l’Eglise, à l’occasion d’un mariage ou du baptême d’un enfant", explique le Père Cornudet. Quatre prêtres, un diacre et quelque 300 bénévoles s’y relaient pour l’animer.

Comme dans beaucoup d’autres paroisses, un des prêtres, septuagénaire, doit partir prochainement à la retraite, et il ne sera pas remplacé. Ainsi le veut la politique de l’Eglise. Il n’y a plus que 20 500 prêtres en France, moitié moins que dans les années 1960, et le faible nombre des nouvelles vocations ne permet pas d’assurer le renouvellement.

L’appel de la vocation, le Père Cornudet dit l’avoir entendu vers 16 ans. Après une licence d’économétrie à l’université, il rejoint le Séminaire de Paris. "Ca m’a permis de mesurer que l’appel était là. J’ai vécu à fond mes études et j’ai pris les moyens de pouvoir poser un acte libre", dit-il.

Mais, explique Céline Béraud, sociologue et auteur de plusieurs ouvrages sur la prêtrise, dont Prêtres, Diacres, Laïcs (PUF), "il n’y a pas de profil spécifique. L’âge moyen de l’ordination augmente, ainsi que la hausse du niveau de formation. Pour autant, il y a une grande diversité."

D’ailleurs, la cohabitation entre les jeunes prêtres et leurs aînés ne va pas toujours de soi, ajoute-t-elle. "Les vraies tensions portent autour de la conception des rôles. Les vieux prêtres ont connu le Concile Vatican II [qui, à partir de 1962, amorce la modernisation de l'Eglise], et la contestation. Ils sont pour une église modeste, moins visible. Les jeunes prêtres aujourd'hui ont un discours plus identitaire."

Les valeurs de l’Eglise résistent, la foi est reléguée dans la sphère privée

Ce ne sont pas juste les conceptions des prêtres, mais les demandes des fidèles qui ont changé, explique le Père Cornudet, qui porte le col romain pour "poser" son identité de prêtre. "Les prêtres de plus de 65 ans ont une vision très associative de la paroisse. Mais aujourd’hui,  les gens ne veulent plus appartenir à des mouvements, mais à des réseaux qui sont plus difficiles à gérer."

Même si les Français fréquentent moins les églises, l’Eglise catholique n’a pas encore perdu sa raison d’être, assure-t-il. "L’Eglise répond à trois demandes essentielles : être écouté, être aimé et être consolé. C’est ça qui fait le Christ, ce n'est pas la théorie". Selon lui, la part des Français – croyants ou non – qui adhèrent aux valeurs de l’Eglise tend même à augmenter, même si ils ne sont pas d’accord avec tout.

Principale conséquence de cette évolution, le nombre de catholiques qui vont à la messe le dimanche a beaucoup chuté, même parmi ceux qui se déclarent pratiquants. Selon un sondage La Croix-Ifop d’août 2006, 65 % des Français se déclarent catholiques mais moins de 5 % d’entre eux affirment aller à la messe le dimanche.

"Notre société a relégué au niveau privé ce qui touche à la foi", conclut le Père Cornudet.
 

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