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La terre des hors-la-loi

Sept ans après le 11 Septembre, les zones tribales pakistanaises sont devenues le nouveau Ground Zero de la guerre contre le terrorisme. Il semble difficile d'y jouer les shérifs quand les lois constituent le cœur même du problème.

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Sept ans après les attentats du 11-Septembre, la guerre contre le terrorisme s’est concentrée dans les zones tribales du Pakistan. Situé non loin de la frontière afghane, ce bout de territoire a vu proliférer tellement de réseaux terroristes qu’elle a fini par susciter l’inquiétude des Occidentaux en guerre contre le terrorisme.

La tête d’Oussama Ben Laden a beau être mise à prix pour 25 millions de dollars, le responsable présumé des attaques du 11-Septembre est toujours en fuite. De fait, la plupart des services de renseignement pensent que le chef d’Al-Qaïda et son second, Ayman al-Zawahiri, vivent dans cette région.

Ces zones tribales, région désolée où les habitations, entourées de hauts murs, sont balayées par la poussière, sont un véritable refuge de hors-la-loi, parmi lesquels Baitullah Mehsud, chef des Taliban pakistanais et cerveau présumé de l’assassinat, le 27 décembre 2007, de l’ancien Premier ministre Benazir Bhutto.

Deux jours avant le septième anniversaire des attaques du World Trade Center, le chef de l’Etat pakistanais Asif Ali Zardari s’est dit prêt, lors de la cérémonie de son investiture, à combattre le terrorisme aux côtés de l’Afghanistan.

Lors de la conférence de presse commune avec son homologue afghan, Hamid Karzai, Zardari a réitéré cet engagement. Répondant aux journalistes afghans qui s’inquiétaient du manque de collaboration du Pakistan, il a déclaré que "s’il existe la moindre défaillance de ce côté ou de l’autre de la frontière, nous devrons nous entraider".

 "Ultra surveillée", mais encore "hors de contrôle"

Le côté pakistanais de cette frontière d’environ 2 600 kilomètres qui sépare les deux pays a plusieurs fois fait montre de ses faiblesses depuis la naissance de la nation pakistanaise en 1947.

Les nombreuses discussions et conférences organisées ces 60 dernières années dissimulent mal le peu de volonté politique censée mettre fin à l’incurie administrative qui, selon de nombreux experts, nourrit le terrorisme.

"Cette région a été très surveillée, mais c’est aussi celle où l’on a accompli le moins de choses", explique Afrasiab Khattak, un homme politique influent et fervent défenseur des  droits de l’Homme.

Ce militant connaît bien son sujet. En tant que chef du Parti national Awani, dans le nord-ouest du pays, il est directement confronté à la "question tribale" de ces Régions  fédéralement administrés (Fata), que les Pakistanais appellent "pays des hors-la-loi" ("ilaka ghair") puisqu’elles échappent complètement au contrôle du pouvoir central.

Lois coloniales, fric et sanction collective

"Patrie" de plus de 3 millions d’habitants, la plupart provenant de tribus pachtounes, les Fata sont administrées selon des lois mises en place par les Britanniques durant l’époque coloniale.

Mises en place en 1901, les Frontier Crimes Regulations (FCR) permettaient aux colonisateurs de maintenir l’ordre en payant, à l’aide d’espèces sonnantes et trébuchantes, la coopération des chefs tribaux. Si ces derniers ne suivaient pas la ligne britannique, tous les membres de la tribu étaient tués.

A l’indépendance, les habitants ont hérité de ces lois qui, 60 ans plus tard, sont à l’origine de la désorganisation administrative, aux proportions kafkaïennes, qui ronge la région. 

Les partis politiques sont bannis des zones tribales, empêchant ainsi aux résidents d’être représenter politiquement comme le garantit pourtant la loi pakistanaise. L’ordre social est maintenu - théoriquement du moins - en achetant le soutien des plus âgés, ou maliks. Et comme à l’époque coloniale, si des chefs de tribus ne parviennent pas à maintenir l’ordre, une sanction collective est prononcée…

"Ce type de loi est inacceptable, estime Ali Dayan Hasan de l’organisation Human Rights Watch, basée à New York. La disposition d’une sanction collective enfreint la loi internationale. En raison de la guerre contre le terrorisme, les FCR ont permis au  gouvernement de justifier l’utilisation de méthodes telles que la sanction collective ou le blocus économique de civils."

Ces lois qui aident le militantisme

Selon de nombreux experts cependant, ces lois coloniales, loin d’empêcher l’engagement politique de ses habitants, le nourrissent.

"L’Etat n’a pas réussi à étendre son contrôle et à assurer une bonne gouvernance dans les Fata. C’est qui a permis aux militants d’accroître leur puissance", conclut un rapport de décembre 2006 d’International Crisis Group, une ONG basée à Bruxelles.

Dans un souci d'apaisement, le gouvernement a, en outre, amnistié des militants qui se sont engagés à mettre fin aux attaques visant les forces pakistanaises. Des promesses uniquement orales, regrette le rapport.

Par ailleurs, Islamabad a permis aux militants d'établir, selon des critères taliban, un système judiciaire parallèle qui menace de s’étendre dans la province frontalière du Nord-Ouest et dans celle du Baloutchistan.

Les gouvernements successifs ont parlé de réviser le système administratif tribal, mais pour Afrasiab Khattak, sur le terrain, rien ne semble avoir été mis en œuvre.

"Le fait est, que, dans les cercles de pouvoir au Pakistan, certains personnes préfèrent que les Fata restent une zone dangereuse où tout est possible. Et font en sorte que les partis politiques n’interviennent pas dans cette région, laissant les extrémistes et les militants seuls sur le terrain."

Sur ce territoire, l’absence de loi et l’économie parallèle florissante permettent aux hommes politiques corrompus et aux anciens des tribus de s'enrichir.

Nouveau nom pour une nouvelle loi ?

Soucieux de rétablir l’ordre dans les zones tribales, Yousuf Raza Gilani a mis sur pied, dès sa nomination au poste de Premier ministre, un comité censé mettre un terme aux FCR. Une de ses premières recommandations fut de proposer la transformation des FCR, terme honni, en "Règlements de FATA, 2008".

Le comité a également proposé d'interdire les arrestations arbitraires des femmes et des enfants. La tribu qui refuserait de livrer un motif d’accusation valable au gouvernement verrait alors l’un ou plusieurs membres interpellés.

Une première version du "Règlements de FATA, 2008" doit être présenté à Gilani. Dès que le chef du gouvernement l’aura approuvée, elle sera transmise au président qui seul peut amender les FCR, conformément à la Constitution pakistanaise.

Reste à savoir si le nouveau chef de l’Etat a la volonté de s’attaquer au mal qui ronge sa frontière avec l’Afghanistan. 

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