AFGHANISTAN

Filmer les Taliban

Dans un reportage exclusif diffusé sur FRANCE 24, notre journaliste Claire Billet a accompagné des Taliban lors d’une de leurs opérations nocturnes. Visite guidée dans les coulisses d'un reportage à haut risque.

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Prise de contact avec les Taliban

  

Je ne peux pas rentrer dans les détails mais, en gros, c'est un groupe que j'avais déjà rencontré avant lors d’un précédent reportage. Je les ai donc recontactés. Ils étaient en terrain connu, il n’y a pas eu de problème de confiance. En revanche, pour notre première rencontre, ils avaient peur que je sois espionne. Il fallait les rassurer, discuter avec eux.

 

Ensuite, comme ils ont vu le premier reportage sur Internet ils ont compris que je ne constituais pas un danger pour eux et que je ne prenais pas position dans le conflit.

 
Suivre une opération en direct

 
Il faut savoir que ce genre de projet demande des mois de préparation. Je suis installée depuis trois ans en Afghanistan mais n'ai réussi à voir des insurgés taliban que trois fois.

 

Les conditions de ce reportage sont particulières. Ce n'est pas juste une interview, j'ai passé plusieurs jours avec eux. Il fallait donc l’autorisation de la hiérarchie, c'est à dire des chefs proches du mollah Omar.

 

J'ai suivi les Taliban pendant qu'ils effectuaient une opération de nuit. Je n'ai pas été prévenue et ne l'ai su qu’au dernier moment. Ils ont attaqué un poste de contrôle de police sur l'autoroute entre Kaboul et Kandahar. Ils ne m'ont pas expliqué où ils allaient et je les ai suivis. L'opération a duré quatre à cinq heures au total : deux heures pour se rendre sur les lieux, autant de temps pour préparer les roquettes et marcher dans la plaine, et vingt minutes de combat effectif.

 
Gérer la peur

 

En fait, c'est sur le chemin de l'opération que j'ai eu le plus peur. J'avais déjà fait un reportage lors d'une opération mais côté américain, dans un véhicule blindé. Les soldats avaient été pris en embuscade par les Taliban. Mais cette fois-ci, on marchait dans la plaine, tout à fait à découvert, sans gilet pare-balles ni casque. Et même si les Taliban sont prêts à assurer ta sécurité, on sait aussi qu'ils sont tout à fait prêts à mourir.

 

Je n'ai pas eu peur des Taliban parce que c'est un groupe que je connais. Lorsqu’on passe par les bons canaux et qu'on demande les autorisations pour partir en reportage avec eux, il y a, en général, peu de problèmes.


Femme-journaliste en Afghanistan


Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il est plus facile de travailler quand on est une femme. La tradition afghane et pachtoune, en particulier, est très accueillante avec les étrangers et avec les femmes. Les Taliban s'assurent de notre sécurité. En fait, les femmes étrangères représentent une sorte de troisième sexe. Certes, pendant la nuit, je dormais avec les femmes mais pendant la journée, je passais mon temps avec les combattants, les hommes. J'y étais pendant le ramadan et ils m'ont nourrie. Puis, à mon départ, ils m'ont offert une robe et des bracelets.

 

De plus, comme aux yeux des Taliban, il paraît moins probable qu'une femme soit espionne, on obtient plus facilement la confiance.

 

Mais pour ce reportage je me suis mise d'accord avec le commandant pour être habillée en homme pendant la journée. Il ne fallait pas qu'on me remarque. D'autant qu'il y avait aussi des combattants qui ne faisaient pas vraiment partie du groupe avec lequel j'étais.


Comment assurer sa sécurité


Dès que je me déplace, je mets une burqa. C'est indispensable pour passer inaperçue parce qu'il y a énormément de criminalité. Les risques d'être enlevée pour de l'argent sont réels. Au bout de deux heures de route, j'ai retrouvé une escorte avec qui j'ai traversé plusieurs zones sous contrôle taliban. Je suis restée couverte jusqu'à ce qu'on arrive dans la zone contrôlée par le groupe taliban avec qui j'étais. Je travaille toujours avec un "fixer", élément également indispensable pour pouvoir exercer son métier en Afghanistan.

 

Au total, j'ai passé trois jours avec eux. Ensuite, cela a commencé à se savoir qu'il y avait une femme avec eux. Ça devenait dangereux.


Mise au point de Grégoire Deniau, directeur de la rédaction

de FRANCE 24 :

 

Le reportage de Claire Billet a suscité des réponses agressives de certains internautes, l’accusant de « sympathie » envers les Taliban qu’elle a filmé, sous-entendant qu’elle avait eu autre chose qu’un rôle de simple spectateur lors de l’attaque commise par ces Taliban sous ses yeux. Ces accusations, extrêmement graves, ont été retirées du site.

 

La rédaction tient toutefois à souligner que les journalistes de France 24 vont, et continueront d’aller, partout où il faut se trouver pour mieux comprendre les événements qui agitent la planète. Claire Billet a pris des risques importants pour permettre au public de mieux saisir la nature du conflit afghan et des ennemis auxquels sont confrontés les militaires français et les forces de la coalition. France 24 lui réitère son soutien et s’estime extrêmement fière de la compter parmi ses journalistes.

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