FINANCE - EUROPE

La crise financière "loin d'être finie", selon l'Eurogroupe

La crise qui secoue les marchés financiers depuis plus d'un an devrait durer de nombreux mois, a estimé le président de l'Eurogroupe, lors du sommet des ministres des Finances de la zone euro organisé à Nice.

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L'Eurogroupe est parvenu vendredi à un diagnostic commun sur le ralentissement économique et s'est entendu sur les réponses à y apporter, en admettant une certaine tolérance budgétaire sans laisser filer les déficits.

 

Les ministres des Finances de la zone euro se sont réunis au moment où, après un bon premier trimestre, le produit intérieur brut de la zone a reculé de 0,2% en avril-juin, sa première contraction en dix ans d'existence de la monnaie unique.

 

La Commission européenne ne prévoit désormais qu'une croissance de 1,3% sur l'ensemble de 2008.

 

"Le ralentissement de la zone euro est plus prononcé que ce que nous ne l'envisagions avant l'été, tout le monde ou presque a été surpris par la contraction de l'activité depuis le début de l'été", a déclaré à Nice Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe, à l'issue d'une réunion de ce forum qui regroupe les ministres des Finances des 15 pays qui partagent l'euro.

 

"Les membres de l'Eurogroupe partagent un diagnostic commun sur la situation économique qui n'est pas facile", a-t-il dit en citant le ralentissement de l'économie mondiale, les conséquences de la crise financière "que nous ne croyons pas terminée" et la flambée des prix de l'énergie.

 

"Au total, la croissance va rester faible à court terme mais nous avons tout de même quelques éléments de satisfaction", a poursuivi Juncker, qui a été reconduit vendredi à la présidence de l'Eurogroupe pour un mandat de deux ans.

 

Il a ainsi noté la dépréciation de l'euro ces dernières semaines "qui est bienvenue même si l'euro reste à nos yeux surévalué" et la baisse des prix du pétrole et des matières premières agricoles."

 

"Face à un choc commun, il convient d'adopter des réponses communes", a souligné Jean-Claude Juncker en reprenant le vocabulaire cher à la présidence française.
 

 

Modération salariale

 


L'Eurogroupe entend ainsi laisser jouer les "stabilisateurs automatiques", acceptant que des Etats connaissent une aggravation de leur déficit à condition qu'ils respectent le Pacte de stabilité de l'euro qui le limite à 3% du PIB.

 

Les stabilisateurs automatiques supposent, par exemple, qu'un pays qui perd de la recette budgétaire à cause du ralentissement économique - puisqu'il perçoit moins d'impôts - ne soit pas tenu de compenser cette perte, à condition qu'il maintienne son effort en matière de dépense.

 

Les pays qui disposent de marges de manoeuvre budgétaires peuvent, eux, faire de la dépense pour soutenir de manière ciblée leur activité comme l'Espagne en a déjà pris l'initiative avec un plan de relance de 20 milliards d'euros.

 

Les réformes structurelles, du marché du travail mais aussi du marché des biens et services, seront poursuivies pour favoriser l'emploi et pour que la "concurrence gagne plus d'espace en Europe", a ajouté Juncker.

 

Sur l'inflation, l'Eurogroupe se veut attentif aux effets de second tour et entend empêcher un dérapage des salaires.

 

"Je ne veux pas dire par là que nous souhaiterions qu'il y ait un blocage des salaires (mais) nous souhaiterions que les salaires évoluent en fonction des gains de productivité", a-t-il dit.

 

Pour mieux faire passer le message, l'Eurogroupe invitera des représentants des partenaires sociaux à ses prochaines réunions.

 

Rejoignant l'analyse de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Juncker a souligné que l'inflation était un "problème pour tous" qu'il fallait combattre "avec la dernière énergie". Mais, a-t-il insisté, "il n'est pas question de laisser filer les déficits budgétaires, nous n'avons pas le droit de refaire en 2008 les mêmes erreurs que nous avions faites lors de chocs précédents".

 

 

Trichet ne mollit pas

 


Egalement présent à la conférence de presse, le président de la BCE Jean-Claude Trichet a écouté avec satisfaction ces propos et réaffirmé la détermination de la banque centrale à combattre les pressions inflationnistes.

 

Le maintien des taux de la BCE "contribue à assurer la stabilité des prix à moyen terme", a-t-il réaffirmé, en répétant que la stabilité des prix est une condition nécessaire à une croissance durable.

 

Mais il s'est bien gardé d'évoquer une amélioration sur ce front alors que Christine Lagarde, la ministre française de l'Economie, affirmait vendredi matin que le pic de l'inflation était passé au vu des derniers chiffres en France.

 

Le taux d'inflation dans la zone euro est revenu à 3,8% après avoir culminé à 4,0% cet été - le double de l'objectif de la BCE qui espère le ramener dans les clous à l'horizon de 2010.

 

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