ZONE EURO

L'UE peine à trouver une parade à la récession

La commission européenne a ramené ses prévisions de croissance pour 2008 de 1,7 % à 1,3 %. L'Espagne et l'Allemagne devraient entrer en récession. En cause : inflation, prix des matières premières et crise des subprimes.

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PARIS - Confrontés à un fort ralentissement économique, les ministres des Finances de l'Union européenne devraient appeler vendredi à la poursuite de réformes structurelles et au maintien de la discipline budgétaire.

 

Réunis à Nice les 12 et 13 septembre pour une réunion informelle, ils devraient en revanche faire preuve de souplesse face aux plans de relance décidés par certains Etats membres.

 

"L'idée, c'est de rappeler que la politique économique dépend des Etats membres mais que certaines choses fonctionnent mieux quand on les fait ensemble", dit un diplomate.

 

La volonté de la présidence française de l'UE est ainsi de rassembler autour d'un diagnostic et d'une réponse coordonnée, tout en laissant chacun libre des réponses apportées à chaque situation nationale.

 

Aux yeux des Européens, les raisons du retournement de cycle sur le continent ne font pas mystère ni débat: ralentissement économique américain, crise des marchés financiers, prix élevés de l'énergie ou encore euro fort.

 

Quant à la réponse, faute de marges de manoeuvres communes, elle pourrait prendre la forme d'un plan d'action de la Banque européenne d'investissement (BEI) en faveur des petites et moyennes entreprises [ID:nL4158006].

 

Il existe également une volonté unanime de s'attaquer à la racine du mal via un paquet de mesures visant à mieux encadrer et contrôler les secteurs de la banque, de l'assurance et des services financiers [ID:nL9614250].

 

Les Vingt-Sept chercheront néanmoins à s'assurer, avant de s'engager plus avant dans cette voie, que cette nouvelle législation n'aura pas d'effets procycliques, amplifiant les effets du cycle économique, alors que la Commission européenne anticipe une persistance voire une accentuation du ralentissement au premier semestre 2009.

 

L'exécutif communautaire a revu jeudi à la baisse ses prévisions de croissance, à 1,4% pour 2008 contre 2,0% auparavant, alors que les prévisions d'inflation ont été révisées à la hausse à 3,8% sur l'année, contre 3,6% anticipés en avril. [ID:nWEA8848]

 

 

 

ENCOURAGER AUX RÉFORMES

 

Loin des quelques 150 milliards de dollars injectés par Washington dans l'économie américaine, la réponse européenne à la morosité économique devrait au contraire appeler à la rigueur et à la sagesse budgétaire.

 

Selon les règles fixées par l'UE, le déficit d'un Etat membre ne doit pas dépasser 3% de son produit intérieur brut.

 

Dans une lettre à ses homologues européens, Christine Lagarde a confirmé cette volonté de prudence, estimant qu'il n'était pas souhaitable de soutenir la croissance via un stimulus fiscal.

 

Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires Joaquin Almunia a quant à lui déclaré mercredi que le ralentissement économique était un bon rappel de la nécessité de réformes structurelles et que seuls les pays ayant eu une discipline budgétaire rigoureuse ces dernières années disposaient aujourd'hui de marges de manoeuvre.

 

"En fait, les réponses à apporter dépendent des pays", précise-t-on dans l'entourage du commissaire.

 

"En Espagne, le problème est lié à la crise immobilière, en Irlande il faut digérer des années de surchauffe, en Allemagne et en France en revanche, le taux de chômage a continué de baisser. Mais de manière générale, il faut encourager les réformes", ajoute-t-on.

 

La France devrait ainsi être invitée par l'exécutif européen à poursuivre et à accélérer les réformes engagées.

 

Et Joaquin Almunia a beau avoir déclaré mercredi qu'il jugeait l'objectif de Paris d'inscrire son déficit sous la barre des 3% de PIB en 2009 crédible, l'anxiété commence à poindre dans les couloirs de la Commission.

 

 

 

SENTIMENT D'IMPUISSANCE DANS LA ZONE EURO

 

Un certain sentiment d'impuissance face à la situation actuelle a fait son chemin au sein de la zone euro.

 

"Nous souffrons un choc extérieur et il n'y a rien que nous puissions faire pour l'éviter. Cela nous est tombé dessus comme cela", explique une personne proche de l'Eurogroupe.

 

Après avoir enregistré une croissance négative de 0,2% au deuxième trimestre, l'économie de la zone euro pourrait entrer techniquement en récession si elle venait à se contracter à nouveau au troisième trimestre.

 

Deux facteurs pourraient néanmoins avoir un effet positif: la baisse des prix de l'énergie et le retour de l'euro à une parité plus raisonnable face au dollar.

 

La Commission européenne a d'ailleurs considéré que l'inflation se trouvait "à un tournant" et qu'elle pourrait refluer dans les prochains mois.

 

Mais il n'existe aucune garantie de long terme et tant Joaquin Almunia que Jean-Claude Trichet se sont bien gardés d'avancer une date pour un rebond.

 

"Progressivement, petit à petit, nous devrions voir se profiler un retour de la croissance", s'est limité à déclarer mercredi le président de la Banque centrale européenne devant le Parlement européen.

 

Le commissaire a quant à lui dit espérer que le profil de croissance de l'UE soit positif en 2009 et "vienne compenser le profil négatif enregistré en 2008", tout en insistant sur le "caractère très incertain" de la conjoncture.

 

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